‹ La lutte de l'IrlandeChapitre 21 sur 90 · I. Hisf. d'Anglet., t. 7, p · texte numérisé non relu

I. Hisf. d'Anglet., t. 7, p

LA LUTTE RELIGIEUSE. 79

Quoique fervente catholique (') Marie n'a guère laissé en Irlande qu'une mémoire exécrée. Quand il était question des affaires de ce pays, le sang Tudor se réveillait en elle. Son zèle pour la confiscation imposée par le glaive, égala celui qu'elle mettait à préserver ses États de l'erreur. A ses yeux, le crime des Irlandais était de vouloir reprendre leurs biens volés sous Edouard VI. Un vaste territoire du Leinster fut confisqué et divisé en deux parties qui gardent encore, en l'honneur de Philippe II et de Marie, les noms de comté du Roi et comté de la Reine.

Si les protestants l'ont appelée Marie la Sanglante, quel nom les catholiques donneront-ils à sa sœur Elisabeth?

Cette fille de l'adultère monta sur le trône en 1558. Elle avait de hautes qualités viriles, toutes les habiletés féminines et le tempérament fougueux de sa race (-). « Plut à Dieu que le roi de France fût Elisabeth ! » disait Sixte-Quint en parlant du triste Henri III. La persécution se ressentit du caractère de cette femme : puisque l'Irlande refuse de se soumettre et d'apostasier, on détruira sa population pour la remplacer par une autre. C'était d'une simplicité atroce.

Et durant plusieurs siècles, l'Angleterre sut appliquer ce système avec cette logique inflexible et cette persistance qu'elle met au service de ses intérêts politiques et religieux.

Le fanatisme protestant et la foi ardente des Irlandais tenaient le même langage : « Il fallait arracher l'ivraie du « champ de l'Église, couper la gangrène, mettre à mort,comme « Moïse, les impies et les blasphémateurs. » Le choc du mensonge et de la vérité , s'appuyant l'un et l'autre sur la parole inspirée, sera terrible.

Un autre motif forçait le gouvernement britannique à sévir avec rigueur. L'île rebelle n'allait-elle pas attirer sur son territoire, la France et l'Espagne, poussées sur l'Angleterre par quelque pape prêchant la croisade contre la Réforme.^

1. « Femme très pieuse, clémente, de mœurs irréprochables et en toutes choses digne de louanges si on excepte son erreur religieuse >, écrit d'elle le protestant Godwin, 123. Lingard. Hist. d'Aiiglet., t. 7, 376.

2. Faunt, secrétaire de Walsingham, dit de la cour d'Elisabeth que « c'était un lieu, où se pratiquaient toutes les éiiormités, où le péché régnait au plus haut degré. »

Aoîlt 6, 1583. Birch. i, 39. Lingard. Hist. d' Ant^l., t. 7, p. 376. Note.

Car il existait une vieille prophétie qui disait : «tant que l'Irlande restera catholique, la chaire de Saint-Pierre ne sera pas

ébranlée. » Le papisme debout dans cette île, c'est donc Rome menaçant la sécurité de l'empire, Rome triomphant un jour

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de la Réforme, le péril d'invasion aux portes de Londres. La cause du patriotisme s'unit à celle de la rclii,non pour faire adopter par la politique anglaise ce mot d'ordre : il faut que l'Irlandais devienne protestant et Anglais ou bien qu'il disparaisse !

Les moyens mis en œuvre en vue d'atteindre ce but font frémir. Ils étaient dans les mœurs du XVI° siècle, surtout en Angleterre. Sous l'élégance des pourpoints brodés on retrouve la violence des barbares teutoniques dujutland. Du reste, l'Erreur est intolérante et cruelle parce qu'elle est satanique.

Aussi bien en Angleterre qu'en Irlande la persécution fut épouvantable. Par arrêt du Parlement, en 1 584, tous les prêtres sans distinction seront frappés de mort ; ceux qui leur donneront asile subiront la même peine. Des supplices néroniens, des cruautés de cannibale sont inventés contre les papistes anglais : chevalets, aiguilles sous les ongles, écrasement entre des pierres pointures (').

Le schisme de Henri n'avait pu ravir à l'Eglise Romaine toute la population Saxonne. Marie Tudor, en brisant le joug qui pesait sur les âmes, venait de révéler l'existence d'une Angleterre catholique. Ces masses restées fidèles, la fureur de l'enfer les passait maintenant au crible. Les uns confessent vaillamment leur religion, les autres, sous le nom de récusants, la dissimulent. « Malgré le sang versé à grands flots, malgré la terreur qui se répand de toutes parts, l'ancienne foi conserve dans toute l'Angletene ses fidèles, qui le lendemain peut-être deviendront ses martyrs. Dans les campagnes, où les mœurs s'étaient conservées, honnêtes et pures, les catholiques en grand nombre se pressaient le soir, dans une grange ou au milieu des bois, autour du prêtre qui venait porter le baptême aux nouveau-nés et les derniers sacrements aux mourants. Souvent aussi l'office divin se célébrait dans la chapelle de quelque château, où les représentants des races les plus chevaleresques de l'Angleterre se courbaient sous la bénédiction d'un vieillard, ne sachant si ce ne serait point pour la dernière fois (-).

1. Moline, Afû!?^^z/«f«ci/'.Sf6P/i.KervyndeLetteiihove, Marie Stuart, t. I, p. 33.

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