Acte du Parlement, mai i6q
Sous prétexte de « confirviér les articles du traité de Limerick » le parlement orangiste les dénatura et les falsifia au point de soulever les protestations de dix pairs et de quatre évêques anglicans qui, n'ayant rien retiré du pillage, avaient moins de répugnance à se montrer loyaux et justes. Ils signèrent un document dans lequel il est dit que la prétendue confirmation du traité conclu entre Sarsfield et le roi, plaça les catholiques « dans une situation pire que celle qu'ils occupaient avant » ; qu'on inséra dans l'acte des mots qui n'étaient pas dans les articles et qu'on y omit des mots essentiels, de telle façon que des clauses importantes furent supprimées et le sens de la fameuse capitulation entièrement dénaturé. Le Parlement allégua pour motif « qu'il fallait concilier les articles du traité avec la sûreté et la prospérité des sujets de Sa Majesté. » Ce bill hypocrite passa, et le roi, violant sa parole, le signa. Le premier effet désastreux de cet acte insigne de foi punique, fut de détourner définitivement au profit de l'étranger les forces vives de l'Irlande. Toutes les familles en état d'émigrer abandonnèrent cette île parée des poésies de la nature et transformée en géhenne parle fanatisme. Leurs talents et leur activité elles les mirent au service des ennemis de l'Angleterre. De 1691 à 1745, quatre cent cinquante mille Irlandais combattirent dans les armées françaises. L'Autriche, l'Espagne et l'Italie comptèrent parmi eux des hommes illustres ('), tandis que dans les colonies du nouveau monde ils allaient préparer la rébellion contre le joug britannique.
Mais l'Irlande, privée de noblesse et de bourgeoisie, ressemblera à ces forêts druidiques où le cyclone a passé déracinant les vieux chênes, brisant les sapins centenaires et ne laissant debout que les tiges frêles et les rejetons.
Sous le gouvernement de la reine Anne, les conditions secondaires du traité de Limerick sauvegardées au début, sont définitivement anéanties par la loi, c'est-à-dire qu'on achève de légaliser la fraude et le parjure, dans le but de codifier la plus monstrueuse des tyrannies.