‹ La lutte de l'IrlandeChapitre 65 sur 90 · John Blake Davis · texte numérisé non relu

John Blake Davis

2. En 1851, les évêques catholiques d'Irlande condamnèrent les nouveaux collèges, et trois ans plus tard ils fondèrent sous leur direction un collège exclusivement catholique.

leur impose la propriété. « Le législateur qui leur permet de faire ce que bon leur semble de leurs terres, n'a-t-il aucune garantie à donner aux tenanciers, alors qu'il a organisé contre ceux-ci un arsenal de justes pénalités dans le cas où l'éviction les entraîne au crime ? » Avant lui, lord Stanley avait prononcé ces terribles paroles : € Savez-vous quel est le régime du sud de l'Irlande ? Là le tenancier possède une seule garantie, — celle que lui donnent les terreurs de son maître. »

Le discours d'O'Connell fit rejeter le Coercion bill, amena la démission du cabinet et le retour des Wighs au pouvoir. C'était l'annonce pour l'Irlande d'une seconde ère de prospérité et peut-être la solution à l'amiable de cette redoutable question du Rappel. O'Connell, plein d'espoir, voulut renouer avec le ministère zuigh, ses relations d'autrefois. 1^2l Jeune- Irlande protesta.

Cette alliance a été plus nuisible qu'utile au pays, s'écriaitelle. Plus de liaison avec les Anglais à quelque parti qu'ils appartinssent ! L'Anglais c'est le Sassenach maudit, l'étranger, l'ennemi ! En pleine réunion de l'Association, la Jeune-Irlande combattit avec chaleur le projet d'O'Connell, et pour bien marquer sa rupture avec lui, ses membres quittèrent la salle. Le vieux leader éprouva « la même douleur que Napoléon quand il vit sa garde l'abandonner ». Il essaya d'un rapprochement, mais ces jeunes gens qui allaient être victimes plus tard de leur généreuse témérité, ne voulurent rien entendre. Il écrivit alors à Smith O'Brien une lettre désolée où se trouvent ces lignes : « Pardonnez-moi si je regarde comme <i un devoir sacré de vous avertir encore combien il est dan- « gereux de traiter légèrement cette question de l'emploi de « la force. Votre sécurité personnelle en dépend. J'admets que « vous n'en teniez pas compte, mais tiendrez-vous aussi peu « de compte de la sécurité des autres ?

L'Association, qui tirait toute sa force de l'union des esprits, se déchirait en lambeaux et le rôle de l'agitateur était fini.

Gt)apitre omitim.

La Famine.

^^:^^^^^^^^^^^^^:^^^^^:^^^^^^^^^:^:^2sz:cz

La mort par la faim. — Conséquences du landlordisme en Irlande. — La pomme de terre et le blé. — Le vampire de l'Irlande. — Les émeutes de la faim. — Les moissons de la mort. — Désespoir irlandais et plumpuddings anglais. — Le dernier cri d'O'Connell. — La fin d'une grande carrière. — Maladie et mort d'O'Connell. — Un deuil dans la chrétienté. — O'Connell dans l'histoire.

^?S^^^5?;^:S5S5S5^3^?3iaSQSiQS

^^^^^^N plus grand chagrin devait empoisonner ses der-

fl" nier jours ; ces masses formidables et frémis- If' santés de Tara, Mullaghmast, Clontarf vont être ^^^^^^\ décimées par l'ange exterminateur.

Sur l'Irlande s'avançait un fléau qu'on croyait relégué dans les sombres époques du moyen âge ; il fauchait les populations ; par les chemins, dans les chaumières, les cadavres s'entassaient, et debout au milieu d'eux, les vivants décharnés paraissaient des spectres. La famine était en Irlande! La famine que nous ne connaissons plus, celle que nous représentent les chroniques du XI I^ siècle et les historiens de l'antiquité. Les maux de la guerre civile, le souvenir des répressions sanglantes s'effacèrent de la mémoire de ceux qui revirent, dans l'île entière, la désolation du Munster ravagé sous Elisabeth, Des hommes furent trouvés morts dans les champs en broutant l'herbe ; les chevaux, les ânes, les chiens étant dévorés, une femme mangea le cadavre de son enfant. A Clifden, un inspecteur des routes rencontre épars sur la voie publique comme après une bataille, les corps de centquarante pauvres ; il doit les faire ensevelir pour ne pas les laisser devenir la proie des carnassiers oli se décomposer au soleil. Les vivants manquent pour relever les morts, les

cercueils manquent pour le nombre de cadavres, le bois manque pour faire les cercueils.

Il faut citer un fait entre mille : en 1846, par le froid de décembre, un magistrat du comté de Cork est envoyé dans la paroisse de Mirop (Skibbereen) avec cinq porteurs de pain. Le village paraît désert, partout un lugubre silence. Il entre dans la première maison qui s'offre à lui ; dans les ténèbres, sur un peu de paille, il entrevoit un homme, sa femme, quatre enfants réduits à la maigreur de squelettes et brûlant de fièvre. Tous vont mourir. Mais bientôt dans la rue s'élèvent des cris rauques et sauvages; la vue, l'odeur du pain attirent autour de lui « deux cents fantômes » au regard « délirant ». Ils sont presque nus, grelottants, décharnés. Dans une autre maison, il y a deux cadavres gelés, dévorés par les rats : plus loin, sur le sol fangeux d'une chaumière sept personnes agonisent à côté d'un mort que nul n'a eu la force d'enlever et d'ensevelir C).

Mais comment, en plein XIX"^ siècle, aux portes de la riche et industrieuse Albion, vit-on des scènes qu'on ne croyait possibles qu'en Perse ?

La cause en est au régime de la propriété. Depuis l'introduction de la pomme de terre, il suffit d'un petit espace de terrain pour nourrir une nombreuse famille. Là où l'on n'obtenait que vingt-huit livres de froment on pourra produire deux cent cinquante livres de pomm :s de terre. Le paysan irlandais se nourrit donc de ce précieux tubercule, exclusivement. Son blé, son beurre, il les réserve pour acquitter son ferm.age. Et en raison de l'émiettement du sol dû à ce genre de nourriture, la population pullule « donnant au propriétaire des tenanciers, des électeurs, des clients », et une rente pour chaque mètre carré de sable. « Mais telle était la conséquence économique d'un tel système que désormais l'existence de tout un peuple dépendait d'une racine (^). »

Huit millions d'hommes vivaient de cette racine. Or, en l'année 1845 une nouvelle terrible consterna l'Irlande : la

1. Lettre publique adressée par M. Cummins, magistrat du comté de Cork, à lord Wellington en décembre 1846.

Page 1