I. Cette coutume s'appelait le Fosterage
L IRLANDE CELTIQUE
médecins, de bardes, de chroniqueurs, de porte-étendards, de joueurs de harpe, et en raison du soin que donnait l'Irlande à la production du miel, de gardiens des abeilles.
Les tribus étaient groupées en cinq États : le ]\Teath,rUlstonie, le Connaught, le Munster, le Leinster, chacun gouverné par un RiagJi ou roi. Parmi eux, l'assemblée des chefs choisissait Xard-riagli ou roi suprême de toute l'île. Sa capitale était Téamor (Tuam).
Dans la suite, un certain nombre de chefs puissants prirent aussi le titre de roi. Au VI*^ siècle à la réunion de Drumicita, l'on vit figurer jusqu'à treize rois, ne reconnaissant d'autre suzerain que Wird-riagh. On s'explique dès lors pourquoi tant de familles descendent <i des rois d'Irlande ».
Une étrange solennité présidait au sacre de Vard-riagh. Debout sur la pierre du destin, la pierre noire d'Iona, aux résonnances fatidiques, en face de l'Océan, sous le souffle des rafales, il recevait la couronne d'or fermée, et une harpe. Ensuite prenant une baguette des mains d'un officier, il la dirigeait successivement vers les quatre points cardinaux ; enfin il prêtait à l'assemblée le même serment que les chefs à leurs clans respectifs ; celui d'obéir aux lois fondamentales du Gavelkind et du Tanistry.
Malgré son titre pompeux de roi des rois, et de souverain de toute l'Irlande, X ard-riagh n'était au demeurant qu'un grand chef de tribus doublé d'un président de confédération. Son pouvoir était plus nominal que réel. Il ne pouvait rien décider sans recourir aux multiples conseils d'une nation toujours divisée, toujours agitée, et ses électeurs conservaient le droit de le déposer dans des cas graves.
L'élection de ces rois et celle des chefs donnait lieu à de violentes compétitions oîi les plus influents imposaient leur volonté, à main armée. Les assemblées générales et partielles étaient de petits « Champs de Mars » en plein air, au sommet des collines. Une forte amende en nature punissait ceux qui troublaient ces délibérations ; il est aussi fait mention des malveillants qui s'avisent de creuser le sol avant la tenue du conseil ou de couper la bride des chevaux pendant que les chefs sont en séance. Cela nous fait supposer que ces
assemblées légiférantes devaient offrir autant d'incidents que les diètes de Pologne.
Les lois fondamentales du Gavelkind et du Tanistry tenaient aux entrailles de la nation irlandaise. Sept siècles avant JésUS-Christ, le roi Odla-Fodla, dit-on, les codifia en versets rimes. Elles avaient pour interprètes et gardiens les Bn'hons, à la fois juges, historiens et généalogistes, mais soumis au contrôle d'une assemblée triennale. Ces lois se distinguent par leur prolixité, leur confusion et leur esprit de modération. Elles défendent non seulement les crimes avérés mais la médisance, les faux rapports, le manque de respect envers les supérieurs. Le fond de leur pénalité paraît avoir été Véric ou compensation en argent analogue au wergild germanique. Il n'y est point fait mention de la peine de mort. Tout assassin en est quitte pour une amende évaluée en têtes de bétail ; ainsi pour le meurtre d'un chef de clan on payait 21 vaches, pour le meurtre d'une femme de condition, 7 vaches.
Quel est maintenant le principal défaut de ce gouvernement pentarchique .-• L'excès de décentralisation. Indépendants les uns des autres sont les cinq riaghs ; indépendantes les principautés et les tribus composant leurs royaumes, indépendants les clans innombrables renfermés dans chaque état. Toutes ces petites souverainetés payent bien un tribut à leurs supérieurs immédiats, mais elles cherchent à rompre le lien qui les rattache au pouvoir central. Pas d'union nationale. La patrie pour chacun finit aux bornes de son clan. Des jalousies de chefs, une rivalité, une querelle entre tribus allument des guerres civiles accompagnées de massacres. Du sommet jusqu'à la base, c'est le régime de la désagrégation. Il sera sans force devant l'invasion mais deviendra un obstacle à la conquête. Car il faudra réduire cette île province par province, clan par clan.
L'Irlande n'était une que par le sentiment religieux et poétique.
Elle vénérait ses druides, elle aimait ses bardes. Le druide ('), législateur, grand conseiller de la nation, juge des