‹ La lutte de l'IrlandeChapitre 19 sur 90 · Loi rendue dans la cinquième année du règne d'Edouard IV · texte numérisé non relu

Loi rendue dans la cinquième année du règne d'Edouard IV

de Dublin comme la marée montante un jour de grosse mer. Waterford en ruines fut abandonnée par ses habitants.

Vers la moitié du XV'^ siècle, le domaine de la couronne est si restreint qu'on peut aisément le parcourir à cheval en une matinée. Même sur le territoire occupé par l'étranger, le peuple reprend tous ses usages proscrits, sa langue et son costume.

L'Angleterre, affaiblie par la guerre des deux Roses, se voit impuissante à refouler l'insurrection. Surson propre territoire, à la bataille de Wakefield, cinq mille Irlandais vont appuyer la révolte du duc d'Yorck, non par sympathie pour sa cause, mais par haine contre leurs oppresseurs.

Le mécontentement des Anglo-Irlandais active l'embrasement de l'île révoltée : mis au ban de la mère-patrie pour crime de « dégénérescence » et détestés des indigènes à cause de leur origine anglaise, traités d'Irrois par les Anglais et de Saxons par les Irlandais, ils s'unissent à ceux-ci dans le but d'affranchir l'Irlande du joug de l'Angleterre. Cependant ils ne renoncent ni à leur esprit de conquête ni à leur soif de domination. Ces deux partis désormais Irlandais, quoique divisés d'intérêts, ne se fusionneront qu'au jour où le grand intérêt des âmes allait primer ceux de la terre.

Si, à ce moment, un homme eût surgi, s'imposant à ces chefs indépendants et rivaux, élargissant l'esprit du clan jusqu'à l'amour de la patrie, unissant dans une armée nationale ces bandes divisées et sansdiscipline,rirlande eût vaincu et reconquis son indépendance.

Quelques siècles plus tard cet homme se rencontra, alors que l'Irlande, désarmée, gisait aux pieds du vainqueur ; sans verser une goutte de sang, par la force seule de l'union et du droit,il lui fit remporter une victoire dont l'histoire des peuples n'offrait pas d'exemple. Cet homme fut O' Connell.En attendant, ceux de son nom participent largement aux déchirements de leur patrie ; en 1475, un O' Connell, chef de tribu, essaya vainement après d'autres de se faire couronner roi d'Irlande.

Ces luttesintestines stérilisentles efforts du patriotisme irlandais.Chaque clan guerroyait pour son compte,tantôt soutenant, tantôt attaquant quelque baron du Pale,selon l'intérêt du moment.Sous Henri VII, les indigènes prêtèrent leur secours aux imposteurs Simmel et Warbeck soi-disant héritiers de la maison d'York, dans le but unique de renforcer ceux qui combattaient l'Angleterre, d'où qu'ils vinssent. Ainsi nous les verrons plus tard se mettre au service des rois de France et d'Espagne contre l'ennemi séculaire de leur race.

Henri VII, demeuré vainqueur de ses rivaux au trône et ne se sentant pas la force d'écraser leurs partisans, se montra généreux envers les barons Yorkistes d'Irlande, et contint les indigènes par une juste fermeté. Son lieutenant-général Poynings, instrument de cette politique,crut affermir l'autorité royale en établissant, en 1495, le célèbre règlement de Drogheda qui enleva toute initiative au parlement irlandais, le plaça sous la dépendance de celui de Londres et déclara obligatoires pour le premier les lois d'intérêt public votées par le second. C'était pour répondre à la fière déclaration du parlement de Dublin, faite sous Henri VI, en 1460, dans les termes suivants :

« Par ses anciennes lois et coutumes, l'Irlande a toujours « formé un corps de nation, et elle ne doit être gouvernée que « par telles lois qui auront été préparées, acceptées et sous- « crites par les lords et les communes du pays, assemblés en « parlement. — Par coutume, privilège, franchise, il y a tou- « jours eu un sceau royal particulier à l'Irlande et, à celui-là « seul, les sujets du roi doivent obéissance.»

Dès ce moment l'Irlande, abaissée au rang de province, se trouve en cas de légitime révolte. Poymings remit en vigueur le statut de Kilkenny, s'assura des places fortes et fit enfermer à la Tour de Londres le tout-puissant comte de Kildare, gouverneur de l'île rebelle. Les Kildare, tantôt rivaux tantôt alliés des Desmond, étaient prépondérants en Irlande. Unis par les liens du sang aux anciennes familles royales dupays,ils nourrissaientdesprojets d'indépendance qui devaient avoir pour effet de soustraire leur patrie à la domination de l'Angleterre. C'en fut assez pour faire peser sur le

La Tour de Londres.

comte une accusation de lèse-majesté. Son procès s'instruisit. Mais aussi rusé qu'audacieux, Kildare amené en présence de Henri VI Ijprit sa main avec un affectueux respect et lui déclara

qu'il ne voulaitd'autredéfenseur que son suzerain lui-même.Un trait nous peint le succès de ce loyalisme adroit, en même temps que le caractère de Henri VII. On disait au roi que toute l'Irlande ne suffirait pas à gouverner Kildare. — «En ce cas, c'est à lui de gouverner l'Irlande» ; répondit le prince, et il lui rendit ses premières fonctions, après lui avoir fait épouser une de ses cousines. Kildare, jusqu'à sa mort, conserva le pouvoir. Pour l'Irlande, ce furent dix-sept années de paix sans précédent, troublées çà et là par quelques rébellions isolées de clans, calme précurseur de l'orage, car Henri VIII venait de monter sur le trône.

Sa main de fer s'abattit sur l'île, écrasant impitoyablement les familles anglo-irlandaises dont l'influence lui parut une menace de révolte. Réduits par la force ou attirés par ruse, les Fitz-Gerald et les Kildare tombent dans les pièges du roi — la tour de Londres et l'échafaud. En vain un de ces Kildare, poussé par la vengeance et le désespoir, essaie-t-il de soulever la capitale et les tribus contre le tyran de sa famille, ses châteaux sont détruits, leurs garnisons passées au fil de l'épée ; trentevilles,foudroyéespar l'artillerie royale.brùlent en un jour.

Les Kildare furent anéantis. Il resta de cette puissante maison un enfant de treize ans, que son oncle O'Uonnell, chef de rUlster, parvint à sauver en l'envoyant à Rome. Et toute l'Irlande se disait avec terreur: « Si Kildare n'a pu résister au roi d'Angleterre, qui le pourrait ? »

Les clans d'O'Morros, O'Connor, O'Carrols et d'autres avaient percé le Pale, et construit sur ses brèches des ponts fortifiés et des tours, mais ils durent céder devant le canon. Les Irlandais,à cette époque, n'usaient point encore d'artillerie et leurs troupes armées à la légère étaient plus propres à harceler l'ennemi qu'à lui résister en bataille rangée.

Il n'y eut pas que la force pour réduire les rebelles. Lord Grey, lieutenant du roi, invita à un festin quelques-uns des principaux chefs pour sceller leur acte de soumission, puis il les envoya à Londres, oîi ils furent exécutés.

C'est ainsi que s'acheva la conquête de l'Irlande.

Le schisme en Angleterre. — Henri VIII, roi d'Irlande. — Sa politique envers l'Irlande. — Confiscation des biens ecclésiastiques. — Le serment de suprématie. — Largesses aux chefs des tribus. — Transformation du chef en seigneur féodal. — Révolte agraire. — Effets du schisme en Irlande. — Clergé saxon et clergé indigène — Crise religieuse. — Edouard VI et la persécution. — Réveil de l'Irlande catholique. — Confiscations du sol. — La Restauration sous Marie Tudor. — Elisabeth. — Le fanatisme et la foi. — Motifs politic|ues de la persécution. — Régime féodal et traditions celtiques. — Le seigneur et le chef de clan. — Révolte de S'hane O'Neill. -- Massacre de Mullaghmast. — Révolte des tribus. — Secours Espagnols. — Exécution du plan d'Elisabeth. — Incendies, massacres, famine. — Solitude de mort. — Confiscation du sol. — Le gouvernement de John Perrot. — Révolte de Brian O'Ruark. — « L'Invincible Armada ». — Brigandages anglais. — Un vengeur de l'Irlande. — Insurrection victorieuse de Hugh O'Neill. — Soulèvement général. — Le comte d'Essex. — Hugh O'Neill soutenu par Rome. — Les « entrepreneurs des pompes funèbres du Munster ». — Alliance de l'Espagne. — Bataille de Kinsale. — Défaite de Hugh O'Neill. — Traité de paix. — Mort d'Elisabeth.

A dernière heure de l'indépendance irlandaise (^ devient le signal d'une plus terrible guerre. \^ La Réforme, infernale tempête, va s'abattre sur

^^^^^A la verte Erin en pluie de sang. Son peuple devra défendre à la fois ses foyers, ses autels, son pain et son âme. Tout ce que l'homme a de plus cher, l'erreur triomphante le lui voudra arracher. C'est une lutte héroïque et grandiose et dont l'enjeu n'est plus sur terre. De part et d'autre, même acharnement. D'un côté le fanatisme, de l'autre la foi. Et après trois siècles de massacres et de persécution violente, puis raffinée, l'Irlande se relèvera, catholique toujours et portant au front l'auréole du martyre.

A côté de cette natîon qui grandît dans le malheur, nous en voyons une autre faire litière de ses libertés et de ses croyances pour y laisser se vautrer un tyran. Henri VIII viole la G^rande Charte, asservit le Parlement, enlève des millions d'âmes au Christ et, durant trente-huit années, malgré les rébellions isolées des (ipHerins de grâce (') », ses ordres trouvent des sujets soumis et des exécuteurs. Pas un de ces mouvements unanimes comme en a vu la Suisse sous Guillaume Tell, la Flandre opprimée par les rois de France, la Pologne persécutée par les Czars. La fière race anglo-saxonne se soumit à un monarque schismatique parce qu'elle était mûre pour le schisme.

« Quand cinq millions d'hommes se convertissent, dit Taine, c'est qu'ils veulent bien se convertir. » Depuis longtemps grondait au fond de ce peuple la révolte contre l'Eglise romaine. Wiclef et Plowman avaient paru, proclamant avec les docteurs et les poètes du XIV siècle : « Point d'intermédiaire entre Dieu et l'homme. » Cent cinquante ans avant Luther, en 1395, une pétition des bourgeois de Londres au parlement, révèle un terrible symptôme d'hérésie ; ils nient l'autorité spirituelle du pape, traitent d'idolâtrie les pèlerinages et le culte des saints, attaquent le mystère de la transubstantiation et rejettent la confession, tout cela au nom de la Bible. Comment donc ces marchands, ces gens de métier, esprits ignorants et simples, mais orgueilleux et tenaces, passent-ils des nuits à creuser l'Écriture sainte en repoussant la lumière de l'Église qui seule en peut sonder les profondeurs (^) ? D'où vient ce mépris de la vérité avec ce besoin de croire .■•

C'est que le crime et le sacrilège, «l'abomination de la désolation » étaient entrés dans le sanctuaire à la suite des vanités du siècle. Maître de la moitié du royaume, le clergé oubliait sa mission dans l'opulence ; « le sel de la terre » s'était corrompu au contact de l'or. Voilà pourquoi la malédiction divine a réduit en poussière tant d'abbayes et de temples érigés par les saints des premiers siècles.

r. Croisade des paysans pour maintenir la foi catliolique et les monastères. Cette insurrection commandée parles iandlords ne compta que 40,000 hommes. Encore les landlords n'avaient-ils en vue que de récupérer les biens donnés par leurs ancêtres aux couvents.

2. Voir Taine, Hist. de la liUérature anglaise, 1. i, chap. m.

LA LUTTE RELIGIEUSE, 'J

Peu se levèrent pour défendre l'édifice de l'Église, parce que tous le sapaient dans sa base, le peuple par égarement, la noblesse et le clergé par avarice et lâcheté. Henri VIII n'eut qu'à y porter le premier coup pour qu'évêques et lords,se jetant à la curée des biens ecclésiastiques, se partageassent avec le roi un butin sacrilège de 42 raillions de revenus. Le châtiment de l'Angleterre, ce fut d'avoir alors le gouvernement qu'elle méritait, mais l'opprobre de l'Église anglicane est d'être éclose dans ce bourbier de vice pétri de sang, que fut le cœur de Henri VIII.

Les brutalités de la passion n'enlevaient pas au monarque les ressources du génie politique. Il ménagea l'Irlande jusqu'au moment oia il triompha sans résistance de l'Angleterre.

Alors il soumit au parlement de Dublin l'acte de suprématie royale, après que le gouverneur eut fait déclarer par le conseil privé que les abbés, prieurs etproctors (') de monastère n'avaient le droit ni de parler, ni de voter. Par cet acte, le roi s'attribuait le pouvoir du Pape et confisquait les églises et les couvents, avec leurs biens meubles et immeubles. En récompense de leur vote servile, barons du Pale, juges et membres du conseil, reçurent les domaines de plus de quatre cents abbayes. Sous prétexte aussi de mettre un terme à Vabsentcisnie, Henri s'empara de plusieurs seigneuries dont les propriétaires refusaient d'habiter l'Irlande. La mesure était radicale ; mais, en Irlande, il s'agissait bien de discuter les droits de la couronne à la confiscation.

Les principaux chefs de tribu, voyant leur Église menacée par un monarque qui rompait avec Rome , reprirent les armes.

A leur tête était O'Neill, encouragé par une lettre du pape et chaleureusement soutenu par le clergé.

Il passa ses troupes en revue à Tara, leur jetant les mots de «Religion et Patrie» si éloquents en ce lieu. Malheureusement O'Neill se mit en campagne sans concerter de plan ; il s'attarda dans le Meath, pour ravager inutilement le territoire anglais, et donna le temps au vice-roi Brereton, général ex-

I. Ceux qui étaient chargés de représenter les intérêts des couvents.

pérîmenté, de rassembler 8000 hommes, une forte artillerie, et de le joindre à marches forcées. Le combat eut lieu à Bellahoë; il coûta la vie à O'Neill. Après une opiniâtre résistance, les Irlandais, découragés par la mort de leur chef, lâchèrent pied. L'insubordination qui régnait ordinairement parmi eux ne permit pas aux autres chefs de faire avancer la réserve et la victoire demeura aux Anglais.

Morrough O'Brien remplaça O'Neill, mais sa révolte, formidable en apparence, échoua faute d'entente avec les tribus confédérées. Lord Gray et Brereton connaissaient le côté faible de leur ennemi ; ils ne l'attendirent pas, ils poussèrent jusqu'à lui. Presque toujours désunis et surpris, les Irlandais n'avaient d'autre ressource que de se réfugier dans les montagnes.

Le comte Anthony St-Leger remplaça lord Gray dans le gouvernement d'Irlande ; le roi, usant d'habileté, le chargeait non de poursuivre la guerre, mais de négocier la soumission des chefs. O'Brien le premier, puis Con' O'Neill, O'Carrol, 0'Morra,0'Molloy,0'Connor,0'Dunn,Mac'Mahon,Magennis, O'Donnell, O'Rourke, O'Reilly, O'FIaherthy, O'Melaghlin, Mac' Carthy, O'SuUivan acceptèrent une paix qui semblait généreusement offerte. Les nobles de race anglaise, les « dégénérés » suivirent leur exemple.

On les assembla en nouveau parlement avec les barons anglais, et le projet du monarque leur fut traduit en langue ersoceltique.Il leur était demandé de confirmer l'acte de suprématie et de reconnaître Henri VIII comme roi, Rex Hiberniœ, là où ses ancêtres ne prenaient que le titre de Lord. Le prince schismatique avait-il bien conscience de la fausse position que lui créait la bulle apocryphe d'Adrien IV? Pouvait-il sérieusement demander aux Irlandais de rejeter l'autorité spirituelle du Pape, quand c'est de cette autorité, même temporelle, que les rois d'Angleterre "prétendaient tenir leurs droits sur l'Irlande?

Il y a ici une singulière contradiction dans la conduite des chefs indigènes. Elle tient peut-être à la mobilité de leur nature celte, à l'ignorance où ils se trouvaient des affaires politiques et religieuses de l'Angleterre et du continent, et

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encore aux moyens de séduction employés par le roi. Le tigre faisait patte de velours. Du reste, il affichait bien haut la prétention de rester catholique et n'hésitait point à envoyer au bûcher les sectateurs de Calvin.

Les chefs ratifièrent le vote des barons du Pale ; jetant en signe d'adhésion leurs bonnets et leurs ceintures, ils proclamèrent Henri, Roi d'Irlande.

Dans ce parlement, il fut aussi statué que, pour être électeur à la chambre des communes, il fallait posséder 40 shellings de rente en fonds de terre. C'est l'avènement de ces Free holders, qui, secouant trois siècles plus tard la tyrannie de leurs lords, affranchiront l'Irlande catholique.

Le lendemain, des réjouissances publiques et les salves d'artillerie annoncèrent au peuple que l'antique institution de leurs rois nationaux était à jamais disparue.

C'est par l'intérêt que Henri VIII s'était attaché la noblesse et le haut clergé d'Angleterre, c'est par l'intérêt et la vanité qu'il gagna les grands chefs.les indomptables,0'Brien,0'Neill, O'Donnell, Mac' William, O'Connor, Desmond et d'autres. Ils se laissèrent gratifier d'immenses domaines transmissibles par droit d'aînesse, mais englobant sans scrupule le territoire des clans, — et ils acceptèrent en outre des biens d'églises et d'abbayes. O'Neill devint comte de Tyrone, — O'Donnell, comte de Tyrconnell.

En les comblant de largesses et de couronnes nobiliaires, Henri comptait bien s'assujettir les chefs remuants d'Irlande, dans l'espoir qu'à leur tour ils amèneraient à la soumission leurs tribus indociles.

On exigea d'eux le serment de se conformer aux lois anglaises, de les introduire dans leur pays, de fournir en cas de besoin des secours militaires au gouverneur, et enfin, de faire élever leurs fils à la cour. Ainsi transformés d'un coup en seigneurs féodaux relevant de la Couronne, les chefs se trouvèrent en opposition formelle avec les institutions du Gavelkind et du Tanistry qu'ils avaient juré de maintenir. Les tribus, dépouillées à leur profit, prirent les armes. Il fallut l'intervention énergique des forces anglaises pour assurer aux nouveaux lords la possession illégitime de leurs apanages.

Encore cette possession fut-elle précaire, car les membres co-propriétaires du clan se refusèrent à devenir vassaux. Ils virent avec douleur et indignation, le descendant d'une suite de rois, abandonner le nom d'O'Neill fondé sur une possession de plus de mille ans, pour lui substituer un vain titre de comte, et ratifier ainsi l'usurpation et la tyrannie de l'étranger. De chef héréditaire d'une libre et glorieuse tribu, il consentait à devenir sujet et vassal d'un tyran saxon, schismatique. Cette tache fut noblement effacée, car de cette race à jamais illustre des O'Neill, sortira le Machabée de l'Irlande. Grand nombre de chefs eurent plus de fierté ; ils reçurent des lettres du roi, mais repoussèrent ses propositions. Quant aux puissantes maisons de Thomond (issue des Mac' Murrough), de Burke, d'Ormond, de Clanricarde, d'Inchiquin (Inis-Hy- Quin), elles doivent leur richesse aux dépouilles de l'Église et aux confiscations faites sur leurs voisins ou leurs parents catholiques. « C'est par des moyens si indignes, dit un « historien, que ces familles se sont soutenues avec éclat..., « tandis que les autres seigneurs qui les égalaient en naissance « et les surpassaient en vertu, sont tombés dans une espèce « d'anéantissement, ayant été sacrifiés à leur attachement « pour la religion et la liberté de la patrie. Il est aisé de con- <( cevoir pourquoi les auteurs anglais relèvent tant le mérite « des premiers, pendant qu'ils parlent avec mépris des der- « niers (') »...

Henri VIII a donc fait reconnaître sa suprématie, confisqué les églises et les couvents, sans provoquer grande opposition en Irlande. Comment une nation si profondément catholique paraît-elle indifférente à l'outrage fait à son culte.? C'est que la transformation religieuse ne fut pas bien comprise, surtout chez le peuple. Il existait toujours pour lui deux églises, l'une anglo-saxonne, l'autre nationale, toutes deux partageant la haine héréditaire de race, celle-là, oubliant jusqu'au crime les devoirs de la charité sacerdotale, et d'ailleurs, rongée d'abus. Les prélats et les prêtres anglais, pourvus en Irlande, acceptèrent les innovations du roi, et les

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