I. Lettre à Fitz-Patrick. 1839. 8 août
Les nouvelles élections ramenèrent O'Connell, entouré de SCS fidèles, en face des Torys ayant à leur tête Robert Peel et Wellington, ces anciens et illustres adversaires de l'indépendance irlandaise. Dans l'opposition, O'Connell redeviendra le grand agitateur.
Avant de tomber, les WigJis avaient fait passer deux lois importantes pour l'Irlande. Par la première, ils créaient une taxe pour fonder et entretenir des Work-Jioiises (maisons de travail) destinées à recevoir les gens sans ressources. Les Irlandais en auront horreur, mais plus tard elles deviendront trop étroites. Le second bill — Irish municipal act — repoussé trois ans de suite, et enfin voté avec restriction par les Lords, ouvrait les conseils municipaux aux catholiques. Il y avait plus de deux siècles qu'ils en étaient exclus.
O'Connell fut immédiatement élu lord maire de Dublin, et le i^r novembre 1841, revêtu du manteau d'écarlate doublé d'hermine, il allait en grande pompe entendre la messe à la cathédrale pour célébrer au pied des autels sa nouvelle conquête sur l'anglicanisme.
Maintenant qu'il n'a plus à ménager le pouvoir, c'est la guerre. Comme avant l'émancipation, il emploie deux ans à recruter et à org miser une formidable association de trois millions d'hommes.
Loyale et légale devait être l'agitation. O'Connell s'en tient toujours à son ancien programme. Il sent le besoin de prêcher le calme, car la misère comme une nuit chargée de nuages, s'étend de plus en plus noire sur ce peuple émancipé. Le fils des Milésiens continue à travailler au profit de ceux qui lui ont arraché sa patrie et volé ses biens. Pour lui, le servage 1 existe encore. « Mais peut-on les appeler serfs, ces malheureux tenanciers à volonté ? » dit un voyageur allemand ('). « Au temps de la féodalité la condition du serf est d'être attaché à la glèbe, nullement d'en être chassé. Un ancien vassal de cette époque, serait un seigneur en comparaison du tenant at zvill de l'Irlande, à qui la loi n'accorde aucune protection. »
Promenons notre regard sur cette terre d'Irlande au temps d'O'Connell, dans un comté du sud ou de l'ouest.