Beaumont, LIrl. sol. polit, etrelig., t. i, notice
pomme de terre est malade ! Pour les autres pays de l'Europe frappés du même mal, ce fut un événement fâcheux, mais non une calamité publique. Elles avaient le blé.
L'Irlande aussi produisait, et en abondance, du froment, de l'orge, de l'avoine, mais ces denrées s'en allaient par convois en Angleterre avec le bétail, les œufs, le beurre, pour payer les landlords (').
Et voilà pourquoi les pauvres, après s'être nourris de navets sauvages, de cresson, de lichen, d'herbe, dévorent des cadavres. Seule entre les nations, l'Irlande ne mangeait pas son pain. Il était la rançon de ses misérables chaumières. L'Irlande acceptait le supplice de Tantale avec la mort en plus, pour engraisser ses maîtres. « Non, non ! quand une famine est envoyée de Dieu, s'écriaient ses évêques, elle résulte du défaut absolu de subsistances, et on sait que cette année, l'Irlande n'a manqué que de pommes de terre, et que son sol a donné ses productions accoutumées, à l'aide desquelles en mourant elle a payé son tribut annuel (^). »
En deux ans, il mourut plus d'un million d'hommes et pendant ces deux années, l'exportation ne cesse pas. Il vient d'Irlande en Angleterre, 5,438,639 hectolitres de blé en 1846. L'année suivante, la famine atteint son apogée, et néanmoinsles spéculateurs arrachent de cette île, arrachent de la bouche de ses habitants, pour un milliard, cent treize millions, neuf cent cinquante-trois mille francs de produits alimentaires {^).
Au dire des économistes et des staticiens il y avait là de quoi nourrir 16 millions de personnes — le double de la population de l'Irlande !
Ce peuple mourait-il donc, comme on l'a prétendu, par un respect sans exemple pour les droits de la propriété (^) ?
Ecoutez ce paysan de Clare, dire avec un stoïcisme sublime :
1. On exporta de Drogheda et de Waterford, en 1847 et en une semaine, 6108 têtes de bétail, 465, 915 kil. de farine, 130 caisses d'œufs et 192, 500 kil. de beurre — (Journaux du temps, Daily IVews, Evening Post, etc. ) C'était au plus fort des calamités publiques. Perraud, Études sur l' Irlande.
2. Paroles de Mgr John Hughes, depuis archevêque de New- York, rapportées par Mgr Perraud dans ses Études sur l'Irlande.
3. Rapport du commissaire du gouvernement. Cap. Larcom « Tlwina'soffic. Directory, » 1852. Voir Perraud, Etudes sur t Irlande, 1. 11, p. 277, 278.