‹ La lutte de l'IrlandeChapitre 55 sur 90 · I. Au meeting du <( Rappel » à Kilkenny · texte numérisé non relu

I. Au meeting du <( Rappel » à Kilkenny

le volcan; des idées débordantes, jaillissent des traits enflammés, des éclairs, la foudre. Presque toujours ce sont des improvisations ; à cause de cela même, elles pâlissent singulièrement quand elles sont fixées par l'imprimerie. La plupart ne supportent pas la lecture, c'est qu'il leur manque alors le milieu, l'actualité, l'accent, le geste, en un mot, la vie.

O'Connell pulvérisa,dès son arrivée, l'éloquence fine et insinuante de son adversaire. Le premier jour de l'élection , les chances sont égales, le second, O'Connell devance Fitz Gérald. Tous les moyens de pression morale sont mis en œuvre par les landlords.Le parti national leur oppose des faits héroïques : d'abord il ne compta qu'un ivrogne, et ce fut le propre cocher d'O'Connell, un protestant.

Des milliers d'Irlandais réunis sur un point n'échangèrent, chose inouïe, pas un coup de shillelagJi et étonnèrent le monde par leur tempérance. Un ordre de celui qu'on nommait « le roi d'Irlande » et l'influence du clergé avaient suffi à opérer ce prodige.

En ces jours aussi, une femme de paysan jeta un de ces cris sublimes qui retentissent dans l'histoire. Son mari. Paddy Prunty, pauvre tenancier emprisonné pour dettes, est relâché par son landlord avec promesse d'obtenir quittance de ses arriérés à une condition, c'est qu'il vote contre l'agitateur. Ce . malheureux accepte avec honte; il est père de famille, et la j vengeance du landlord menace sa femme et ses enfants de ' l'éviction, cette mort lente par la faim. Au moment du vote, en i face du sherifi", des propriétaires, des agents et des constables, j une femme s'élance au devant de lui. C'est la sienne : « Pad, s'écrie-t-elle, souviens-toi de ton âme et de la liberté ! » Avec ses yeux animés, son visage amaigri, pâle d'émotion, et drapée dans les haillons de sa mante, cette femme se dresse au milieu de l'assemblée comme une image de la malheureuse Irlande faisant appel à ses fils. Pad, transporté, vote pour O'Connell et retourne en prison. Revieuiber yoiir soûl and liberty ! ces paroles que la foi, et l'amour de la patrie, inspiraient à une humble fille du peuple, seront plus tard inscrites sur les drapeaux du parti national et gravées sur une médaille d'argent que l'Association lui offrit.

Il se passa encore une scène d'une grandeur dramatique : La veille du jour oîi le scrutin va se fermer, un ecclésiastique paraît sur les Jiustings. « Mes frères, dit-il à la foule, un catholique a eu le malheur de voter pour Fitz Gérald. » Des huées et des clameurs d'indignation accueillent cette nouvelle. — « Silence, mes frères, continue le prêtre d'une voix lente et grave, votre colère n'est rien auprès de celle de Dieu. Je vous annonce que ce malheureux vient d'être foudroyé par l'apoplexie., . Une prière pour son âme !» Il y eut un grand silence, puis tous se découvrirent et tombèrent à genoux.

Le cinquième et dernier jour du scrutin, O'Connell réunit 1095 voix de majorité, et le magistrat anglais dut le proclamer élu.

Alors, soixante mille hommes,accourus de toute part à pied ou à cheval, vinrent mêler leurs cris aux acclamations parties d'Ennis et se formèrent en cortège, saluant la délivrance d'Erin. Le courant d'enthousiasme fut tel qu'il emporta jusqu'à la discipline des troupes. Malgré l'ordre de leurs officiers, les soldats, se souvenant qu'eux aussi étaient enfants du peuple, accompagnent le vainqueur de leurs hourrahs et fraternisent avec la population. Le vice-roi, lord Anglesey, déclara officiellement qu'on ne pouvait plus compter sur l'armée.

Il n'y eut qu'une voix sur le continent pour saluer l'élection de Clare ; la presse britannique, consternée, en exagéra les conséquences, et la fureur des orangistes de l'Ulster ne connut pas de bornes. Comme à tous moments elle se heurtait à l'allégresse publique, il fallut une proclamation d'O'Connell pour empêcher les conflits armés. « L'élection de Clare a fait doubler le cap à la question catholique », disait Robert Peel. D'un mot, l'agitateur pouvait maintenant faire nommer des catholiques dans plus de quarante collèges irlandais. Il n'y avait plus qu'un gouvernement en Irlande, celui de l'Association. Le ministère résolut de céder.

Au mois de février, le parlement se rouvrit. Wellington et Peel, en hommes d'État aux vues larges, prirent sur eux de désavouer leur politique pour demander l'Emancipation. Ils invoquèrent, non pas le droit des catholiques, mais les cirtonstances sans pvéa dent de V élection de Clare. « Comme en 1782

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et 1793, les concessions étaient nécessaires pour éviter de plus redoutables dangers ('), »

Résister plus longtemps eut été provoquer la guerre civile et celle-ci renfermait une inconnue redoutable, depuis que les troupes avaient participé aux manifestations en faveur de l'agitateur irlandais.

On objecta que le Pape serait roi d'Irlande, qu'une nouvelle Saint-Barthélémy menaçait les protestants, que Wellington subirait l'influence des Jésuites, et au milieu de son affolement, l'erreur menacée dans sa forteresse laissa entendre cette parole prophétique : « L'émancipation des catholiques sera la destruction du protestantisme (''). » Donc, ce n'est qu'au moyen du despotisme et de la tyrannie, que l'église réformée peut maintenir sa prépondérance. Les orangistesde rUlster, les presbytériens d'Ecosse, les municipalités des villes anglaises, les universités de Cambridge et d'Oxford suppliaient le gouvernement de ne pas livrer le royaume aux papistes.

Le ministère voulut au moins se donner la consolation de supprimer l'Association catholii^ue comme dangereuse pour l'Ltat, mais O'Connell le prévint en déclarant que l'Association ayant atteint son but, cessait d'exister.

Le mémorable bill de l'Émancipation fut présenté par Robert Peel. Il ouvrait le parlement aux catholiques et les rendait aptes à remplir tous les emplois civils et militaires sauf ceux de chancelier et de lord lieutenant; pour toutes ces fonctions on n'exigerait plus de déclaration contre l'autorité spirituelle du Pape, la transsubstantiation, la sainte messe, l'idolâtrie de l'Église romaine, l'invocation delà sainte Vierge et des saints (^), en un mot, les catholiques cesseraient d'être placés entre un acte d'apostasie ou l'ilotisme.

Qu'on veuille remarquer aussi la restriction relative aux charges de chancelier et de lord lieutenant. Selon la propre expression de Peel, elle avait pour motif de fermer aux catholiques en Irlande, « la source d'oij jaill'ssent les grâces et les

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