‹ La lutte de l'IrlandeChapitre 39 sur 90 · Penalty for concealing them. » 7W. m, chap. v · texte numérisé non relu

Penalty for concealing them. » 7W. m, chap. v

4. « Papist not to keep above 2 apprentices nor under 7 years. » — S Anne, ch. m,

5. Statuts du parleme7il irl. passés sous la 9® annéa du rè^ne de Guillaume III, chap. I, III, p. 339.

jusqu'au frère lai, réguliers et séculiers étaient taxés de 50 à 100 livres ; les juifs, par tradition et par nature, s'acquittaient le mieux de ce rôle de Judas.

Tout individu requis de déclarer où il avait entendu la messe, par qui elle était célébrée et de nommer un certain nombre des assistants, devait le faire sous peine d'un an de prison, de deux ans s'il cachait la vérité ('). A ceux qui se rendaient en pèlerinage au tombeau de saint Patrick on imposait la peine du fouet. Les emblèmes de la « superstition » durent disparaître, les images de la sainte Vierge sont détruites, les croix abattues, les cloches cessen t de se faire entendre.

Il n'en fallut pas tant pour allumer une guerre de cinq ans en Vendée et provoquer l'insurrection des paysans en Belgique. ^

Tel est l'ensemble de ces lois machinées pièce à pièce depuis 1698 jusqu'en 1723, pendant les règnes de Guillaume III, d'Anne et de Georges Ie>-. Et ce qu'elles ont de remarquable, c'est qu'en n'interdisant pas ouvertement le culte catholique aux Irlandais, elles en rendent la pratique intolérable.

Il faut remonter à Julien l'Apostat pour retrouver cet art dans la persécution. En vérité, le régime de la Terreur fut moins odieux. Il n'eut pas cette haine à la fois violente et froide combinant l'asphyxie d'une nation désarmée. Il est la tempête qui balaie; les lois pénales, comme la tangue perfide, engloutissent lentement, inexorablement, une population qui ne peut s'arracher du sol natal. Devant cette œuvre infâme, élaborée méthodiquement dans de graves parlements, on comprend le cri d'indignation d'un illustre écrivain: «O Angleterre, le plus vilain des peuples si tu n'étais le plus hardi des forbans ! (^) »

Et l'éternel honneur de l'Irlande c'est d'être sortie vivante de ce long supplice. Du berceau jusqu'à la tombe, la loi poursuit l'Irlandais catholique, elle l'enserre, elle l'étreint à la gorge, afin de lui arracher un mot : j'abjure ! Et ce mot qui peut lui rendre la liberté, les biens, le porter aux honneurs et au pouvoir il ne le prononcera pas.

I. 8 Anne c. m, § 21 S. IV, p. 200. (1710.) — 2. Yeuillot. Çà et là, t. 11, p. 251.

Ruines de l'abbaye de Alukross.

Comme aux jours sanglants de Cromwell, les prêtres déguisés parcourent le pays, se réfugient dans les cavernes, passent la mer sur des barques de pêche pour demeurer en communion avec leurs évêques. Ils écrivent des brochures

imprimées sur le continent et colportées en secret chez les catholiques sachant encore lire. Au fond des bois ils instruisent les enfants en haillons, partout ils apportent la consolation aux mourants. On peut les surprendre, les vaincre jamais. Leur mort est une victoire pour l'Église. Ainsi les âmes vivifiées par la foi restent libres au milieu des chaînes.

De leur côté, les harpistes errants et les joueurs de cornemuse, les mendiants autrefois gentilshommes, les instituteurs demeurés cachés, les colporteurs, s'en allaient par les villages, chantant de vieux laments de la verte Erin et réchauffant les cœurs au récit de ses gloires. Ainsi la mémoire de ce peuple impressionnable décuplée par le défaut d'instruction se cramponnait de toutes ses forces aux traditions du passé. En 1744, un arrêt du Parlement abolit définitivement le culte catholique. Mais l'année suivante cette complainte populaire courait d'un bout à l'autre de l'île comme un soupir d'espérance :

« Aimables filles d'Erin, ouvrez enfin vos yeux trop long- « temps chargés de tristesse... Quoique spoliés delà terre oii « nos pères ont régné, et attachés à la herse et à la charrue, « nous ayons subi avec faiblesse le joug d'un Pharaon dur et « cruel, cependant lorsque Charles s'avancera au bruit de ses « tambours, nul Williamite ne tiendra devant lui...

« Les gadhelians (catholiques) régneront de nouveau sur « notre île, et nos spoliai-eurs à leur tour seront esclaves « comme vous l'êtes aujourd'hui. Un soldat de l'Irlande com- « mandera aux soldats de l'Irlande... la messe sera chantée, <!; les cloches sonneront, tout clan aura son barde, la terreur « et la honte se ligueront pour nous délivrer de nos tyrans et « du maudit Shane-Bui ('). »

Ce chant était inspiré par le débarquement en Ecosse du prétendant Charles Stuart, qu'une expédition française s'apprêtait à soutenir. L'Angleterre, obligée de se défendre dans le nord et sur mer,craignit encore d'avoir l'Irlande sur les bras. Pour calmer l'agitation de son île-sœur, elle eut l'habileté de lui envoyer comme vice-roi le fameux comte Cheasterfield.

I. Shane-Bui{Jeanle Jaune), terme de mépris pour désigner GuilLiume III elles orangistes.

C'était un homme de bien en même temps qu'un homme d'esprit. Les traits suivant le peignent et caractérisent son gouvernement :

Un matin on vint lui annoncer précipitamment que les papistes se levaient dans le Connaught ; le comte tira froidement sa montre : « Déjà neuf heures, répondit-il, en vérité il est grand temps qu'ils se lèvent. » Quand on lui dénonça son cocher coupable de papisme parce qu'il allait à la messe: <i II faudra que je fasse attention maintenant que le drôle ne m'y conduise pas », dit-il. Une autre fois le plancher d'une maison où les catholiques entendaient la messe en secret ayant cédé sous le poids de la foule, et causé la mort de plusieurs personnes, le lord gouverneur, ému de pitié, permit d'ouvrir les chapelles catholiques et défendit la chasse aux prêtres.

Charles-Edouard, ralliant à sa cause les intrépides montagnards, commençait sa vie d'aventures. Mais la race maudite des Stuarts ne devait plus régner. Tandis qu'Erin attendait le signal des tambours jacobites, les clans soulevés d'Ecosse marchaient vers la sombre journée de Culloden. L'Angleterre victorieuse poursuivit l'écrasement de la race gaélique dans les Hautes-terres,et rappelant lord Cheasterfield, elle remit les lois pénales en vigueur. Depuis soixante-dix ans l'Irlande ne remuait plus. Elle perdit son dernier espoir en 1759 lorsque la flotte française fut battue, mais glorieusement, en essayant un débarquement sur ses côtes, à Carrikfergus.

Sous la maison de Hanovre, l'Angleterre crut devoir user de quelques ménagements ; une brigade irlandaise avait décidé de la bataille de Fontenoy,et Georges III s'était écrié après sa défaite : « Maudites les lois qui m'ont privé de tels soldats ! » Un bill permit donc aux prêtres pouvant se recommander de deux propriétaires,de remplir leurs fonctions dans des limites fort restreintes ; un peu plus de liberté fut également laissée aux fidèles d'entendre la messe. La persécution, du reste, eut ses intermittences. Par moments la tyrannie paraît s'assoupir. La tolérance, la négligence ou la simple lassitude des exécuteurs de la loi donnaient quelquefois aux catholiques l'illusion de la liberté jusqu'au prochain réveil du fanatisme.

En somme, au XVIII^ siècle la situation de l'Irlande est celle-ci :

Toutes les fonctions aux mains des protestants. A la tête du pays, un parlement protestant, élu exclusivement par des protestants. Il ne représente en réalité qu'un septième ou un huitième de la population, et cette minorité AngloSaxonne, hérétique, perdue au milieu de cinq millions de Celtes-catholiques, constitue seule aux yeux du gouvernement britannique, l'Irlande légale. Cette minorité, cantonnée en pays ennemi comme autrefois les garnisons du Pale, cherchait sa sécurité dans le régime de la persécution ; son parlement était « un fléau entre les mains de l'Angleterre pour battre l'Irlande papiste ».

Aux protestants encore, appartenait la presque totalité des terres. Depuis 1586 jusqu'en 1692, l'œuvre de spoliation avait été menée rondement et à bonne fin. Qu'on en juge par l'éloquence de ces chiffres.

La superficie de l'Irlande est d'environ 10,500,000 acres. Furent confisqués :

Sous Elisabeth, après la révolte de Desmond. . 600,000 acres.

Sous Jacques I" et Charles P"" 1,000,000 »

Sous Cromwell 7,700,000 »

Sous Guillaume III 1 ,060,000 »

En tout 10,360,000 »

Avec les restitutions partielles faites à quelques propriétaires légitimes et les 140,000 acres non confisqués, il restait aux catholiques un peu plus de un million d'acres, c'est-à-dire, environ la onzième partie de leur sol.

Au-dessous de cette oligarchie protestante, lords, députés, clergé, fonctionnaires, vit un peuple d'ilotes, une race écrasée comme au temps des barbares. Moins de cent ans après le traité de Limerick, les lois pénales produisaient leur effet: un grand nombre de familles historiques avaient disparu ; quelques rares gentilshommes catholiques vivaient ignorés sur un débris de leurs domaines, d'autres apostasièrent ('), la plupart étaient laboureurs dans les champs ou hommes de

I. En 1738, un millier de familles d'un certain rang avaient adhéré, nominalement du moins, à l'Eglise établie.

peine sur les quais de Dublin, incapables désormais d'élever des réclamations, car ils ne savaient ni lire ni écrire, encore moins prouver leur légitimité et. tracer leur généalogie. Il en errait aussi par le pays gardant précieusement leurs titres dans un vieux mouchoir ; les paysans se plaisaient à leur donner l'hospitalité à laquelle avaient droit les chefs de clan d'autrefois et c'était la seule marque qui fit reconnaître qu'ils étaient gentilshommes ('). Dans les villes, ce qui restait de classe moyenne luttait avec énergie pour développer une industrie sans cesse entravée par les lois, sans cesse étouffée par l'injuste concurrence. Exclus de la vie politique, les Irlandais portèrent leur activité vers le commerce, et sous Georges III apparut une classe de négociants d'où sortiront les lutteurs du XIXe siècle. Depuis longtemps le costune national du peuple irlandais, poursuivi à outrance comme une manifestation extérieure de son indépendance, avait disparu. Il fera place désormais aux livrées de la misère, à ces haillons invraisemblables qui stupéfient le voyageur et caractérisent Paddy C).

Ignorant, demi-sauvage, sevré de toutes les joies terrestres. Paddy ira demander une consolation aux feux du whiskey bu sans mesure, réchauffant les corps demi nus, rendant aux âmes assombries leur gaieté traditionnelle pour les rejeter ensuite dans l'abrutissement. Et de cette population déchue qui était son ouvrage, l'Angleterre aura l'impudeur de composer un type d'ivrogne moitié bandit, moitié gueux, habillé déguenillés sans nom. Ses livres, ses théâtres, ses journaux montreront à l'Europe cette caricature en disant avec un indéfinissable mépris : «Voilà l'Irlandais, l'Irishinan .O)

Les loispénales onttué rindustrie,étouffé l'instruction, fermé toute carrière aux fils de la catholique Erin.Il n'a plus que la terre et maintenant, cette terre il la lui faut — sous peine de mort. Ou la culture du sol ou la faim. Pressés par ces deux alternatives, plusieurs laboureurs se formeront en association appelée Knot, d'après une vieille coutume celtique, dans le but d'enchérir sur le fermier protestant dont le bail vient

1. Prendergast, p. 350. Fournier. La question agraire, p. 46.

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