‹ La lutte électorale en 1863Chapitre 25 sur 91 · Attestation, aux Docum., p · texte numérisé non relu

Attestation, aux Docum., p

2. Le plus curieux coup de ihéâire de ce genre, c'est réleclion de Perpignan. M. J. Durand fut, jusqu'aux 8 derniers jours, le candidat agréé ; tout à coup le ministre an-

Tandis que celui-ci vous dénigre et vous défigure, allez prendre un arrêt pour avoir droit de lui répondre*. Défendez-vous contre cet autre, qui ne vous nommera que le dernier Jour, et sûr de ne pas être contredit, vous malmènera tout à son aiseV

Reste le journal qui est à tout le monde , et qui se fait sur les murailles, qui se distribue en circulaires.

Le premier point, c^est d'imprimer.

Tous les temps ont eu peur de quelque chose. Chaque siècle a eu son épouvantait , et s'est fait des parias légaux quUi a chargés des péchés d'Israël; qu'il a voués, selon les mœurs, aux rigueurs du saint-office ou aux tribulations de la police correctionnelle. Les méconnus du xix« siècle, les suspects, les gens à plaindre, ce sont les imprimeurs.

Donça qu*il resterait neutre enlre M. J. Durand ei M. Isaac Pereire. Od vit alors le journal de la préfecture, et tous ceux qui encensaient la veille TaDcien député des Pyrénées-Orientales, monter la lyre au même ton pour le célèbre financier.

^ . Arrêt obtenu par M. Pereira^ contre le Journal du Loiret, par M. Cocbin contre le ConstitutionneL

2. Journal delà Vienne combattant M. de Monlesquiou, et bien d*aiitres.

Leur législation est immense^ compliquée, savante, leurs devoirs sont un dédale : leur profession, traitée comme insalubre, chemine sur une étroite chaussée , coupée de pièges et semée d'aventures.

Nous élevons de belles statues au bonhomme Gutenberg» mais nous faisons, hélas ! la vie dure à ses successeurs.

Un des doyens de la corporation,— qui ne fait jamais de politique,— me disait : Sans le vouloir, sans le savoir^ je commets au moins une contravention par jour.

Cela n'est point fait pour les rendre braves. Dans les petites villes, l'imprimeur tremble devant un bulletin de vote^ s'il ne sort pas de la préfecture. Ceux qui osent prêter leurs presses aux opinions indépendantes laissent Tadministration exercer sur les manifestes électoraux une véritable censure ^ Un conseiller à la cour de Poitiers, homme d'esprit et de courage, ayant posé sa candidature, s'était mis en devoir d^écrire à ses électeurs. Impérialiste ardent et convaincu, mais nullement ministériel, il attaquait avec hardiesse la

\. Docum.^ Correspondance enUe M. Foacher de Garetl et son imprimeur, pièce {"2^ ter,

politique électorale de M. de Persigny. Défense aux imprimeurs de Poitiers d'imprimer sa circulaire. Elle trouve un asile à Bordeaux, chez M.Gounouilhou ^ Tim primeur libéral de la] Gironde. Comment se fit-il que le ballot d'imprimés, apporté par le chemin de fer, fut, à peine arrivé en gare, saisi par la police administrative?— Mais là ne devaient pas s'arrêter les infortunes de M. le conseiller Bardy. Il s'est plaint, dans une pièce publique, et que nul n'a démentie, de ce qu'on eût reculé pour lui les limites de l'arbitraire ; on avait BAVÉ son nom du tableau des candidatures. Traduit par le procureur général devant la cour, siégeant en tribunal disciplinaire, pour avoir compromis la dignité de la magistrature, il a eu le bonheur d'être acquitté.

La loi qui, pour cela même qu'elle est la loi, est toujours un degré quelconque dans la liberté, a pu réduire nos garanties électorales, elle ne les a pas livrées. La loi a voulu que les circulaires fussent connues; elle en a permis la distribution sous trois formes : l'envoi par la poste, la distribution libre après dépôt préalable, le libre affichage.

Dans ces limites étroites, mais sûres, la liberté légale semblait inexpugnable^

Pourtant^ si le lecteur veut bien parcourir Yenquête forcément incomplète dont ce livre se com-* pose, il verra :

Qu'il n'y a pas une seule de ces garanties rudimentaires qui n'ait été conlestée, amoin-^ drie, niée sur quelque point du territoire» pendant les vingt derniers jours du mois de mai

LA POSTE : — Des électeurs et des candidats se plaignent de bulletins détournés, de circulaires qui n'arrivent pas à leur adresse, de paquets d'écrits électoraux noyés dans les égouts ou dans les fossés. Cela n'est rien, auprès de l'infortune de l'honorable H. Freslon envoyant par la poste sa circulaire, et constatant cette étrange merveille que chaque envoi était arrivé garni d'un bulletin du candidat du Gouvernement ^

^. A M. V Inspecteur des postes :

Angers, 30 mai 4 863.

MoBsieur Tiospecteur, J'estime devoir porter à votre connaissance un ftiil qui vous paraîtra sans doute mériter une information officielle. Il m'était revenu de divers points de F arrondissement de Baugé, notamment de Mazé et de Beaufort, que des bulletins portant le nom de E. Bûcher de Chauvigné s'étaient trouvés $ou$ la bande de l'emoi fait par M. Ffêékm tiàêes

Gomme la poste^ le télégraphe a ses caprices. H. de Bonald^ attaqué par le journal de la préfecture^ envoie à la feuille indépendante du département un article en réponse. Pour arriver à temps^ il use du télégraphe. La réponse, télégraphiée, parvient au journal ; mais, au bout d'un instant, l'administration court après et vient reprendre la dépêche qu'elle avait transmise. La réplique ne paraît pas ce jour-là, et M. de Bonald arrive trop tard.

LES DISTRIBUTEURS : — Lcs attentats à la libre distribution essayés ou consommés, les distributeurs intimidés, troublés, menacés, pourchassés

fraiSf par la poste, de sa profession de foi et de deux bulletins de vote.

Le scrupule avec lequel je tiens à bien vérifier Texactitude de tous les faits qui me sont dénoncés portant atteinte à la sincérité du suffrage électoral m*a déterminé^ avant de vous adresser cette lettre, à me rendre, avec deux de mes amis, chez Thonorable M. Dubreuil, qui, lui aussi, disaiton, avait été témoin de ce même fait en la commune du Vieil'Baugé.

Voici comment M. Dubreuil nous a raconté et précisé les circonstances :

Il avait deux fois déjà vu ce fait se produire dans l'envoi de M. Freslon, reçu par la poste chez deux de ses fermiers, quand, se trouvant chez un troisième fermier à Far*

par les commissaires de police^ par la gendarmerie^ par les maires^ sont la menue monnaie des protestations électorales.

Dans les campagnes^ c'est une des grandes difficultés des candidatures indépendantes. On n'y peut enrôler le plus souvent que de pauvres hères, des êtres inoffensifs, placés si bas qu'ils semblent n'avoir rien à craindre , ce qui ne les sauve pas. Â Benévent (Creuse), le candidat fait choix d'un jeune soldat, revenu au village en congé renouvelable. Tout à coup, Tordre arrive au distributeur de rejoindre son corps. Il passe cinq jours à Guéret, et, les élections finies, il se trouve libre ^ A Lannion, un pauvre porcher, chargé de

rivée du facteur rural, il a lui-même pris le paquet et enlevé la bande en disant : «Voyons si c'est comme dans les autres. »

Or, sous la bande se trouvait bien la profession de foi de M. Freslon et les deux bulletins de vole portant son nom ; mais un troisième bulletin imprimé et portant le nom de M. Bûcher de Chauvigné élaii glissé dam la profession de foi de M. Freslon.

Il est permis de croire que ce n'est pas à M. Freslon qu'il faut attribuer ce singulier moyen de propagande en faveur du candidat du Gouvernement.

Veuillez agréer, monsieur, mes salutations.

G. BORDILLON.

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