Serment exigé par le bill de
faveurs. — Cette source continue à être exclusivement protestante et elle le sera toujours », ajoutait-il ('). En effet, le lord lieutenant possède une partie de l'autorité royale, il confère les emplois publics et peut suspendre le cours des lois dans des circonstances graves dont seul il est juge. Il a un conseil privé de 60 membres, parmi lesquels en 1860 il n'y avait encore que 9 catholiques.
Le lord chancelier nomme les juges de paix, c'est-à-dire qu'il tient en main les cordages qui font mouvoir l'immense réseau de la justice. C'est encore lui qui décide dans quelle religion doit être élevé un orphelin mineur,lorsque les parents n'ont rien spécifié à cet égard. On le voit, ces fonctions en Irlande, exigent trop d'impartialité.
Dans le but de faire adopter plus facilement cette loi par les torys, Robert Peel réclamait en guise de compensation l'élévation du cens électoral en Irlande ; porté de 40 schellings à 250 fr., il fauchait d'un coup la puissante armée catholique des freeJwlders.
Après de longs débats, le bill fut adopté dans la Chambre basse par 320 voix contre 141. La Chambre des Lords, roidie dans ses vieux préjugés, opposa une opiniâtre résistance. Elle devait bien cela à la Réforme qui avait si largement doté l'apostasie de ses ancêtres. Wellington leur démontra avec force l'injustice et le danger de cette opposition.
« Sans la bravoure des catholiques, aurions-nous triomphé sur le continent } » s'écria le vainqueur de Waterloo. Et il sut trouver ces nobles et lo}'ales paroles, pour élever le débat : « A l'heure du combat m'est-il venu à la pensée de dire à mes soldats catholiques : notre pays, vous le savez, doute de votre loyauté et se défie de votre religion, au point de vous exclure du rang des citoyens. Si vous trouvez donc injuste qu'on vous force à répandre votre sang pour ce pays, qui vous traite en ennemis, je vous autorise à quitter le service. Si je l'avais fait, ils seraient restés à leur poste, parce que c'était l'heure aussi du danger et de la gloire. Quand je rencontre de ces braves, je sens la honte me monter au visage à la pensée que ceux-là auxquels je dois la victoire
r. Il est question aujourd'hui d'abolir cette dernière prérogative des protestants
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et tant d'honneurs, sont toujours regardés comme incapables de jouir des bienfaits de nos lois. 5>
Enfin ce relief ôz// qui faisait crouler l'échafaudage entier des lois pénales, fut voté à 1 14 voix de majorité. Georges IV se vit contraint de le signer, le 13 avril 1829. Ce fut en jetant sa plume de colère et non sans gémir. On lui prête ces mots : « Le duc de Wellington est roi d'Angleterre, O'Connell roi d'Irlande, moi je ne suis plus que le doyen de Windsor». « Pas seulement un jour de délai »! écrivit lord Elden, qui croyait à une résistance de Georges IV. — « Le fatal projet a reçu la sanction. Dieu vienne en aide à son Église ! »
Le lendemain, O'Connell datait ses lettres du i"^"^ jour de la liberté ! et l'Irlande et après elle le monde lui donnèrent le titre de Libérateur ratifié par l'histoire.
L'acte d'émancipation eut des conséquences incalculables.
Non seulement les catholiques d'Irlande mais ceux de l'empire britannique tout entier se voyaient exclus jusquelà de la vie publique ; le serment équivalait à l'abjuration.
Ces fourches Caudines de l'erreur une fois renversées, les voilà citoyens libres dans la terre promise et le boulevard du protestantisme. Avec eux, circule dans tous les corps de l'État, l'influence de l'Eglise ; elle monte jusqu'au trône. Et aujourd'hui que la robe rouge des cardinaux a resplendi sous les vitraux de Windsor, nous assistons à un grand spectacle; la Religion papiste, cette méprisée, cette esclave foulée aux pieds il y a cent ans, se relève debout dans la jeunesse de sa résurrection, escortée des siècles qui précédèrent la Réforme et drapée royalement dans la pourpre de son martyre. Elle assiste aux convulsions suprêmes de l'Église Anglicane. Telle fut l'œuvre d'O'Connell, suscité par Dieu pour la délivrance d'un peuple.
Malgré la victoire des catholiques, le gouvernement usa de duplicité mesquine envers le nouvel élu. On lui refusa les bénéfices de l'acte d'émancipation, celui-ci étant postérieur à l'élection de Clare. La majorité du parlement décida donc que Daniel O'Connell devait prêter le serment selon l'ancienne formule et son entrée à la Chambre fut l'occasion d'une scène émouvante.
Chute de Powerscourt (Comté de Wiclow)
Au milieu de la curiosité et de l'intense émotion d'une salle remplie de monde, le député d'Irlande est introduit. Il règne un silence religieux. Le président informe O'Connell de la résolution votée la veille. — « Puis-je voir la formule de ce ser-
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ment ?» demande celui-ci, debout à la barre. On lui présente une large feuille imprimée. Comme si jamais auparavant il n'avait connu le texte du serment, O'Connell lit avec la plus grande attention. Le silence est si profond autour de lui « qu'on eût entendu tomber une épingle ;). Puis regardant le banc des ministres : « Je vois dans ce serment une affirmation relative à un fait que je sais être faux », dit-il d'un ton solennel. «J'y vois une autre affirmation relative à une opinion que je crois fausse. Je refuse donc de prêter ce serment » ; et, « avec l'expression du plus profond mépris (') », il jette la feuille sur la table du parlement. Devant cette attitude la Chambre se trouve « littéralement ahurie ». Le président n'adressa que ces seules paroles au député : « Puisque l'honorable et savant gentleman a refusé de prêter le serment, il aura la bonté de se retirer au-dessous de la barre ». Et Daniel O'Connell sortit comme il était entré. L'élection de Clare fut annulée. On espérait que la restriction du nombre des électeurs diminuerait notablement les chances de succès du libérateur. Au contraire, son arrivée en Irlande et sa réélection lui procurèrent un triomphe plus complet que le premier.
Alors en face des montagnes de la verte Erin il termina
son allocution au peuple par ces paroles demeurées célèbres :
« En présence de mon Dieu, et avec le sentiment le plus
profond de la responsabilité qu'entraînent les devoirs sacrés
et redoutables que vous m'avez deux fois imposés. Irlandais !
I je les accepte ! et je puise l'assurance de les remplir, non
! dans ma force mais dans la vôtre. Les hommes de Clare
j savent que la seule base de la liberté est la religion. Ils ont
! triomphé parce que la voix qui s'élève pour la patrie avait
j d'abord exhalé sa prière au Seigneur. Maintenant des
' chants de liberté se font entendre dans nos vertes cam-
i pagnes ; ces sons parcourent les collines, ils ont rempli les
vallées, ils murmurent dans les ondes de nos fleuves ; et nos
torrents, avec leur voix de tonnerre, crient aux échos de
nos montagnes: l'Irlande est libre ! »
I. Ces détails sont puisés dans la lettre d'un témoin oculaire, M. Fitz^^Patrick. Correspondance d'O'Connell.
GJ)apitre ùtnème.
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O'Connell et la révolution belge. — La Dîme. — Les Irlandais au parlement. — L'agitateur. — Arrestation d'O'Connell. — Son élection à Dublin. — Crimes en Irlande. — Griefs de l'Irlande et Coercion bill.
— L'agitateur en Ecosse. — La question du Rappel au Parlement. — Résistances au payement de la dîme. — Déloyauté de lord Grey. — Les Wighs au pouvoir. — Traité d'O'Connell avec le gouvernement. — Loyauté de M'' Drummond. — Transformation de la dîme. — Bienfaits du Ministère Melbourne. — Le cœur d'O'Connell. — Alliance des Wighs et des Irlandais. — La ligue du Rappel. — Le tribut. — Lassitude de l'Irlande et chagrins d'O'Connell. — Workhonses et Irish Municipal Act. — O'Connell, maire de Dublin. — Avènement des Torys — La lutte recommence. — La terre d'Irlande. — Le tenancier. — Injustices et misère. — Le <î Soggarts aroon ». — ■ Détresse des landlords. — Lutte gigantesque. — La royauté d'O'Connell. — Alarmes de l'Angleterre. — Le mouvement du Rappel au.K États-Unis. — Les meetings « monstres ».
— Le rendez-vous de Clontarf. — La Jeune-Irlande. — Arrestation d'O'Connell. — Son procès. — O'Connell en prison. — Grand acte de la Chambre des lords. — Fin du rôle de l'agitateur. — Scission dans son parti. — Rejet du Coercion Bill. — Rupture de la Jeune-Irlande avec la résistance légale.
PRES l'Émancipation « la position d'O'Connell
est unique au monde,écrit Greville: il n'y a jamais
eu et il n'y aura probablement jamais un homme
qui puisse lui être comparé (') ».
Des souverains lui demandèrent des autographes. Il n'en
refusa qu'au Tsar, par respect pour la Pologne. Tel fut son
prestige que des voix s'élevèrent en sa faveur lorsque les
Belges, après leur révolution de 1830,86 choisirent un roi.
Il n'est pas sans intérêt de connaître l'impression pro-