I. Mac Gheoghegan, Hisf. de l'/r/ande, t. Il, p. 32a
LA LUtTË RELIGIEUSE.
moines irlandais, chassés de leurs abbayes, subvinrent aux besoins religieux de la population. Privé de temples, il en coûta peu au fils d'Erin de retrouver son Dieu dans les splendeurs de la création, et d'offrir l'Hostie consacrée sur l'autel grandiose des mystérieux Cromleachs. Ce culte idéal, sans symboles, répondait à ses traditions celtiques, mais était de nature à égarer les croyances. Le Saint-Siège voyait de loin venir l'orage et voulut y préparer l'Irlande.Une légion de missionnaires italiens, espagnols et français, envoyés par Rome, prêchaient la résistance. Les jésuites, suscités pour la lutte contre l'hérésie, apportèrent là, le premier feu de leur zèle apostolique. Parcourant tout le pays dans l'espace de trentequatre jours, au péril de leur vie, ils ranimèrent dans les cœurs la loi de S. Patrick. — Sous Edouard VI, l'Irlande est prête pour la lutte.
L'ancien négociateur de Henri VIII près des chefs irlandais, Anthony St-Leger, convoqua une réunion du clergé national à Dublin dans le but de faire adopter la liturgie réformée et la prière en anglais, le Prayer book. A l'exception de trois évêques, tous refusèrent avec mépris. Cette réforme leur était doublement odieuse; elle attaquait les institutions de l'Église catholique et elle leur venait des ennemis de l'Irlande. St-Leger voulut alors l'imposer par la force. De ce moment date la persécution religieuse en Irlande.
Edouard VI y attache son nom le premier.
Quand le peuple vit d'exécrables réformés prendre la place de ses évêques, les soudards anglais profaner les reliques de saint Colomban et de saint Patrick, abattre les croix et les statues de la sainte Vierge, brûler les monastères et piller les églises, il ouvrit les yeux. Le Saxon, déjà odieux à tant de titres, était encore hérétique, ennemi de Dieu et de son Eglise. Point de paix avec le Saxon !
Un frémissement d'horreur et de colère parcourut l'Irlande ; assiégé dans son palais, le prélat anglican d'Ossory voit ses gens massacrés à coups de pierres. A l'archevêque apostat de Dublin qui prêchait publiquement contre la messe, un prêtre catholique, pleurant d'indignation, adresse ces paroles : « Autrefois, vous étiez l'homme le plus aimé de votre diocèse;
yS LA LUTTE DE l'iRLANDE.
« aujourd'hui, vous en êtes l'homme le plus détesté. Vous avez « prêché contre le sacrement de l'autel et contre les saints !... « Vous voulez nous rendre pires que les Juifs. Les gens de « la campagne vous dévoreraient si vous alliez parmi eux, « Vous êtes maudit plus de fois que vous n'avez de cheveux « sur la tête !... Je vous adjure, au nom du Christ,de ne plus « prêcher. »
Voilà les sentiments de l'Irlande vis-à-vis de la Réforme démasquée.
Simultanément avec l'introduction du culte anglican, l'Angleterre poursuivait la confiscation du sol irlandais. Après la mort de Henri VIII, deux Kildare, infortunés rejetons du vieux chêne foudroyé, avaient soulevé les clans du centre de l'île, entre Dublin et Kilkenny, pays de forêts et de boghs coupés de terres fertiles. Ils furent vaincus, pris et pendus, et des colons anglais occupèrent la terre appartenant à leurs tribus. Les Irlandais dépossédés revinrent à la charge et finirent par expulser à leur tour les supplantateurs. On leur fit alors une guerre d'extermination, continuée avec acharnement sous le règne de Marie Tudor, reine catholique dont l'avènement salué avec joie amena une restauration religieuse.
Le culte fut rétabli, le pouvoir du pape reconnu, le service protestant imposé par Edouard VI tomba de lui-même, et Baie, l'infâme évêque d'Ossory, s'enfuit sur le continent. En Irlande, dit Lingard « le nombre des réformés parut trop petit pour exciter des craintes, et leur zèle était trop prudent pour amener des provocations ('). » La reine Marie poursuivit les protestants avec rigueur sinon avec fureur ; elle a pour excuse d'avoir dû se défendre contre leurs conspirations. Mais n'est-il pas étrange que les réformés proscrits d'Angleterre soient allés demander asile et protection à ceux qu'ils traitaient d'ennemis sauvages et fanatiques, aux Irlandais papistes? Ceux-ci eurent la magnanimité de leur céder soixante-quatorze maisons à Dublin, et de pourvoir à tous leurs besoins. Les protestants récompenseront cette noble hospitalité en exterminant des populations entières pour occuper leurs biens. .