‹ La lutte de l'IrlandeChapitre 28 sur 90 · I. De Beaumont · texte numérisé non relu

I. De Beaumont

Il6 LA LUTTE DE L IRLANDE.

La République suscita un homme qui se chargea de reconquérir l'Irlande, de l'écraser et d'exterminer la race papiste comme celle de Chanaan, au nom du Seigneur.

« Je demande sur mes mains et mes genoux que l'expé- « dition soit entreprise contre eux (les Irlandais) tandis que « les cœurs et les mains de mes soldats sont encore brûlants, « et je suis fier de leur dire brièvement : Heureux celui qui « les récompensera comme ils nous ont servis, et maudit soit « celui qui accomplira négligemment cette œuvre du Seigneur! « Maudit soit celui dont l'épée ne sera pas teinte de sang !... « qui ne fera pas d'eux des monceaux et des monceaux de « morts, et de leur pays un repaire pour les dragons, un éton- « nement pour les nations ! Que l'œil qui aura eu pitié d'eux, « que la main qui leur aura fait merci, n'obtienne ni pitié « ni merci, et que celui-là soit maudit qui ne les aura pas « amèrement maudits ! »

Telles sont les paroles que Cromwell, se donnant la mission de Josué, prononça au parlement d'Angleterre. Sombre rêveur plutôt qu'« hypocryte raffiné », ce prophète du puritanisme unissait le génie militaire à la ténacité contemplative des mélancoliques.

Nommé commandant supérieur de l'île condamnée, Cromwell débarqua le 1 5 août 1650 à Dublin, avec 1 2,000 soldats de choix, aussi fanatiques que disciplinés.

Ormond venait d'être repoussé et Owen O' Neill mourait inopinément. Quelques-uns disent qu'il fut empoisonné, « mais l'ère des empoisonnements était passée (') », remarque un historien, en faisant allusion à la manière dont le gouvernement anglais s'était autrefois débarrassé de certains chefs irlandais devenus gênants.

Le premier exploit du protecteur fut le bombardement de Drogheda. Lui-même conduit l'assaut. La ville prise, les habitants et la garnison, malgré la promesse d'avoir la vie sauve, sont passés au fil de l'épée. En vain trois cents femmes, réfugiées dans la cathédrale au pied d'une croix, implorent-elles la pitié des vainqueurs ; toutes sont massacrées. Et Cromwell,

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