I. Lingard, t. X, 144. — Civil luars in Ire/and
l'étranger et ils la venaient mettre avec leur sang au service de leur patrie. La présence d'Ovven arrêta Monroë et la lutte changea de face. Nommé chef à l'unanimité, en remplacement de son farouche cousin Phélim, le colonel espagnol, devenu général irlandais, organise immédiatement l'insurrection en autant de commandements qu'il y avait de provinces ; de toutes ces bandes éparses il forme des régiments maintenus par une discipline sévère ; les actes de cruauté sont formellement interdits et l'épiscopat menace des censures de l'Eglise « tous ceux qui se laisseront guider par l'avarice, la haine et la vengeance dans une guerre que, devant Dieu, il proclamait juste et légitime. » Sous la protection de cette force, naît un gouvernement national dû à l'initiative du clergé, un parlement composé de pairs, d'évêques et de 220 députés, et cette assemblée réunie à Kilkenny nomme dans son sein un conseil suprême sous la direction d'un président, fonde une presse, un atelier pour battre monnaie et scelle ses décrets aux armes d'Erin. Encore une fois l'Irlande se redressait immortelle à la voix des O'Neill. Mais hélas ! ce magnifique essai d'autonomie nationale sera de courte durée.
L'heure du châtiment arrivait pour Stuart. Comme la révolution puritaine dominait le parlement d'Angleterre et abattait pièce à pièce les prérogatives du pouvoir royal, Charles P^" voulut s'appuyer sur les catholiques.il chargea le comte d'Ormond, vice-roi d'Irlande, royaliste dévoué, mais protestant zélé, de leur offrir la paix. Les Ecossais et les puritains fanatiques de l'armée d'Ormond refusèrent de participer à cette transaction ; en haine des papistes ils abandonnèrent la cause de leur souverain légitime pour celle des factieux. O' Neill, les battant en deux rencontres, les refoula vers les villes de la côte. Cette victoire sur les ennemis de la royauté, décida Stuart à demander secrètement à l'assemblée de Kilkenny, un secours de 10,000 hommes et des subsides,moyennant de vagues promesses sur l'exercice public du culte catholique en Irlande, la jouissance des églises dont les protestants ne s'étaient pas emparés et la rectification de toutes les plantations par un parlement irlandais. Le nonce du pape, qui soutenait l'insur-
rection avec de l'argent et des armes envoyés de Rome, trouva les concessions du roi trop peu favorables aux intérêts de la religion. O'Neill, les évêques et les principaux chefs militaires se rangèrent à son avis ; mais le traité fut signé malgré leurs protestations. Il n'eut d'autre effet que d'opérer une scission entre catholiques. Charles I^r lui-même, déjà prisonnier des Écossais, loin d'en profiter, se vit obligé de révoquer tous les pouvoirs qu'il avait donnés à Ormond pour traiter de la paix.
Tandis que ce roi persécuteur de l'Irlande subissait les outrages de la soldatesque puritaine, O' Neill atteignait près de Benburb l'armée de Monroë. Prenant position sur une hauteur, il engagea le feu de loin sans faire d'autre mouvement qu'une diversion de cavalerie. Il attendait le coucher du soleil, dont les rayons incommodaient fort ses troupes.Vers le soir, il ordonna de s'avancer sans tirer un coup de fusil, et, une fois à portée de pique, de charger l'ennemi le sabre à la main. Ses hommes, pleins de confiance en leur chef,exécutèrent avec ensemble et vaillamment cette marche en avant. Les Anglais se défendirent avec vigueur mais l'impétuosité de l'assaillant les avait mis dans le plus grand désordre, et leur coûtait plus de 3000 hommes. La cavalerie écossaise enfoncée par celle d'O'Neill détermina une déroute générale. Un seul régiment, celui de Montgommery, se reforma pour effectuer sa retraite, le reste avait fui. Lord Montgommery, vingt et un officiers et seulement 150 soldats tombèrent aux mains du vainqueur. Les Irlandais paraissent avoir été peu disposés à faire quartier, car ils tuèrent des fuyards jusqu'au lendemain. Monroë, à cheval, sans chapeau, sans perruque, s'échappa à grande peine. Toute son artillerie, ses bagages, 1 500 chevaux, des convois de vivres, trente-deux drapeaux et plusieurs places fortes tombaient au pouvoir d'O' Neill. La consternation fut si grande dans l'armée anglaise, que nombre de soldats quittèrent l'Irlande pour se sauver en Ecosse.
Ce nouveau succès ne raffermit point la cause nationale, entamée dans sa belle unité par le ver rongeur du royalisme protestant. L'Ulster s'ouvrait à la conquête d'O' Neill, mais par attachement aux intérêts de la religion, compromis par les partisans d'une paix mensongère, il rebroussa chemin
avec son armée victorieuse,renvei'sa le Parlement de Kilkenny et lui substitua un conseil sous la présidence du nonce. Le général Preston, catholique quoique royaliste,appuya le nonce. Ce coup d'État eut des conséquences funestes ; l'assemblée de Kilkenny se révolta ; des scènes tumultueuses obligèrent le légat romain à chercher un refuge dans le camp d'O' Neill. L'élan national des premiers jours était brisé par l'intervention intéressée des partis. L'armée insurrectionnelle disloquée s'en allait au gré des passions politiques surexcitées, pendant que Monk reprenait l'Ulster, infligeant aux Irlandais une perte de 8,000 hommes en deux batailles. On vit Preston se joindre aux régiments d'un féroce massacreur de prêtres, lord Mac' Murrough Inchiquin, renégat de sa patrie et de sa religion et faisant à toutes deux une guerre sauvage ; de concert avec ce bandit, qui à son tour par vengeance trahissait le parlement puritain, Preston cernait O' Neill et forçait celui-ci à conclure une trêve.
Les événements se précipitaient.La nouvelle de l'exécution de Charles P^ traversa le détroit en même temps que les débris de ses troupes fidèles. Anglo-Irlandais, royalistes et indigènes confédérés, s'unirent pour chasser les garnisons « parlementaires » de toutes les villes. Ormond attaqua Dublin mais repoussé par le général Jones, un des farouches séides de Cromwell, il perdit 6,000 hommes et battit en retraite. Owen était resté sur la défensive. S'il se joignit alors aux soldats d'un tyran dont ses compatriotes saluaient avec joie la mort, c'est qu'Ormond lui offrit une réconciliation complète et un nouveau traité qui accordait à l'Irlande un parlement indépendant et le rappel de toutes les lois contre les catholiques.
On était en 1649. Depuis plus de sept ans durait l'insurrection. L'étonnante vitalité de ce peuple irlandais, improvisant une armée et un gouvernement, se forgeant des armes avec ses chaînes, fut une leçon pour les Stuarts ; mais ils n'en profitèrent jamais que par égoïsme. « Quand vous voyez un Stuart équitable envers l'Irlande, comptez que son pouvoir est bien chancelant en Angleterre ('). »