‹ La lutte contre le sweating-systemChapitre 34 sur 74 · EL · texte numérisé non relu

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luait de cinq à dix pour cent (1), et dans une note sur l’industrie de la lingerie à Saint-Omer, on lit : « Le chiffre d’affaires, atteint par les fabricants de la ville, serait de 4 à 5 millions dont 10 pour cent, à peu près, seraient, d’après certains patrons, répartis entre les ouvrières comme prix de facon (2).»

En quinze ans, la situation ne s’est donc guère modifiée, On voit combien on aurait tort de s’imaginer que le relèvement très notable des salaires qui est indispensable, aura pour effet d’accroître dans des proportions fantastiques le prix des choses. La proportion indiquée nous paraît d’ailleurs exagérée; et tous ceux qui ont pu contrôler certains salaires de travaux à domicile, penseront que cescinqet dix pour cent du prix de vente sont rarement payés en rétribution de la main-d'œuvre. Plus la valeur de l’objet s'accroît, plus la part proportionnelle de salaire diminue; parfois elle tombe au-dessous de un pour cent.

Des renseignements très précis fournis par Mme Juillerat et la directrice d’une maison de modes du quartier de l'Opéra, nous mettent en mesure de le prouver pour la catégorie spéciale de chapeaux de dames vendus 4 fr. 80.

Confectionnés sur les indications et pour le compte d’une importante société commerciale, ils sont revendus par elle à des magasins spéciaux, clients abtitrés

(1) De Maroussem : La petite industrie, T. II. Le vêtement à Paris (Office du travail), p. 659 (en note).

(2) Office du travail : Enquête sur le travail à domicile dans l'industrie de la lingerie, T. IIT, p. 226,

de la maison. A la société, ces chapeaux coûtent environ un franc vingt l’unité, Dans cette somme, le salaire de l’ouvrière compte, suivant les cas, pour quinze, vingt, et parfois, mais plus rarement, vingt-cinq cen- Limes, ce qui donne des proportions de trois, quatre el cinq centimes par franc.

Du coup on saisit combien faible serait l’élévation des prix de vente, conséquence de l'accroissement des salaires devenus normaux.

Dans une brochure de propagande, nous écrivions à ce sujet: « Mme Froment dont la compétence dans ces problèmes est indiscutée, pense qu’à une femme, vivant à Paris, il faut un minimum de deux francs cinquante par jour. Forçons les chiffres, el supposant qu'elle ait quelques besoins supplémentaires, ou ait à contribuer pour sa part aux dépenses de la famille, augmentons ce minimum d’un franc et prenons pour base un salaire quotidien de trois francs cinquante.

« Quelle sera sa répercussion sur le prix des chapeaux à quatre francs quatre-vingt ? L'augmentation sera au maximum de trente-huit à quarante-trois centimes par unité, c’est somme toute assez peu apprécable. Encore doit-on noter que les exemples choisis sont les plus défavorables qu’il soit possible de choisir. D'abord on a pris comme élément de calcul les ouvrières terminant seulement six chapeaux par jour : c’est un minimum. De plus, au point de vue des résultats, le salaire de l’ouvrière a été dans un cas quadruplé. EL enfin la moyenne de rétribution à exiger a été établie en supposant une hausse générale de cin-

quante pour cent de toute la main-d'œuvre féminine, qu'elle s'exerce à l'usine, en atelier ou à domicile (1). »

Sur d’autres objets, la plus-value deviendrait insignifiante el se traduirait par une augmentation de trois, quatre ou cinq centimes au plus.

C'est bien ce qui ressort du rapport de M, Aves sur les minima de salaires en Australie.

€ D’après le même rapport, ils n’ont'pas causé, dans les méliers où le salaire a monté, une hausse correspondante du prix de revient ni du prix de vente : en effet, l'augmentation du salaire, sensible pour l'ouvrière, est insignifiant sur le prix de vente.

« En Angleterre, la Contemporary Rewiew cile l'exemple d’un comité de salaires officieux qui a pu donner aux ouvrières recouvrant des balles de tennis, 75 % de plus, sans faire payer les balles plus cher; de même pour les finisseurs de chemises, qui gagnent six sous par douzaine, en doublant leur salaire, on n’augmenterait que de deux centimes et demi le prix de chaque chemise. k

«D'ailleurs, le coût de la production n’est pas nécessairement moins élevé, là où les salaires sont le plus bas et les journées de travail les plus longues; M. Mons, membre du Parlement anglais, a cité un exemple frappant du contraire dans l’industrie du coton, dont il fait partie : c’est en Angleterre que les ouvriers sont le mieux payés et travaillent le moins longtemps;

(1) Le salaire des bonnes occasions (Collection de l'Action populaire, Del tETS)

c’est en Russie qu’ils gagnent le moins et travaillent le plus. Cependant le prix de revient par tonne est plus élevé en Russie et plus bas en Angleterre que dans tous les autres pays d'Europe (1). »

Qu'on nous permette de le dire en toute loyauté et sans le moindre parti-pris contre personne. En creusant les difficultés proposées, on ne peut s'empêcher d'en voir le vide; et en se souvenant de la façon dont elles sont artificiellement grossies, on se demande comment on est parvenu à leur donner cette importance. Ou bien ceux qui les présentent répètent sur la foi d'autrui des formules qu'ils n’ont point vérifiées ; ou bien derrière ce paravent d’objections désintéressées se cacherait-il des mobiles l'étant moins ? En tout cas,on vient de voir combien ces complications sont loin d’avoir l’ampleur qu'on leur prête.

Dans la question présente, la situation est bien simple : il s'agit de sauver le travail à domicile. Ce n’est pas impunément qu’ «il existe des hameaux en Europe où les femmes gagnent six sous par jour (2) ». La patience la plus inébranlable se lasse et si on laisse la rétribution du travail à domicile suivre son évolution fatale, il finira par disparaître de lui-même. Bien des fois, quand on interroge des ouvrières, elles nous disent : «Si l’on continue à nous payer de moins en moins, nous cesserons de travailler. » Les unes songent à entrer à l’usine, les autres à quémander des ménages.

(1) Me Leroy-Liberge : Pour la protection du travail féminin : Peuple français, 27 mai 1900.

(2) d’Avenel : Mécanisme de la vie moderne, 4° série, P: 102.

Le remède ne serait pas évidemment préférable au mal, et ce serait un motif sérieux pour ceux qui assurent que «l’industrie à domicile avec un régime libéral correspond à un besoin (1) » de s’unir aux interventionistes, en réclamant avec eux, la loi devenue son seul salut.

Mais, dira-t-on, parviendra-t-on à la sauvegarder vraiment, et la concurrence internationale ne-tuerat-elle pas sûrement le travail à domicile protégé ?

Ici encore on rappellera ces déclarations de M. H. Lorin : « Certaines de nos industries, dit-on, ne pourraient plus soutenir la concurrence sur les marchés étrangers, ni même continuer leur fabrication, S'il en est ainsi, si elles ne se soutiennent qu’à la condition de ne pas donner à leurs salariés la suffisante vie, ceux-ci sont contraints d’avoir recours à la bienfaisance publique ou privée. On peut dire que ces industries ne marchent que grâce au secours de la charité ? Est-ce normal? N'est-ce pas là une existence tout à fait artificielle qu’il est impossible aux partisans de l'application stricte des lois naturelles d’approuver (2) ?»

Il n’en reste pas moins vrai que « derrière ce faux décor, 1l y a un monceau de douleurs (3) ».

EL d’ailleurs, ici encore, le danger de la concurrence

(1) Ed. Payen : L'industrie à domicile et la réglementation du travail. Economiste français, 30 juillet 1904, p. 103, col. 1.

(2) H. Lorin. Note sur la législation protectrice des travailleurs : Le XXe siécle 1891, p. 353.

(3)A. de Mun : Salaire vital. Echo de Paris, G mars 1900.

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