LE LIBÉRATEUR DE LIRLANDE
vernement. Le document envoyé de Rome était signé par Mgr Ouarantotti, sous-préfet des États pontificaux. Grande fut la consternation en Irlande, et terrible l'épreuve. Deux siècles de souffrances héroïquement supportées pour la sainte Église, tournaient-elles donc au profit de l'Orangisme? Un cri d'indignation s'éleva du sein d'Erin. Elle jura « de conserver dans toute son intégrité, la foi de saint Patrik, en dépit des rois, des parlements et... des Quarantotti. » O' Connell distinguait entre la soumission au Saint-Siège et une concession qui mettait en péril la foi de son pays. Les évêques l'approuvèrent. « Toujours nous rejetterons, allait-il « répétant, toute faveur qu'il nous faudrait acheter au sacrifice « de notre religion et de notre liberté. »
Cependant Pie VII rentrait à Rome. Le document Quarantotti fut désavoué, et le Pape se réserva d'examiner la question.
C'est trop souvent la faiblesse de notre foi qui nécessite les concessions de l'Église. La durée de la résistance est en raison de la valeur des soldats. « Nous pouvons regarder le « veto comme à jamais vaincu », disait O' Connell dans une réunion du peuple et des évêques. Mais une question se présente — celle de savoir si on nous émancipera sans le veto f Voici ma réponse : « Si nous ne le sommes pas, du moins aurons-nous conservé notre religion et notre honneur. Plutôt vivre dans un état d'infériorité politique, que de ne pas rester sincères catholiques et fidèles Irlandais !... Je suis prêt à tout pour ramener une réconciliation, excepté à livrer la religion de mes pères. » Des résolutions formulées dans ce sens furent envoyées à Rome, et elles reçurent l'approbation du Saint- Siège.
Grattan, qui représentait au Parlement la cause irlandaise, s'était prononcé formellement en faveur du veto. En sa qualité de protestant, il ne pouvait comprendre les alarmes des catholiques, et il avait proposé un bill d'émancipation qui les soumettait à toutes les conditions exigées par le gouvernement, même à celles d'un serment schismatique. Cette conduite fut sévèrement jugée en Irlande, et du coup, Grattan perdit la confiance des catholiques, qui, désormais,se rangèrent
PIE VII, d'après le tableau de David, Musée du Louvre.
autour d'O'Connell. Néanmoins, le tribun, après avoir blâmé publiquement Grattan, lui rendit un hommage solennel et sincèrement ému. Il rappela les anciennes et glorieuses luttes de ce grand patriote, « qui avait relevé l'Irlande de sa dégradation pour l'exalter au rang des nations ».
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Le premier acte du nouv'eau leader extra-parlementaire, fut une déclaration de guerre. Cette fois, le gouvernement anglais payera la faute qu'il a commise en trompant les catho- | liques. Puisque l'émancipation devait être le prix de l'Union, la \ rupture de celle-ci et l'émancipation deviendront une seule et même cause et O'Connell pourra inscrire sur son drapeau ces mots magiques qui soulèvent les peuples : Religion et patrie. ,
«Nos ennemis,dira-t-il,en retardant la liberté des catholiques i hâtent l'abrogation de l'union, la restauration de l'Irlande. | En laissant subsister une cause d'agitation, ils créent un esprit public, ils lui donnent un corps, une forme et un but. » j
On l'accusait de vouloir la séparation des deux royaumes, ' rêve absurde qui n'a plus de partisans et qu'on ne doit jamais \ confondre avec l'indépendance de l'Irlande. « C'est un men- j songe, répondait O'Connell. Il n'est pas d'homme qui soit plus j profondément convaincu que moi, que leur union, sous un roi | unique mais avec deux parlements distincts, est le fondement I de leur bonheur... Il se félicitait, en attendant, du cours des i événements. L'Irlande était demeurée dans sa torpeur \ jusqu'à ce que le cri de la liberté religieuse l'eut réveillée, j Comme le dit l'historien de cette époque, «il y avait tout un I programme dans la harangue de début du nouveau chef des catholiques. C'était l'entrée en scène de la Nemésis de l'his- | toire ('). » j
La paix européenne de 18 15 et les immenses avantages qu'en retira l'Angleterre n'apportèrent aucun soulagement à l'Irlande. Deux nouvelles lois aggravèrent la situation des fermiers,déjà compromise par la baisse des produits agricoles coïncidant avec l'élévation injuste des fermages : le Parlement donna le pouvoir à l'avocat assistant les juges (bavister) d'expulser en vertu d'un simple arrêté, tout locataire dont le loyer ne s'élevait pas à 20 schellings. Un autre acte rendait suffisant le témoignage du propriétaire et de son agent pour attester le montant des loyers dûs.
La misère des campagnes était affreuse. Plusieurs mauvaises récoltes accéléraient les effets de la crise. Dans les comtés de Cork et de Clara deux cent vingt mille personnes