O'CONNELL
sion de son visage, « d'un dessin national », quoique médita- ' tive et contractée, n'a rien d'austère et devient facilement souriante, et même ironique. — Cheveux châtains, yeux bleus et mobiles, le regard doux et pénétrant. Son attitude est dominatrice, et son habillement négligé offre ce débraillement à grandes lignes recherché par les artistes.
C'est l'homme sculptural que l'allégorie représenterait parlant à une nation ; debout sous l'infini du ciel, la chevelure au vent, il s'adresse à des auditoires de plusieurs milliers d'hommes ; sa voix sonore mais âpre domine le grondement des cascades lontaines, quand il déverse le flot de sa colère et de ses sarcasmes sur les tyrans; elle gémit avec les feuillages lorsque les mornes ruines éparses aux bords des lacs évoquent dans sa pensée l'image de tant de monastères, écoles de sainteté,asiles de la science, refuges des pauvres, qui méritèrent à l'Irlande le nom àHIle des Saints et Lumière de V Occident. Puis, tout à coup, à travers les haillons sombres de ce peuple asservi qui pleure en l'écoutant, il voit apparaître, éclatante, l'Émeraude des mers. La source de sa gloire passée, le secret de sa force, sa raison d'espérer en l'avenir subsistent toujours. Et son âme entonne une hymne en l'honneur de la religion catholique, et de ces prêtres d'Irlande qui durant trois siècles ont maintenu la foi de la patrie au prix de leur sang,
« Vos prêtres ont été traqués et mis à mort », disait-il un jour à 200,000 hommes réunis en meeting (') « et pourtant votre hiérarchie est restée unie et forte, témoignage de votre foi et de votre piété. Le voyageur qui chemine à travers les déserts de l'Orient, admire les temples majestueux de Balbek et de Palmyre qui dressent leurs fières colonnes vers le ciel, au milieu de la solitude et de la désolation. Telle est l'Eglise d'Irlande. Au milieu de notre désolation politique une Palmyre morale nous est restée. — Ils ont renversé nos autels, dérobé l'or et l'argent, profané le temple, massacré ceux qui l'occupaient. Mais Palmyre s'élève encore dans le désert ; les colonnes de vérité sont debout ; l'Eglise du peuple d'Irlande a survécu au désastre du temps ; la hiérarchie sociale existe encore dans son intégrité, monument glorieux de la fidélité religieuse et de la foi inébranlable des catholiques d'Irlande.
Sa parole est surtout véhémente; variée, elle saute sans transition d'une plaisanterie populaire à une image pathétique ; quelquefois terne, faible, triviale au début, elle s'échauffe tout à coup ; les regards de la foule, une pensée impressionnante, un nuage qui découvre le soleil, ont allumé