‹ La lutte de l'IrlandeChapitre 57 sur 90 · I. Greville 's Memoir, t. m, p · texte numérisé non relu

I. Greville 's Memoir, t. m, p

duite par les événements de Belgique, sur le libérateur des catholiques. De sa propriété de Darynane, où il se reposait sur ses lauriers, O'Connell écrivait à l'un de ses amis: « J'espère bien que les Belges vont se débarrasser du roi que l'Angleterre et la S^^ Alliance leur avaient imposé. Jamais on ne vit plus affreux acte de tyrannie que de soumettre les Belges au roi de Hollande... sans les consulter ; on ne s'inquiéta ni de leurs sentiments, ni de leurs opinions, ni de leurs intérêts... Cependant le roi de Hollande devint un des principaux favoris de lanation anglaise... qui l'a soutenu dans tous ses actes d'oppression... pour deux raisons. D'abord de toutes les nations protestantes, la nation anglaise est celle qui subit le plus l'influence de son clergé, ensuite le roi de Hollande était un protestant qui traitait avec la plus profonde injustice ses sujets catholiques. Tels furent les fondements de sa popularité en Angleterre. Comme catholique, j'ai suivi de près pendant longtemps la conduite des Belges, admiré leur patriotisme honnête et persévérant, éprouvé de la sympathie pour leurs souffrances, de la compassion pour leur sort immérité. Ils étaient opprimés chez eux et calomniés au dehors. — Parmi leurs calomniateurs, un des principaux fut ce triste spécimen du talent malhonnête qu'on appelle le Times... Il est curieux devoir combien les événements donnent raison à mon affirmation, si souvent répétée, que les catholiques sont, si non les seuls, au moins les plus fidèles amis de la liberté rationnelle. »

Plus loin, en parlant de la pression corruptrice exercée par la maison d'Orange sur quelques députés, il nous apprend qu'en Irlande aussi il y avait des défections parmi les siens. « Il est triste de le dire,il y a des catholiques orangistes ailleurs qu'en Irlande. »

L'émancipation a satisfait l'honneur national, rendu justice, en principe du moins, aux catholiques, ouvert la carrière aux classes lettrées, mais d'un autre côté, elle n'apporte aucun soulagement au peuple toujours écrasé sous le landlordisme et la dîme. Le tribun lui-même en était convaincu ; dans une de ses lettres avant le vote du bill libérateur il écrivait : « Combien se trompent ceux qui croient que tout est fini I

après l'émancipation ! c'est au contraire le moment de commencer la lutte pour les droits de la nation ('). »

En somme, la situation intérieure du pays n'est pas changée. La dîme est particulièrement odieuse ; les catholiques d'Irlande payaient annuellement à 4 archevêques, 18 évêques, 22 chapitres,i400 desservants de l'église anglicane, la somme de 650,000 livres— à peu près 20 millions de francs ! Ces pasteurs, très souvent sans troupeaux, menaient paître leurs femmes et leurs enfants dans les gras pâturages de l'argent papiste. « Ils ne devenaient bergers qu'au moment de la tonte », disait O'Connell. En résumé, 6 millions de catholiques étaient obligés, malgré leur pauvreté, à entretenir les clergymen de 800,000 protestants,tandis que leur propre clergé n'avait d'autres ressources que la charité des fidèles. Rien d'étonnant que de malheureux paysans refusassent de nourrir plus longtemps ceux qu'ils considéraient comme des loups déguisés, ravageant la terre de S. Patrick, au nom de l'Évangile. Les IVhiteboys reparurent sous les noms de Pieds noirs et de Pieds blancs; ils firent si bien que, dans quatre diocèses seulement, 84954 livres de dîmes, furent considérées comme irrécouvrables.

Quand O'Connell parut à la chambre, ses amis craignaient et ses ennemis espéraient pour lui un échec. A cette éloquence faite d'imprévu, il fallait, croyait-on, des foules irlandaises. Lui-même eut peur de ne pouvoir <■< se plier aux raffinements parlementaires ».0r ses débuts firent sensation.

Demandant compte au gouvernement de ses mesures arbitraires contre les freeholders et l'Association catholique, il descendit dans l'arène comme un espada marchant au taureau, et fouetta de son sarcasme vengeur, lord Leveson Govver, secrétaire en chef d'Irlande, qui avait attaqué un ami d'O'Connell, et ne se gênait point pour supprimer les témoignages à décharge, dans les procès contre les catholiques. Après avoir prié le noble lord de rester à son banc, qu'il voulait quitter au moment où le tribun prenait la parole — « Mon ami, dit-il, n'est peut-être pas aussi beau, aussi fashionable que le noble lord, mais il a des qualités que je conseille au noble

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