‹ La lutte de l'IrlandeChapitre 26 sur 90 · I. Voir Fournier, La question agraire, p · texte numérisé non relu

I. Voir Fournier, La question agraire, p

neur du roi. On ne leur répondit pas sur ce dernier point ; ! mais, sur les autres, sir John Davies leur fit comprendre qu'ils

n'avaient aucun droit héréditaire reconnu par la loi anglaise, J

et que les lois bréhonnes étaient abolies; du reste, Sa Majesté j

ne pouvait en conscience laisser de belles et fertiles contrées S

Ruines du château des O'Donnell (Antrim).

sans vergers et sans civilisation.

En moins de mots, John Davies eût été plus franc s'il avait répondu comme le brenn gaulois aux Romains : Vœ victis !

Le cœur navré, les clans se retirèrent lentement devant les nouveaux venus qui hâtaient leur départ à coups d'arquebuse. On leur laissa ce qui fut jugé de trop mince butin, les montagnes arides, les fondrières et les marais. C'est ainsi que les Irlandais furent initiés à ce principe du régime féodal : la terre est au Roi. Et le roi, heureux d'avoir fait prospérer l'agriculture en Ulster sans être importuné par l'immense

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lamentation d'un peuple qu'il n'entendait pas, confisqua encore 66,800 acres dans le comté de Wexford.De 447 Irlandais qui réclamaient des droits sur ces terres, 57 seulement obtinrent une compensation, tous les autres devinrent tenanciers â volonté, at ivill. Heureux durent-ils s'estimer de ne pas être transplantés (').

En 16 14, les chefs irlandais et leurs soldats qui avaient participé à la dernière insurrection, reçurent l'ordre de quitter le pays. Six mille d'entre eux furent déportés en Suède, où ils prirent service dans les armées de Gustave-Adolphe, d'autres émigrèrent en Flandre et en Espagne. Cependant les indigènes de l'Ulster, rejetés dans les rochers et les boghs, obligés de vivre du lait de leurs troupeaux et du produit de leur chasse, voyaient s'élever sur leurs propres terres des fermes, des châteaux, des moulins, de luxueux parcs,de riants

t vergers et la ville écossaise de Londonderry.

[ Afin de tenir en respect cette population de bannis, sombre nuée qui recelait la tempête, le roi créa un ordre de baronnets

I qui prit encore l'arme des O' Neill : un écusson à la main

I sanglante.

! Ces iniquités expliquent d'avance, si elles ne l'excusent pas,

[ la vengeance des opprimés. Quant à cette race des Stuarts, qui déshonorait le sceptre royal par l'injustice.elle rencontrera,

; elle aussi, la justice de Dieu.

i La politique de Jacques I^r broyait cette fois et pour toujours les institutions irlandaises. Déjà, depuis 1605, le Gavelkind et le Tanistry étaient condamnés par la cour du Banc

1 du Roi comme «infâmes et abominables». Désormais, ces lois deviendront inapplicables, car la terre d'Irlande n'est

! plus aux Irlandais.

j Cependant le roi prétendait leur accorder tous les droits et privilèges que la législation confère aux citoyens anglais,

! mais à condition qu'ils prêtassent le serment de suprématie. C'était proclamer l'incapacité civile des catholiques.il fit plus : par ses ordres, les orphelins mineurs enlevés à leur famille furent élevés — aux frais du roi — dans la religion protestante. De sorte qu'à la génération suivante des O' Brien, des Fitz-

ï.Calenda)- of State papers (1611-1614), n" 255. Voir Fournier, La QuesU agr., p. 32.

Gerald, des Butlers et des Burkes devinrent anglais et ennemis de la religion pour laquelle étaient morts leurs pères. C'est ainsi que les sultans créèrent les janissaires.

Enfin, après le succès des premières Plantations, les déprédations royales s'étendirent à toute l'Irlande. Comme il fallait quelque prétexte à de nouvelles confiscations, des légistes complaisants trouvèrent que les domaines retombés aux mains de leurs légitimes possesseurs par suite du départ ou de l'expulsion des colons anglais sous les règnes précédents, faisaient retour au Roi <.< comme biens d'absents ï>. Cette sentence déposséda d'un coup les descendants des tribus du Leinster et du Westmeath qui autrefois menaçaient Dublin, et valut à la couronne 80,000 acres — aussitôt distribués à des Anglais.

Dans le Connaugth, il n'existait pas de titres de propriété ; la plupart des seigneurs irlandais y fondaient leurs droits sur la possession incontestée de leurs aïeux. Précisément à cause de cela, le roi fit procéder à la vérification de tous les titres irlandais. Quant aux parchemins produits par les propriétaires des autres comtés, la commission d'enquête eut soin de ne pas les trouver en règle. Ces opérations enrichirent le domaine royal de 150,000 acres de terrain et inondèrent l'Irlande d'un ramas d'Ecossais et d'Anglais, tous besogneux, la plupart peu recommandables, mais destinés à devenir magistrats, shériffs, membres du parlement et pairs.

Charles I^f, ce roi qui, selon Macaulay, doit sa popularité moderne à la douceur mélancolique de son visage et au tableau de Van Dyck, hérita de son père une insatiable soif d'argent ; elle valut aux Irlandais l'exercice public de leur culte et la libre possession de leurs propriétés moyennant le payement de 120,000 livres sterling. Grande fut l'alarme des protestants devant ces généreuses intentions du roi ; mais au bout de trois ans ils se rassurèrent ; la somme une fois payée, Charles retira sa parole. C'est le comte de Strafford qui lui avait suggéré de jouer ce tour aux catholiques, et le chevaleresque Stuart mit sa main royale à cette basse œuvre de coquin. Thomas de Wentworth, comte de Strafford, était un ministre intelligent, d'une volonté de fer, et pour qui la fin

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justifiait les moyens. Nommé gouverneur d'Irlande, il résolut de fonder dans leConnaught une plantation aussi prospère que celle de l'Ulster.

Depuis le règne précédent, les chefs tenaient toutes leurs terres en fiefs, et payaient gros pour l'enregistrement de leurs nouvelles patentes seigneuriales. Or il se fit que les officiers de la chancellerie reçurent l'argent mais 07iblièrent d'effectuer l'inscription sur leurs livres. En Angleterre, il eût paru évident que la chancellerie était responsable de cette négligence, mais les légistes que déjà nous avons vus à l'œuvre, décidèrent qu'en pareil cas, les terres situées en Irlande, revenaient à la couronne (').

Strafford se chargea de confirmer ces conclusions par le jugement d'une cour et le verdict d'un jury, afin de donner au brigandage les formes de la justice. C'est ainsi qu'on « étendait aux indigènes les bienfaits de la loi anglaise ». Une puissante armée escortait les hommes de loi de Strafford ; les jurés agirent les uns sous le coup de la terreur, les autres sous la pression des juges achetés par le gouverneur. Ceux dont il était content, devaient obtenir une part dans les confiscations. Cependant chez quelques-uns la conscience parla, mais ceux-là furent emprisonnés, torturés, mutilés et de plus payèrent chacun 4000 livres d'amende ; le shérif qui les avait convoqués, mourut dans les fers (^). Strafford emporta du Connaught le surnom de Tom-le-Noir et révolta jusqu'à ses propres amis. Le peuple anglais ne lui pardonna point d'avoir avili la justice. Une réaction se produisit contre sa monstrueuse tyrannie, et le parlement, poussé par l'émotion publique, dut le condamner à mort. Cet homme qui s'était couvert de crimes pour servir son roi {^), se vit abandonné par lui et périt sur l'échafaud. Pour le soulagement de la conscience humaine, il y a de ces retours dans l'histoire d'Irlande. Quelques années après, Charles I^r, abreuvé d'humiliations,

1. 450,000 acres firent retour à la couronne en vertu de ces procédés. — Leland, t. II, 439. — Gordon, t. I, 322. — Encycl. brit., Ve, Ireland, 367. — Lingard, t. IX, p T75. Beaumont. L'Irl., t. i,p. 57.

2. Lingard, t. x, 37. — Leland, t. m, 30. — Hardiman, 105. — Plowden, I, 125. — Beaumont, i, 59.

3. « Mes traits sont cruels mais il faut bien que le roi conserve ses droits », écrivaitil à Wanderford. Hardiman.

partagera le sort de son fidèle et digne ministre ; il relèvera sa dignité de roi, sous la hache du bourreau.

Le départ de Strafiford avait laissé l'Irlande profondément agitée; les presbytériens Écossais implantés en Ulster jetaient la division parmi les protestants. Ennemis du luxe et des cours, ils opposaient leurs principes rigides et démocratiques à la vie élégante des gentilshommes.

Mais qui dira le désespoir des catholiques ? Du milieu de ce peuple chassé de ses foyers, privé de ses églises, s'élevait un concert de malédictions contre le tyran Stuart, qui venait encore d'interdire la langue irlandaise, afin de hâter la transformation du pays. Toutefois, à cause de sa proscription même, cette langue, aussi antique que le chaldéen, se conserva, pure de toute alliance saxonne, dans la poésie des bardes. Ils chantaient aux bannis les gloires passées d'Erin, attisaient la haine contre l'étranger et faisaient appel aux vengeurs de la patrie. Un sombre nuage de colère montant des cœurs, planait sur l'Irlande. Le contact d'une épée, et la foudre s'allumera.

L'infortuné Hugh O'Neill laissait un fils nommé Phélim, jeune homme audacieux mais réputé extravagant. Dans son exil sur le continent, il avait organisé une conspiration avec les chefs Rory O'Moore, Mac'Guire et Mac'Mahon, dans le but de s'emparer en une nuit des places fortes dé l'Ulster et du château de Dublin où se trouvait un arsenal formidable. Les garnisons massacrées et les planteurs tenus en respect, on devait exiger du roi le rétablissement de la religion catholique et la restitution des domaines confisqués.

Ce plan allait réussir, quand un traître, attiré dans le complot par l'imprudence de Mac' Mahon, fit manquer l'attaque de Dublin. Mac'Guire et Mac'Mahon tombèrent aux mains de l'ennemi et Moore n'eut que le temps de fuir avec les siens. Mais à la même heure, quarante mille paysans de rUlster se lèvent à la voix de Phélim O'Neill en jetant aux échos des montagnes le vieux cri de ralliement : Erin-gobreagJi! La plupart des villes sont enlevées, les autres ferment leurs portes, la campagne tout entière est la proie des insurgés. Alors ce fut un débordement de fureur. Qu'à leur tour, les

I lO LA LUTTE DE L IRLANDE.

spoliateurs errent sans pain, sans feu et sans abri, avec leurs Camilles ! Ceux qu'on abreuva d'injustice vont s'enivrer de vengeance. Mais ces bandes indisciplinées et mal armées, que Phélim appelait fièrement « l'armée catholique », subissent deux échecs devant les places fortes défendues par des troupes aguerries. Leur insuccès rend Phélim implacable; s'il ne peut vaincre,au moins vcngera-t-il le sang irlandais. Depuis de longs siècles lesAnglais ont brûlé et massacré.sans épargner ni les femmes ni les enfants. Dent pour dent, œil pour œil ! Des paroisses entières sont en cendres et les rivières charrient les cadavres de leurs habitants. Le feu gagne Armagh et sa cathédrale, profanée par les protestants. A mort les prisonniers qui se rendent ! Les Anglais faisaient-ils quartier ? A mort les supplantateurs refoulés à coups de pique dans leurs maisons transformées en bûchers, à mort leurs femmes à mort leurs enfants ! Il faut détruire la race maudite. Et les filles de la celtique Ulstonie plongent leurs mains avec une joie sauvage dans le sang du Sassenach détesté, et les enfants armés de couteaux, s'acharnent sur leurs corps. Le blason des O'Neill devint tout à coup d'une éloquence sinistre; sa main rouge apparut à l'Angleterre souillée du sang de plus de 10,000 victimes. Un cri d'horreur et d'indignation s'éleva du sein des trois royaumes, et l'histoire protestante essuyant le sang catholique qui ruisselle de ses pages, écrivit : « le grand massacre papiste ».

On connaît aujourd'hui le chiffre des victimes ; il s'élève à 12,000. Et s'il n'a pas été dépassé, c'est grâce à l'intervention des prêtres et des jésuites. Quand ces représailles, chez d'autres peuples, s'appellent Vêpres siciliennes. Matines de Bruges, Jacqueries, les historiens n'hésitent pas à les justifier et elles trouvent des poètes qui les chantent. Ce massacre, moins odieux à coup sûr que celui de Mullaghmast, est la conséquence logique du système inauguré sous Elisabeth. Il est en même temps l'explosion de toutes les haines accumulées depuis le jour où les Anglais ont codifié l'assassinat de l'Irlandais et le vol de ses biens. Au milieu de ces excès il y eut aussi des exemples de modération ; les Ecossais ne furent aucunement inquiétés — - peut-être en souvenir des Bruce, et

puis ils n'étaient point Saxons ; — et un évêque protestant reçut l'autorisation de sauver tous les colons anglais que sa maison pourrait abriter.

La répression ne se fit pas attendre. Elle fut inexorable. Ce devint une guerre religieuse de peuple à peuple. Cinquante mille hommes, anglais et écossais, presbytériens et indépen-

I dants, pillards ou fanatiques, mais tous avides de vengeance sont envoyés en Irlande. Pour subvenir aux frais de l'expédition, les prêteurs anglais (adventurers) reçoivent en gage deux millions cinq cent mille acres de « bonnes » terres

. (profitable lands) à prendre sur les biens des catholiques. Les lords justiciers, commissaires du parlement, donnent à l'armée cette épouvantable consigne : « Ordre d'attaquer, « tuer, massacrer anéantir tous les rebelles, leurs adhérents « et leurs complices ; de brûler, détruire, dévaster, piller, con- « sumer, démolir toutes places, villes, maisons oîi les rebelles « ont été secourus ou reçus, toutes les moissons, blé ou foin « qui s'y trouvent ; tuer, anéantir tous les hommes en état « de porter les armes qu'on rencontrera dans les mêmes « lieux (') ». Et l'extermination recommença sur cette terre d'Irlande déjà pétrie de sang. Dans le comté de Wiklow, toute la population est passée au fil de l'épée par les ordres de Sir Coote. Ce monstre faisait empaler les enfants, et à ceux qui le lui reprochaient, il répondait avec un ricanement brutal : « les lentes deviennent des poux ! »

Le soulèvement de l'Ulster se communiquait de proche en proche ; barons du Pale et chefs indigènes, unis pour la cause catholique, se donnèrent la main. En décembre 1642 l'Irlande entière, sauf Dublin et neuf autres villes, était aux mains des révoltés, tandis que le désarroi régnait dans le gouvernement des lords justiciers obligés en trois jours de lancer 4000 actes d'accusation contre les nobles papistes coupables de forfaiture et de rébellion.

Monroë, secondé par les planteurs écossais, chassait de rUlster les légions de Phélim, mais à partir de ce moment il se heurte à une armée. Dans le port de Donégal, des vaisseaux espagnols chargés de munitions et d'artillerie,amenaient un homme de guerre, le glorieux défenseur d'Arras, Owen O'Neill, accompagné de 600 officiers distingués, tous fils d'exilés. Ils avaient acquis la science militaire dans les armées de

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