‹ La lutte de l'IrlandeChapitre 74 sur 90 · I. Ferré, L'Irlande, p · texte numérisé non relu

I. Ferré, L'Irlande, p

tant que le landlord, resté maître de son fond, refuse de le laisser morceler ? Et pourquoi le ferait-il ?

Grâce aux balayages humains de l'éviction en masse, les quatre cinquièmes du sol cultivable de l'Irlande — plus de 5 millions d'hectares — sont convertis en pâturages('). A perte de vue, l'herbe étend son tapis aux nuances tendres émaillées de fleurs sur les ruines des villages disparus. L'étranger ne se douterait jamais que ces vertes et calmes solitudes où broutent de paisibles troupeaux, oii passe la meute du renard au son des joyeuses fanfares, ont été le théâtre de drames lugubres. Pour les créer, il en a coûté les larmes, le bannissement ou la mort de familles entières. Délivré maintenant du contact gênant sinon dangereux des tenanciers, le landlord gère son bien lui-même ou )e fait exploiter par un agent.

Et c'est trop lui demander que d'écorner ses domaines pour entrer dans les vues d'une loi dont il répudie l'esprit.

Pas plus que le tenancier, il n'est disposé aux transactions. Lui aussi invoque ses droits et avec quelque raison. Déjà le Land act a fait baisser d'un quart la valeur de ses terres. Elles se trouvent atteintes dans leur facilité de transmission. L'Etat le dépouille au profit du fermier. Cependant ces biens dont on lui conteste maintenant la propriété absolue ont été donnés à ses ancêtres, à perpétuité, par les Stuarts, Cromwell ou Guillaume. Plusieurs de ces domaines sont passés en d'autres mains par vente régulière. Est-il juste, après deux siècles, de faire retomber la responsabilité des confiscations sur les héritiers des acheteurs ou des concessionnaires } Selon le mot d'un publiciste (^) l'Etat se trouve entre deux réclamations, celle du tenancier : « Rendez-moi ce que vous m'avez volé ; » celle du landlord : « N'achevez pas de m'enlever ce que vous m'avez une fois donné. >>

1. Aussi la superficie de la propriété moyenne, qui est en Angleterre d'un peu plus de 13 hectares, est en Irlande de plus de 118 hectares. (D'après le Domesday Beok 1876.)

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