‹ La lutte de l'IrlandeChapitre 16 sur 90 · I. Anakcta, L. c. Chap. XIX. — 2. Analecta, Ibid., Chap. xv · texte numérisé non relu

I. Anakcta, L. c. Chap. XIX. — 2. Analecta, Ibid., Chap. xv

l'irlande envahie. 47

d'établir de bonnes lois, Henri d'Angleterre déchaînait sur l'Irlande des bandes de pillards n'ayant d'autre souci que d'asseoir leur fortune sur les ruines du pays.

Et s'il est vrai que les Irlandais, par respect pour ce qu'ils croyaient la parole du Pape, mirent bas les armes sur les ordres du cardinal Vivian (') ; s'il est vrai que les chefs s'inclinèrent devant la décision d'un épiscopat tout-puissant, entièrement soumis à Rome (-), les accusations formulées contre la religion du peuple hibernien tombent d'elles-mêmes et LA FRAUDE abusant de la foi religieuse, a jeté les premières assises du pouvoir britannique en Irlande.

D'un autre côté, la situation politique de l'île favorisa singulièrement l'invasion anglo-normande. L'anarchie y était à son comble ; les rois se disputaient la monarchie suprême, les grands chefs la royauté des cinq Etats ; au-dessous d'eux, une multitude de clans s'affranchissaient de l'autorité supérieure, et maintenaient la rivalité entre eux. A cette cause de dissolution il faut ajouter la prédominance de l'élément danois dans le Leinster. De là, le peu de résistance qu'offrent aux chevaliers normands les habitants de la côte orientale, mal disposés à défendre un sol qui n'était point leur patrie et où ils étaient traités en étrangers.

L'Irlande, ayant atteint son apogée en donnant à l'Eglise une légion de saints, descendait-elle à cette époque, cette pente fatale de la décadence à laquelle n'échappe aucune nation ?

Elle subissait plutôt une crise de transformation. Toute meurtrie encore des ravages de l'invasion danoise, elle reprenait son assiette sur de nouvelles bases.

« Dans chaque tribu, dit à ce sujet un écrivain compétant, les flaitJies (nobles) avaient réussi à se faire attribuer en propriété une grande partie des terres avec le droit de les transmettre à leur famille. D'autres terres constituent le domaine viager du chef et du tanist, où sont concédées en jouissance aux bréhons et aux officiers de la petite cour du

1. Stanihurst, De reb. in Hib. gest.,\\b. 4. p. 211. — O'KelIy d'Aghriui. I-.isui hist. sur r Irlande, 32.

2. De Beaumont, L'Irlande, t. i, Partie hist., § m. — Gordon, t. i. — Lingard, t. II, p. 205. — Aug. Thierry, t. m, p. 150.

chef. Sur ces domaines vit la masse du peuple, qui maintenant doit obtenir du chef et des nobles, non seulement le bétail mais encore la terre, car peu de terres ont échappé à l'appropriation individuelle ('). »

Par suite des guerres et des invasions, le nombre des fruidirs s'était accru et avec eux s'effaçait la hiérarchie entre tenanciers libres et tenanciers serviles, ainsi que le lien qui les rattachait au clan.

On le voit, le régime de la propriété commune disparaît en fait, mais il demeure de tradition, laissant aux tenanciers un droit de copropriété sur le sol.

Ainsi les anciennes habitudes de culture se maintiennent. Dans l'Ouest et au Sud de l'Irlande elles ont persisté jusqu'au XVII^ siècle et même jusqu'à nos jours : les paysans partageaient chaque année entre eux les terres destinées aux céréales et laissaient les pâturages indivis.

Jadis le chef ne possédait rien en propre. Il n'avait de revenu que les redevances que lui servaient annuellement les familles composant la tribu. Cependant la possession du sol ne lui confère pas les privilèges de la propriété absolue ; il ne peut expulser un tenancier qui paye la redevance convenue, et, en cas de départ, celui-ci conserve la faculté de vendre à un tiers son droit d'occupant. Le tenant right de rUlster s'inspire de cette origine. Il admet la décomposition de la propriété entre le Landlord et son fermier.

Ce principe celtique de copropriété, traversant toutes les révolutions, est demeuré ancré dans l'esprit du paysan irlandais et lui crée un droit inconnu du reste de l'Europe, le droit d'occupation.

Au XI I«^ siècle, comme autrefois en Gaule, en Armorique, s'introduisait en Irlande le régime féodal, supérieur par sa force et son unité à l'organisation des tribus, mais ici, tempéré par l'esprit de famille, alliance bizarre du despotisme militaire avec l'égalité fraternelle. Cette fusion allait s'opérer d'elle-même, peu à peu, et la faute du conquérant est de l'avoir empêchée en imposant sa législation à l'Irlande,

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