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3. DeLavergne. Z,'/r/. ^« [Sàj. — 'Revue des deitx Mondes, i décembre 1867. Fournier. La qnestion agraire, p. 56.
tant d'hommes honorables et tout le clergé en fassent partie ?
Voilà précisément ce qui stupéfie et embarrasse M. de Mandat-Grancey,dont le livre veut nous présenter une Irlande moderne prise sur le vif. L'auteur nous raconte, avec esprit d'ailleurs, ce qu'il a vu « chez Paddy» en 1887, mais son enquête, nourrie de faits, émaillée d'observations justes et parfois plus railleuses que le sujet ne le comporte, ne va pas audelà du présent. Quant au passé, dont ce présent est la conséquence, l'auteur ne daigne pas s'y arrêter. « Les histoires de confiscation », écrit-il, « me touchent peu ; il y a de quatre à huit cents ans qu'elles ont eu lieu. Si on soutient qu'une prescription de quatre cents ans n'est pas suffisante pour constituer un droit de propriété, il faudra rechercher les titres des gens qui furent dépossédés à cette époque, et cela pourra mener loin (') ». Et puis, conclut-il, « tout a une fin dans ce monde ».
S'il en est ainsi, les Irlandais sont injustifiables. Leurs prétentions deviennent criminelles. Gladstone et Parnell poussent à la liquidation sociale, et le gouvernement commet un acte immoral en réglant par des lois le renversement d'un des principes sur lequel repose la société — le respect du bien d'autrui.
Mais admettons la prescription. La question devient alors celle-ci : le droit de propriété s'étend-il jusqu'au pouvoir de dépeupler un pays? Des milliers d'êtres humains doivent-ils être sacrifiés à l'intérêt ou aux plaisirs d'un seul ? L'existence de la nation irlandaise dépendrait-elle d'une coalition de landlords, appliquant à tous les domaines de l'île le système exterminateur suivi par quelques-uns, appelant les troupeaux et le gibier à remplacer l'homme ? Un droit entendu de telle façon est tout simplement monstrueux, et la résistance qu'il provoque, ne devient-elle pas une œuvre patriotique et une légitime défense? « Sans notre intervention les propriétaires auraient dépeuplé la moitié de l'Irlande, disaient les chefs de la Land leagiie à M. de Mandat-Grancey, car l'agriculture est dans un tel état de détresse qu'il est naturellement impossible aux fermiers de payer leurs fermages (-). »