‹ La lutte de l'IrlandeChapitre 25 sur 90 · I. Napoléon · texte numérisé non relu

I. Napoléon

comme les colons d'Afrique qui poursuivent à outrance les panthères et les lions, ils organiseront la chasse aux prêtres, aux bardes et aux chefs <L turbulents », ennemis nés à leurs yeux de la civilisation anglicane. Cette manière de déraciner l'homme du sol de ses aïeux, pour y substituer des étrangers, s'appela faire wd^ plantation. Les concessionnaires de 12,000 acres devaient planter 86 familles. L'expérience avait échoué dans le Connaught sous Marie Tudor, elle réussit dans le Munster et fut continuée ailleurs.

De cette époque date l'effroyable misère physique et morale d'une des races les plus richement douées de la chrétienté. « L'École de l'Occident » eut des nobles qui ne savaient pas signer leur nom. Réfugiés dans leurs châteaux à toitures de plomb, ils étaient seuls à porter le costume national proscrit à outrance, et qui s'en allait disparaissant. Autour d'eux, une sorte de classe moyenne avait pour toute richesse quelques maigres troupeaux, des champs laissés en friche, une chaumière d'argile et un harnais de guerre en cuir piqué. Le peuple, en haillons, presque nu, toujours affamé, habitait des cabanes sans cheminée et sans fenêtres d'où la fumée s'échappait par une ouverture comme dans les huttes de sauvages. Après tant de massacres, les bras manquaient pour cultiver le sol. L'argent faisait défaut ; on payait en nature. Au lieu d'églises et .de couvents, des ruines noircies par le feu, et partout sous l'herbe verte, blanchissaient les ossements humains. Tel est l'aspect des campagnes après le règne de celle que les Anglais appellent <i la bonne Bess » et les Irlandais, Jézabel.

Le roi Jacques,fidèle aux traditions de la cour d'Angleterre, oublia ses promesses de prétendant. Là où ses devanciers avaient été violents et féroces, il se montra lâche et perfide. Le sceptre des Stuarts devint pour l'Irlande une verge de fer. A cette condition, les conseillers du trône lui permirent de le conserver, dût-il lui en coûter sa parole de roi et son honneur de gentilhomme. L'influence, il est vrai, du premier ministre Cecil, d'accord avec le fanatisme puritain des successeurs de Montjoie dans le gouvernement de l'Ile, brisèrent toute résistance dans le parlement d'Irlande et dominèrent le roi. Ce serait la seule, mais pitoyable excuse de Jacques Stuart,

s'il n'avait trempé la main, lui le premier, dans une odieuse machination contre les chefs de l'Ulster, dans le but de s'approprier leurs terres. O'Neill, redevenu comte de Tyrone, et . O' le fils d'O'Donnell, comte de Tyrconnel, allaient payer cher

leur soumission et subir les conséquences de leur vassalité. Toujours suspects et redoutés, ils étaient entourés de pièges et d'espions.

Un jour, une lettre fabriquée dans le château de Dublin et le faux serment de lord Howth révélèrent une prétendue conspiration des deux comtes. Poursuivis aussitôt comme traîtres, ils n'échappèrent à la mort qu'en fuyant secrètement avec leur famille sur le continent. Longtemps et vainement ils implorèrent le secours des puissances catholiques en faveur de leur malheureuse patrie. Voyant leurs espérances ruinées, ces puissants princes de l'Ulster, descendants d'une suite de rois, finirent leurs jours à Rome, dans le chagrin, après avoir vécu d'une pension que leur faisaient le pape et le roi d'Espagne. Le héros d'Erin, l'invincible O'Neill mourut aveugle.

Pendant ce temps Jacques P^" confisquait leurs comtés.c'està-dire plus de 500,000 acres de terrain fertile. Il en proposa 200,000 acres à des compagnies commerciales de Londres, qui les ont gardées jusqu'à ce jour en « propriétaires absents», pressurant, écrasant et ruinant les tenanciers; les autres domaines furent concédés à d&s plajiteurs Ecossais, aux courtisans du roi et à l'Église réformée. Trente chefs de clan et toute une population se virent donc expulser des plaines fécondes d'Armagh, des vallons d'Antrim où s'engraissent les troupeaux, des terres alluviennes de Fermanagh, que leur race possédait depuis environ quinze siècles.

Est-il besoin d'ajouter qu'ils protestèrent. Invoquant d'incontestables droits héréditaires, ils envoyèrent même un avocat près du lord-député et des commissaires, chargés d'organiser la plantation. Leur droit, alléguaient-ils, ne pouvait être anéanti, par la forfaiture de leurs chefs, et ceux-ci n'auraient jamais eu le pouvoir d'ordonner pareille transplantation ('). Jacques I^r leur avait solennellement promis sa protection peu d'années auparavant: ils s'adressèrent àl'hon-

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