‹ La lutte de l'IrlandeChapitre 24 sur 90 · HoUinshed, vi · texte numérisé non relu

HoUinshed, vi

LA LUTTE RELIGIEUSE

Les deux bourreaux furent nommés comtes, et la reine envoya « à son fidèle Georges Carew ses remerciements et même ses bénédictions pour ses bons services contre les papistes du Munster».

Dans rUlster, à Dundalk et à Carlingford, O'Neill, toujours redoutable,battait les Anglais dans deuxrencontres et leurtuait plus de quatre mille hommes. Le gouvernement répondait à cet échec en mettant la tête du rebelle à prix pour 50,000 fr.

Ruines du chcâteau de Blarney (Coriv), dans le Munster.

On était en septembre 1601, quand 8000 Espagnols débarquèrent à Kinsale. Aussitôt Montjoie et Carew courent à leur rencontre, mais les bandes d'O'Neill et d'0'Donnell,arrivant à marches forcées, les prennent à dos et les bloquent tous deux dans leur camp, entre Kinsale assiégé, la mer et les montagnes. Au bout de quinze jours, les troupes de la reine allaient capituler pour échapper à la famine ; par malheur l'orgueil du commandant espagnol, don Juan d'Aquila, et la

La hitte de l'Irlande,

jalousie d'O'Donnell, perdirent la cause irlandaise. Le premier ne voulait pas vaincre sans combat, le second cherchait à rivaliser de valeur avec O'Neill. Malgré les instances du grand chef irlandais, l'attaque du camp anglais fut résolue et elle eut lieu pendant la nuit.

Or Montjoie était un habile capitaine ; prévenu à temps du mouvement de l'ennemi, il prit tout à coup l'offensive, et les ténèbres qui devaient favoriser la surprise des alliés, empêchèrent au contraire leur concentration. Avec toutes ses forces, le général anglais tombe sur les Espagnols, les refoule, puis attaque successivement les bandes irlandaises en désordre. O'Neill, blessé, assista avec désespoir à sa défaite et regagna les montagnes de l'Ulster avec les débris de ses troupes; les Espagnols capitulèrent dans Kinsale et se rembar-

I quèrent. O'Donnell les suivit et alla mourir loin de sa

? patrie.

^: Après cette victoire, les généraux anglais se séparèrent

\ pour continuer l'œuvre d'extermination. Carew rencontra le château de Dumboy défendu par cent vingt hommes sous les ordres de Mac Ghegoghan. Il l'assiégea durant quinze jours, perdit six cents hommes et quand, après plusieurs assauts sur les murs démantelés, la garnison capitula sous condition d'avoir la vie sauve, Carew la fit pendre. Mac Ghegoghan prit alors une mèche allumée, mais avant qu'il l'eut approchée d'un baril de poudre, dans l'intention de se faire sauter, les Anglais le poignardèrent.

Montjoie marchait sur l'Ulster en laissant derrière lui une traînée de squelettes. Cependant Elisabeth se lassait de cette insurrection qui déjà coûtait à l'Angleterre plus de trois millions de livres sterling, tandis que le revenu de la couronne ne s'élevait qu'à 500,000 livres. Pour en finir, elle offrit la paix à l'invincible O'Neill, par crainte de le poussera bout. Il exigea pour lui et pour ses alliés le libre exercice de la religion catholique et la restitution de ses domaines; on convint d'autre part que, dans l'Ulster, les juges anglais interpréteraient la loi, et que les chefs, transformés en seigneurs féodaux, tiendraient leurs terres directement de la couronne. A ces conditions, O'Neill déposa les armes et reprit son titre de comte de

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Tyrone. Au moment où finissait ces négociations, Elisabeth expirait. O'Neill versa des larmes de rage de ne pas avoir

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lOO LA LUTTE DE L IRLANDE.

attendu l'avènement du nouveau roi pour obtenir des conditions meilleures.

Car Jacques I^"" venait de monter sur le trône, Jacques descendant de Bruce, issu de race milésienne et fils d'une reine considérée comme martyre. La joie des Irlandais égala leur espoir, et leurs illusions.

Origines de la question agraire. — : Les P/aniaù'ons. — La Jézabel de l'Irlande.— Perfidie de Jacques Stuart.— Fuite d'CJ'Neill et d'O'Donnell.

— Confiscations en masse. — Expulsion des clans de l'Ulster. — Le roi spoliateur. — Charles P^ — Sa déloyauté et ses déprédations. — Tomle-noir. — Proscription de la langue irlandaise. — Phélim O'Neill. — Insurrection de l'Ulster. — « Le massacre papiste ». — Cruautés des Anglais. — L'Irlande se soulève. ^ Owen O'Neill et ses régiments. — Guerre contre l'Angleterre. — Charles P"' s'appuie sur l'Irlande. — Divisions intestines. — Confédérés catholiques et royalistes. — La Malédiction de Cromwell. — Guerre d'extermination. — Fait d'armes de Clonmel. — Le comte d'Ormond. — Henri O'Neill. — Les « abattoirs de Cromwell y>. — Un peuple condamné à mort. — « En enfer ou au Connaught ! » — La chasse aux prêtres. — Trois provinces confisquées.

— Mort de Cromwell. — L'avenir de l'Irlande catholique. — Réaction.

— Le «joyeux » monarque. — Un roi catholique. — Ère de réparation. — Talbot de Tyrconnel. — Jacques II, renversé du trône. — Insurrection irlandaise. — La France et l'Irlande. — Fautes de Jacques Stuart. - Parlement national irlandais. — Vitalité de l'Irlande. — Représailles des opprimés. — Siège de Londonderry. — Guillaume d'Orange. — Bataille de la Boyne. — Fuite de Jaques II. — Défense de Limerick. — Désastre d'Aghrim. — Capitulation de Limerick. — L'exil. — La brigade Mac' Carthy en France. — Un cri de désespoir.

A transformation violente de la propriété celtique, poursuivie par Elisabeth, allait se consommer sous les Stuarts.

En 1585, pendant l'administration de John Perrot, soixante-sept chefs du Connaught, après avoir abandonné leurs terres, les avaient reçues en fiefs de la reine, avec promesse de se conformer aux lois anglaises et de renoncer à leurs coutumes nationales ; mais pas plus que les chefs de l'Ulster et des autres provinces, ils ne purent tenir leurs engagements ; l'obstacle leur venait de la classe inférieure ; les paysans restaient obstinément fidèles aux institutions du

Gavelkind ti du Tanistry ; ils se refusaient à reconnaître un seigneur féodal dans leurs chefs de clan. Malgré la proscription, les bréhons faisaient encore école et transmettaient à leurs successeurs et au peuple les traditions de l'antique Erin.

Cependant, après la défaite et la soumission d'O'Neill, la réforme s'accomplit. Aux yeux de la loi anglaise, le chef irlandais devient l'unique possesseur du sol et les membres du clan, ses copropriétaires, de simples vilains. C'est lui qui payera l'impôt, difficile à percevoir sous le régime de la propriété collective. Or voici les conséquences de cette transformation : quand, à tort ou à raison, le chef sera déclaré coupable de forfaiture, le roi, son suzerain, confisquera ses biens, c'està-dire le territoire appartenant au clan. Un historien irlandais, Gavan Dufify, dit spirituellement que les largesses de Henri VIII aux chefs de tribu, ressemblent au bienfait que Satan dans la légende, accorde à ses victimes. « Ce changement dans l'ordre de succession, ajoute l'auteur, eut des effets plus graves pour le sepht (le clan) que pour le chef. Les membres du sepht se virent réduits d'un coup, de copropriétaires qu'ils étaient auparavant, à la condition de tenanciers à volonté, et furent ainsi privés de l'héritage auquel pourtant ils avaient un droit aussi bien établi devant une cour consciencieuse, que l'était celui d'Elisabeth à la couronne de Henri ».

Et, jusqu'à nos jours, ils sont restés pour la plupart « tenanciers à volonté », c'est-à-dire, qu'ils n'occuperont la terre que pour un an, une récolte, ou à la volonté du propriétaire. Pour les expulser, il suffira d'une légère formalité légale.

Mais <L on ne détruit pas les idées d'un peuple à coups de canon (") ». Les malheureux paysans irlandais conserveront jusqu'à nos jours la tradition ou l'illusion de la copropriété.

Pour venir à bout des résistances populaires, le gouvernement anglais prit un parti radical, celui d'extirper du sol la population celtique. Une légion d'aventuriers, de spéculateurs, de cadets de famille vont l'aider à cette besogne ; ils se jetteront sur l'Irlande ravagée,s'engageront à y transporter d'Ecosse et d'Angleterre des laboureurs et des artisans en quantité suffisante pour remplacer les indigènes ; ceux-ci, ils les expulseront ou les tueront avec l'aide du gouvernement ; et puis,

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