‹ La lutte de l'IrlandeChapitre 9 sur 90 · Anakcia, Ibid., Adrien IV et l' Irlande, col · texte numérisé non relu

Anakcia, Ibid., Adrien IV et l' Irlande, col

l'irlande envahie. 3t

îogicus, qu'il aurait mentionné la bulle mais sans en publier le texte : « A mes prières, il donna et concéda l'Irlande à « l'illustre roi d'Angleterre Henri II, pour la posséder à titre « héréditaire, comme le constatent ses lettres conservées «jusqu'à ce jour. » Puis il est parlé de Constantin (\\y\ fonda l'Église Romaine. Voilà donc un évéque qui n'est pas grand clerc. Enfin, sérieusement, on nous dit que le Pape envoya un anneau d'or à Henri comme signe d'investiture. Or c'eût été là une chose sans exemple dans l'histoire. Jamais le Pape n'envoyait un anneau de ce genre sans désigner un délégué de marque, chargé de faire publiquement la cérémonie d'imposition de l'anneau. La bulle apocryphe ne dit rien de cette bague mystérieuse et personne n'en a souvenir en Angleterre. Mais il y a plus. Le chapitre XLII du Metalogicus vient là comme un hors-d'œuvre, après la conclusion de l'ouvrage ; son style est autre que celui de l'auteur, et ce qu'il raconte est ridicule et d'une invraisemblance choquante. On y devine l'effort d'un maladroit interpolateur.

Enfin la pierre tombale de Salisbury porte la date de i i8o, et ce chapitre paraît avoir été écrit plusieurs années après (').

Chose étrange, le roi d'Angleterre ne montre aucun empressement à publier la bulle d'Adrien. Il la garde durant vingtcinq ans dans ses archives. Les occasions de la mettre solennellement au jour ne lui manquèrent pourtant pas. Lorsqu'en 1 172, dans la cathédrale d'Avranches, après avoir juré devant les légats, les évoques, les barons et le peuple, qu'il n'avait aucunement ordonné le meurtre de saint Thomas Becket, il fait hommage de son royaume au Saint-Siège, il ne parle pas de l'Irlande. Il n'aurait certes pas négligé d'y joindre cette terre tant convoitée, si elle lui eût légitimement appartenu par concession pontificale ; la double offrande eût facilité la réconciliation, l'absolution et la réhabilitation du prince (-)•

A la fin de la même année, il écrit au Pape Alexandre III, pour implorer son secours dans la guerre que lui fait son fils : il reconnaît encore la suzeraineté du Saint-Siège sur le royaume d'Angleterre; même silence sur la donation d'Adrien. Cependant les aventuriers gallois dont nous parlerons plus

I. Aiiiilecta, Ibid , col. 291 ^ga. — 2 Aiiilecta, Ibid. , col. 283.

loin sont repoussés en Irlande, leurs châteaux brûlés, le domaine du roi perdu, Dublin assiégé. Henri II eût-il oublié de solliciter la protection du Pape contre les Irlandais devenus dès lors des rebelles ?

En 1 1 75 , il traite de la paix avec les envoyés du roi suprême d'Hibernie. C'était le moment ou jamais de leur mettre la bulle devant les yeux. Il n'en parle pas une seule fois.

A la vérité, il n'eût pas été facile au roi d'Angleterre de se prévaloir à cette époque de la donation de l'Irlande. Si le Pape Adrien était mort, Louis VII vivait encore, et c'était là un témoin redoutable. Il mourut en 1180. Alors le mensonge s'éveille et prend sa place dans l'histoire, non pas brusquement, effrontément, mais avec une prudence de serpent. Sous le couvert de paroles prêtées à un évêque, autrefois ami d'Adrien IV, il se glisse tant bien que mal dans le Metalogicus. Ainsi le monde saura que l'Irlande est donnée au roi d'Angleterre. Mais que dit la bulle d'investiture? Où estelle? Mystère. Il suffit pour le moment de préparer l'opinion publique.

La première fois que la bulle voit le jour, c'est dans V Expugnatio Hibernica de Giraldus Cambrensis, ouvrage publié en 1188 et qui eut plusieurs éditions.

Ce Giraldus est un moine chroniqueur. Henri II le prit pour chapelain et précepteur de son fils, en 11 84.

Admirateur intéressé du roi d'Angleterre vivant, il devient son contempteur après sa mort ('). Au dire des historiens sérieux, son Expiigiiatio Hibernica ne mérite aucun crédit. C'est un récit fantaisiste, un tissu de « fictions », « un absurde ramas d'insanités (-) ».

Mais que dire de la bulle elle-même ? D'abord elle n'est

■pas datée. Ensuite c'est une simple lettre missive alors que les

bulles de concession d'investiture étaient des actes consisto-

riaux qui devaient être munis de la signature des cardinaux (^).

i. Revue du Monde catholique, i" septembre 1889, p. 410. Le Pape et l' Irlande par Nemours-Godré. L'auteur s'inspire d'un ouvrage récemment paru à New-York, Le Pape et l' Irlande -^zx Stephan J. Mac Cormik.

2. Dimack etBreiuer, deux des éditeurs les plus savants et les plus consciencieux de Giraldus Cambrensis. Nemours-Godré, Ibid.

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