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PREMIÈRE FORME DE LA MONARCHIE ET DE L'ARISTOCRATIE

Un gouvernement véritable existera en fait, avant qu'aucun contrat ni aucune constitution l'ait consacré, le jour où quelque village ayant négligé de payer sa redevance coutumière, le chef emploiera la contrainte à son égard. Dès ce moment, il est obligé d'organiser une force de police plus ou moins permanente, distincte de la troupe qu'il réunit accidentellement pour combattre les ennemis du dehors, et son autorité, jusquelà purement morale, se transforme en un pouvoir matériel qui est la première forme de la monarchie.

SOCIÉTÉS PRIMITIVES

Autour de ce minuscule monarque, une sorte d'aristocratie existe déjà, représentée par tous les chefs de village avec lesquels il est obligé de s'entendre et de partager une portion de son pouvoir, sous peine de provoquer leur émigration ou leur rébellion. Ils reconnaissent sa suprématie, lui garantissent la redevance annuelle de leurs villages, à la condition qu'il les laisse maîtres chez eux, qu'il ne s'occupe ni de leurs affaires locales, ni des profits qu'ils tirent de la communauté dont ils ont eux-mêmes la direction.

Il existe encore en Afrique, où j'ai eu le moyen de les observer, un très grand nombre de sociétés constituées sur ce type et où l'on peut assez exactement se rendre compte de l'une des phases les plus importantes de l'évolution de la morale sociale et de la morale gouvernementale. Les chefs ont une notion très exacte du devoir qui leur incombe de protéger les populations parmi lesquelles leur autorité est reconnue, et ils les remplissent assez correctement pour que nul n'ait à se plaindre. Ils ont également conscience des droits que leur donne l'accomplissement de ce devoir, et tous les membres de la communauté les leur reconnaissent volontiers. Si le chef abuse de son autorité, ce n'est que dans des limites restreintes, car l'espace est grand, les villages sont rares, les habitations sont rudimentaires et ne coûtent que la peine de les construire; les terres fertiles abondent; il n'y a pas de famille ou de village qui ne puisse, en quelques jours, se transporter assez loin pour échapper à toute autorité. Or, un village qui émigré, c'est une portion des revenus du chef qui disparaît. Il n'en faut pas davantage pour restreindre l'étendue des abus d'autorité qu'il serait tenté de commettre.

DES SOCIÉTÉS ET DES GOUVERNEMENTS

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