‹ La lutte pour l'existence et l'évolution des sociétésChapitre 19 sur 135 · ORIGINE DU RÉGIME FÉODAL · texte numérisé non relu

ORIGINE DU RÉGIME FÉODAL

Les chefs barbares protégeant par les armes les terres dont ils se sont emparés, les misérables travailleurs des

champs se placent volontiers sous leur protection, se groupent autour d'eux et subissent sans discussion leur autorité. Il espèrent être désormais assurés de manger, d'échapper aux exactions des agents impériaux, et aux violences que les bandes errantes des pillards leur font subir. Dans le chef visigoth, burgonde ou franc, ils ne voient que le protecteur de leur vie, de leur foyer et de leur famille. Ce chef n'est ni plus ni moins propriétaire légitime du sol que ne l'était l'ancien maître, mais il a sur celui-ci l'avantage d'être suffisamment vaillant et assez fortement armé, pour que nul n'ose toucher ni à sa terre, ni à ceux qui la travaillent. Une sorte d'association d'intérêts s'établit ainsi entre le « chef féodal » — car c'est ainsi que commence la féodalité — et les habitants du fief où il s'est établi. Ceux-ci abandonnent sans résistance à leur protecteur et maître la part qu'il lui plaît de prélever sur les fruits récoltés ; le chef défend ses protégés contre les malfaiteurs du dehors et contre toute intervention d'une autorité quelconque dans leurs affaires et dans leurs maisons.

Les abus d'autorité auxquels ces maîtres nouveaux pouvaient se livrer étaient tempérés par la facilité avec laquelle, en raison de la faible densité de la population et de sa misère, les indigènes pouvaient se déplacer et se porter à la recherche d'une terre plus fertile, ou d'un maître plus humain.

Une autre cause qui contribua, sans aucun doute, dans les temps primitifs de la féodalité, à limiter les abus d'autorité des seigneurs, ce fut la création des monastères, des abbayes et des domaines ecclésiastiques où les moines, les abbés et les évêques attiraient les gens misérales et leur assuraient une liberté relative, à la condition qu'ils donnassent leur travail à la communauté.

De Lanessan. — La lutte. 6

Facilité des déplacements et concurrence, si l'on peut ainsi parler, entre les fiefs seigneuriaux et les domaines ecclésiastiques, étaient deux raisons suffisantes pour que les nouveaux propriétaires du sol se montrassent relativement humains et bienveillants.

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