‹ La lutte de l'IrlandeChapitre 63 sur 90 · VerroMà, Études sur r Irl. L. ir. Lis évictions, p · texte numérisé non relu

VerroMà, Études sur r Irl. L. ir. Lis évictions, p

2. Basé sur cette maxime du droit romiin : qiiilquid s jIo planta tur solo adqtiiritur. Fournier, La question agraire, p. 65 et suiv.

3. Allusion à ua cas d'éviction cité par Mgr Perraud. Études sur [Irlande, p. 255. et L. II. p. 308.

4. Paroles d'un riche propriétaire protestant. M. Smith O'Brien Tuani Harald, 15 octobre 1859.

5. Paroles célèbres de Berry Cusack Smith, Maître des Rôles. Haute Cour de chancellerie. Chambre des Rôles, 3 nov. 1858. Voir Mgr Perraud, id.

Et après avoir confisqué à son profit les biens d'un malheureux qu'il ruinait, le landlord bénéficiait annuellement de ses sueurs et de ses privations.

Aussi, chose anormale, à mesure que s'empirait la situation des fermiers, croissait le revenu des propriétés. En 1782 on envoie d'Irlande aux landlords 2,223,222 livres sterling ; en 1804, 3,000,000; vingt-six ans après les rentes se montent à 4,000,000 et en 1838 elles rapportent 5,000,000.

Dans le comté de Monaghan, une terre de 52,000 acres confisquée sous Elisabeth, possédait en 1845 une population de 34,500 tenanciers et rapportait 43,000 livres st. c'està-dire ] ,096,000 francs. Or, il y a deux cents ans ce domaine ne produisait que 17,500 frs. Cette énorme augmentation de revenu est due à la subdivision des fermes et à la misérable nourriture des habitants. Car ni le propriétaire, ni ses ancêtres n'ont jamais dépensé un denier à l'amélioration de cette terre, « A l'exception de la maison du maître, très belle habitation, mais bâtie pour son utilité personnelle, et pour son agrément, toute la valeur de la propriété a été à peu de chose près, l'œuvre exclusive de ces pauvres fermiers ('). » Quand viendra la famine, à eux la misère et le désespoir ! Il en mourra la moitié. La grande propriété, cette source de bien-être et de paix sociale en Angleterre, étreint l'Irlande comme les suçoirs d'une gigantesque pieuvre. C'est qu'en Angleterre,avonsnous dit, les paysans sont pour le landlord des concitoyens ; il les aide de ses conseils et de ses capitaux, mais en Irlande il redevient « le planteur » égoïste et dur. Anglais et protestant, à ces deux titres, l'Irlande lui est hostile. Jamais ce sol ennemi ne sera sa patrie ; il ne cherche pas à y prendre racine. Il se hâte d'en extraire les richesses. Ce que la confiscation a légué à son aïeul, officier de Cromwell, favori des Stuarts ou protégé de Guillaume d'Orange, une révolution ne pourrait-elle pas le lui reprendre ? « Bien mal acquis ne profite pas, » Ce vieil adage abroge devant la conscience, les lois iniques issues de la persécution. Sa droiture anglosaxonne le lui dit quelquefois, et il croit le lire dans le regard

I. Journal de W. Senior, rédigé sur les lieux mêmes, en 1852 et communiqué à M. de Beaumont.

de ses tenanciers mal dissimulé sous leur attitude humble. « Ils n'ont pas oublié que leurs ancêtres ont jadis appartenu à un clan, et que ce clan a été spolié au profit des ancêtres des landlords actuels ('). »

Dans une de ces cabanes sordides habite peut-être le légitime héritier du château et de la terre seigneuriale. Le descendant des planteurs cromwelHens doit l'avoir rencontré, les pieds nus dans la boue, la chevelure inculte tombant sur le dos, la peau terreuse apparaissant à travers les haillons. Aux jours de famine, son cadavre ira rejoindre ceux de ses enfants morts d'inanition, pendant qu'aux chiens de milord on jettera « le repas de cent familles».

Ces riches sont-ils donc sans entrailles pour les pauvres? Au contraire, nous les voyons charitables jusqu'à la prodigalité, mais seulement en Angleterre. Le gouvernement, par un acte promulgué en 1834, doit même arrêter les abus de leur bienfaisance. Et s'il se voit obligé d'intervenir en Irlande, c'est pour contraindre les propriétaires à secourir l'affreuse misère dont ils sont la cause {").

Qu'importe aux landlords et clergymen la détresse des Irlandais, cette race inférieure, cette race maudite, et obstinément papiste .'' Même ils iront jusqu'à dire : € Ils ne souffriront jamais assez ! »

Le seul consolateur, l'ami de cette immense classe de déshérités, c'est le prêtre.

« Qui, dans la nuit d'hiver, quand la brise mordait, est venu à la porte de ma cabane, et sur le sol de ma chambre s'est agenouillé près de moi, malade et pauvre ? Ah ! c'est vous, et vous seul, Soggarth Arooji (Prêtre chéri) ! Et c'est pour cela que je vous ai été fidèle, Soggarth Aroon ! Notre amour, ils ne rébranleront jamais, alors que pour la vieille Irlande, nous avons épousé une juste cause, Soggarth Aroon !^ » Voilà ce que chante une ballade populaire oîi l'Irlandais, dans son antique langage, exprime sa reconnaissance pour le prêtre qui lui est cher, le Soggarth Aroon.

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