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En breton, Pays des forets, d'où Calédoiiie

3. Les bardes la désignent ordinairement sous le nom d'htis- Rallia (Ile Noble) ou Jnis-Fail (Ile de Fail).

4. Dul.itin Picti, parce qu'ils se tatouaient en bleu avant le combat — ou peut-être du mot bretoii pictioch qui veut dire voleur, brigand.

romain, les fameux murs d'Antonin et d'Adrien abandonnés par leurs défenseurs, livrèrent passage aux tribus scotiques et elles ravagèrent la Bretagne. L'anarchie y devint telle qu'une partie de la population émigra en Armorique, chez ses frères d'origine. Depuis, il s'est formé dans ce large promontoire des Gaules une nation compacte, préservée de l'influence latine par le langage, une position reculée et un farouche esprit d'indépendance. Avec les Gallois, les montagnards écossais et la presque totalité des Irlandais, les Armoricains sont les débris du grand peuple Kymri-Celtique, et seuls ils ont conservé le nom de Bretons. Mais le caractère national de cette antique race va s'altérant à mesure que disparaît sa langue, sœur de l'hébreu et première expression des idées japhétiques. Les fils de Miléag, Heber-Fionn, Hérémon, Ir et Ith, qui furent les souches de toutes les familles dont le nom. est précédé de la particule O ou Mac, se partagèrent l'Irlande, La domination appartint à leur race. Heber-Fionn, l'aîné, et les descendants d'Ith occupèrent le Momonie (le Munster). La Conacie et la Lagénie (Connaught et Leinster) échurent à Hérémon. — Ir, dont le nom est resté à l'Irlande, s'empara de l'Ultonie, devenue plus tard l'Ulster. Les conquérants se fusionnèrent avec l'élément ibérique. Le culte phénicien du soleil et du veau d'or fut associé à celui des Cromleachs. De cette époque date probablement la construction de ces gigantesques tours à silhouette de cierge dont l'origine et la destination sont restées mystérieuses.

L'organisation sociale des Celtes remontait aux âges primitifs ; elle avait pour base la famille et son développement, la tribu. C'étaient le clan Q) ou le sepht, dont les membres, unis parle lien de parenté, réel d'abord, dans la suite fictif, reconnaissaient l'autorité d'un chef appartenant à la famille-souche, et par lui se rattachaient à la race Milésienne. De là, le soin jaloux que mettaient les Irlandais à conserver leur généalogie.

Chaque tribu possédait un territoire, de l'étendue d'une trentaine de bourgs ou villages. Ce territoire était partagé

I, Clann, famille.

L IRLANDE CELTIQUE

entre les diverses branches de la tribu — les clans ('), et cultivé par les restes de l'ancienne population de l'île mêlée aux descendants des soldats et des artisans qui avaient suivi les Milésicns d'Espagne. Ceux-ci ne prenaient pas le nom de leurs maîtres. Ce nom précédé des articles O ou Mac, sans addition, désignait le chef de toute la tribu — avec addition, les branches.

Ainsi Mac-Carthy est le nom du grand chef de la tribu entière, comme Mac-Carthy et Mac-Carthy Riagh, le nom de deux branches de la même tribu. Survenait une guerre, tous les membres de la famille Mac-Carthy se réunissaient avec leurs tenanciers, dont ils étaient parents, autour du chef et suivaient ses ordres. La branche-chef venait-elle à s'éteindre quelqu'une des collatérales la remplaçait.

On trouve aussi des étrangers dans le clan, des réfugiés d'autres tribus, des vagabonds, des prisonniers de guerre, des fruidirs, en un mot, ceux-là regardés comme des esclaves et abandonnés .sans aucune protection à la discrétion des chefs, mais par un sentiment d'équité fraternelle inconnue aux races Slaves, les enfants de ces fruidirs après trois générations faisaient partie du clan, et pouvaient s'élever parmi les hommes libres ou les nobles.

L'égalité étant le principe fondamental de cette société, voisine de l'état barbare, une loi appelée Gavelkind réglait les successions. Dans les familles autres que celles des chefs, les terres étaient partagées entre tous les enfants mâles du clan, légitimes ou illégitimes. Si un membre du clan venait à mourir après le partage, sa part n'était point divisée entre ses fîls: elle revenait à la masse commune et le chef procédait à une nouvelle répartition dans laquelle chacun recevait une part proportionnelle à son ancienneté (-).

Ce système, défavorable à l'agriculture, devait disparaître

1. Les mots Clan, Dal, Hy, Mac, Kinall, etc. sont des adjectifs fort usités, qui dans leur signification primitive dénotent aussi bien les chefs des familles que leurs descendants — dans un sens plus étendu ils sont appliqués aux territoires possédés par les familles. Ils signifient aussi portion d'une chose, d'où portion d'un territoire, branche à& famille. (D'après O' Kelly d'Agrim. Essai hist. sur l'/rl. p. 4.) C'est dans ce sens que nous opposons quelquefois clan à tribu.

2. Voir Fournier, La question agraire en Irlande, p. 11. D'après Davies, Spenser et tous les auteurs qui ont écrit sur la matière.

lO LA LUTTE DE L IRLANDE.

forcément devant l'extension des familles et la constitution du capital, source de toute aristocratie. Quand la forêt et la prairie sans limites s'offrent à l'occupant du sol, le bétail seul forme la richesse. Les hommes libres qui n'avaient pas de bétail en empruntaient aux plus riches, moyennant certaines conditions.et devenaient ou bien soer-cclé, associés du bailleur, ou bien doer-cclé, débiteurs. C'est l'origine des tenanciers. Les premiers, s'ils paient la redevance exigée, arrivent à posséder le troupeau au bout de sept ans, les seconds, soumis à des conditions plus onéreuses, doivent nourrir par exemple à certains jours, le chef, ses compagnons et sa suite. Ce droit des chefs à l'hospitalité est longtemps demeuré dans les usages du pays.

L'accroissement de la population crée la valeur du sol. Les hommes les plus considérés et ceux que la reconnaissance publique voulut récompenser obtinrent des terres soustraites à la masse, d'autres, par le droit du plus fort, se les attribuèrent. Peu à peu les terres se répartissent en deux catégories, les unes appartenant à une classe d'hommes riches, qui constitue l'aristocratie de la tribu ; les autres formant la propriété collective des hommes libres et soumis au régime des partages de jouissance. La hiérarchie sociale, indispensable à toute civilisation, rompt l'égalité. Désormais deux ordres s'établissent, celui des chefs et celui des bréwy ou propriétaires. L'ordre des chefs se divise lui-même en quatre degrés : le chef-roi, le chef-brehon ou juge, le druide, plus tard l'évêque, et le barde. Dans les brcivy on comprend les tenanciers. Les bergers et les artisans composent une classe inférieure privée du droit de réclamer en justice si ce n'est par l'entremise de leurs maîtres.

Cette hiérarchie, remarquons-le, exclut l'esprit de caste. Le clan demeure la base de l'État social. Que le chef devienne roi et que le tenancier continue péniblement à labourer son lopin de terre, un même lien les unira toujours : le souvenir de l'ancêtre commun. Ces traditions patriarcales donnent au pouvoir des droits et une dignité qu'aucune constitution n'a besoin de garantir, et maintiennent entre les chefs et leurs subordonnés des relations inconnues au régime féodal.

l'irlande celtique.

Tandis que celui-ci repose sur le commandement militaire, celui-là s'inspire de l'union des frères gouvernés par leur aîné.

1 2 LA LUTTE DE L IRLA^fDE.

Ainsi tous les enfants d'une même tribu sont élevés ensemble (') ; les rois et les reines visitent leurs sujets et viennent familièrement dîner chez eux. Ils traitent leurs valets et leurs ménestrels, autrefois leurs frères de lait, sur le pied de l'égalité. Froissart raconte la surprise que causèrent ces mœurs à la cour d'Angleterre oij s'étaient rendus quatre rois Irlandais. On crut leur faire honneur en les servant sur une table séparée de leur suite, et ils en furent au contraire si froissés qu'ils refusèrent de manger.

Dans ces conditions, il devenait assez difficile à un chef d'abuser de son pouvoir ; d'autant plus qu'il était choisi à l'élection. Aucun titre de noblesse féodale ne le distinguait. Les ducs, les comtes, les barons sont d'importation normande. Le chef irlandais était un TJiierno dans les grandes tribus ou bien un Far Toscheach, — correspondant au T/ianc, anglo-saxon — dans les clans intérieurs. De son vivant même, au nom de la loi du Tanistry, les membres du clan choisissaient son successeur, qui s'appelait alors le Tanist.

Ordinairement les suffrages se portaient sur un de ses fils bien qu'ils n'eussent pas de droits héréditaires. La tribu pouvait élire tout autre guerrier plus capable de la gouverner. Elle attachait un grand prix aux qualités physiques et à la beauté corporelle de ses chefs. Pour les rois et les grands dignitaires il était fait une exception ; la loi exigeait qu'ils descendissent de l'un des fils de Milesius. Cette singulière institution de Tanistry était motivée par un état de guerre permanent. Presque tous les chefs périssaient de mort violente ; il importait que leur succession ne restât pas en suspens au milieu des combats.

En échange de la protection qu'il assurait à ses frèressujets, le Thieriio exigeait d'eux une quantité de redevances en nature, du bétail à tant par mesure de terrain, des corvées pour sa culture et le service de sa maison ; les forgerons lui devaient des armes, les orfèvres des vases d'airain, tous l'entretien de ses Galoivglasses mercenaires à pied et à cheval. Il avait une cour composée de généalogistes, de

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