Lingard, t. 2, p
2. Ce chiffre est donné par le chroniqueur Hoveden. Giraldus y ajoute une « multitude innombrable d'abbés'».
viendront se heurter à l'organisation des clans celtiques et déterminer une lutte sans fin et sans merci entre le conquérant et le vaincu. Hugues de Lacy reçut en fief la terre du Meath pour lui et ses héritiers. Courcy fut autorisé à s'emparer de tout ce qu'il pouvait conquérir en Ulster, d'autres barons obtinrent des villes danoises avec leurs dépendances. De toutes parts s'élevèrent des tours à signaux et des châteaux forts, oii jour et nuit les garnisons veillaient.
Le départ du roi fut le signal des hostilités. Conduits par Roderik O' Connor et les chefs de l'Ulster, les indigènes fondirent de toutes parts sur le domaine de la couronne, reprirent leurs terres, brûlèrent les châteaux du Meath, tuèrent 400 Normands à Ossory, et menacèrent Dublin. Le gouverneur de l'île, Hugues de Lacy, dut se réfugier à Waterford. Cette fois encore Strongboghe vint à point pour rasseoir l'édifice croulant de la domination anglaise. Il guerroyait en ce moment avec éclat sur le continent. Henri le chargea de remplacer Lacy et l'envoya en Irlande avec des troupes. Le comte s'adjoignit un bon chevalier, Raymond le Gros, et tous deux poussèrent vigoureusement leurs opérations, en hommes de guerre expérimentés. Pembroke reprit tout le Meath, perdant du monde mais battant les Irlandais coup sur coup; Raymond poussa jusqu'à Limerick et s'en empara.
O' Connor, refoulé au delà du Shannon et découragé par une série de défaites, se décida alors à négocier avec le roi d'Angleterre. Il envoya à Windsor l'archevêque de Tuam, et son chancelier, l'abbé de Saint-Brandan. Henri réunit son grand conseil et conclut avec eux un traité de <L Concorde finale ». Roderik acceptait la suzeraineté du monarque anglais.
A part l'occupation normande et un tribut annuel d'une peau de bœuf et de mouton sur dix, il fut convenu que rien ne serait changé. Du denier de saint Pierre et de la bulle d'Adrien, pas un mot, quand c'eût été le moment ou jamais d'en parler.
Henri assurait aux vaincus le maintien de leurs droits et de leurs coutumes, à condition qu'ils respectassent le domaine de la couronne et la conquête des envahisseurs, c'est-à-dire
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le tiers du sol Irlandais. Ces baronies, venues à point pour redorer l'écu de maint chevalier et libérer leurs seigneuries obérées du pays de Galles, formèrent un vaste camp retranché appelé le Pale ou l'Enceinte. Une ligne de donjons que reliaient des palissades, le protégeaient contre l'irruption des indigènes.
La paix que Roderik signait à regret ne mit point fin à la guerre. Les Hy' Nialls, les O' Neil, les O' Donnell, les O' Brien, tous rois chez eux, refusèrent de la ratifier. Leur haine contre l'envahisseur invalidait les traités. O' Brien, vaincu par Raymond, avait promis fidélité au roi d'Angleterre et, sous la garantie de son serment, il reçut la garde de Limerick. Mais à peine les Anglais s'étaient-ils retirés qu'il brûla la ville, afin qu'elle ne pût une seconde fois servir de refuge à l'étranger. Pendant ce temps, Henri confessait humblement ses torts devant les légats du Saint-Siège et faisait réparation publique, la main sur l'Évangile. Relevé de l'excommunication, il convoqua, paraît-il, en 1 175, un nouveau concile à Waterford. C'est là que Jean de Salisbury, revenu de Rome, aurait donné lecture de la fameuse bulle qu'il venait d'obtenir d'un pape mort depuis quinze ans. Cette assemblée d'évêques, sur un point de la côte envahie, passa tellement inaperçue que les annales d'Irlande ne l'ont pas enregistrée.
Dans ce synode fantastique, le roi faisait publier aussi une prétendue lettre du Pape Alexandre III, qui confirmait énergiquement la donation d'Adrien IV, et confiait à Henri, la mission spirituelle de réformer i. l'Église du pays, non moins grossière et désordonnée que la nation d'Hibernie ellemême ». Les Irlandais qui ne se soumettaient pas au roi et à ses successeurs encouraient l'anathème ('). Le roi déclarait avoir reçu cette lettre en 1 172; or, à cette époque, le Pontife Alexandre avait excommunié le tyran d'Angleterre et interdisait à son entourage de prononcer devant lui, le nom exécré de Henri II (^).
1. On a trois lettres authentiques d'Alexandre III à Henri II, aux princes et aux évêques d'Irlande. Pas une ne souffle mot de la donation d'.A.dnen IV et elles sont datées de Tusculum. Celle-ci est datée de Rome où le Pape ne séjourna point en 1172.