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FORMATION DES AGGLOMÉRATIONS RURALES

Dès les premiers temps du moyen âge, une double évolution parallèle se produit parmi les travailleurs des champs d'un côté, parmi les seigneurs propriétaires des fiefs de l'autre.

D'abord isolés dans les champs, les colons, serfs et esclaves ruraux s'agglomèrent à mesure que leur nombre et l'étendue des terres cultivées s'accroissent. Les sentiments sociaux progressent alors parmi eux et ils entrent dans la voie d'une véritable organisation, en même temps que les lois des barbares leur assurent une certaine protection l.

En même temps que -se formaient ces agglomérations rurales, le sort de leurs membres s'améliorait dans une très notable mesure; l'ancienne forme de l'esclavage, celle qui attachait l'homme à la personne du maître,

1. « Sur chaque grande terre dont l'exploitation prospérait, dit Augustin Thierry, les cabanes des hommes de travail, libres, colons ou esclaves, groupés selon le besoin ou la convenance, croissaient en nombre, se peuplaient davantage, arrivaient à former un hameau. Quand ces hameaux se trouvèrent situés dans une situation favorable, près d'un cours d'eau, à quelque embranchement de routes, ils continuèrent de grandir, et devinrent des villages où tous les métiers nécessaires à la vie commune, s'exerçaient sous la même dépendance . Bientôt la construction d'une église érigeait le village en paroisse, et par suite, la nouvelle paroisse prenait rang parmi les circonscriptions rurales. Ceux qui l'habitaient, serfs ou demi-serfs, attachés au même domaine, se voyaient liés l'un à l'autre par le voisinage et la communauté d'intérêts ; de là naquirent, sous l'autorité de l'intendant unie à celle du prêtre, des ébauches toutes spontanées d'organisation municipale, où l'Église reçut le dépôt des actes qui, selon le droit romain, s'inscrivaient sur les registres de la cité. » (Augustin Thierry, Essai sur l'histoire du Tiers-État, p. 9).

tendait à disparaître, pour faire place à une forme nouvelle, moins despotique, celle du servage,, où l'homme étant attaché plutôt à la terre qu'à un autre homme, changeait de maître en même temps que le sol.

Toutefois, il ne faudrait pas considérer comme absolue la distinction que la plupart des historiens établissent entre les serfs et les esclaves. La fixation des travailleurs au sol par la formation des agglomérations rurales les mettait presque entièrement à la discrétion du propriétaire de la terre dont ils vivaient. Or, ces propriétaires eux-mêmes évoluaient parallèlement à leurs serfs, dans une direction qui augmentait beaucoup leur autorité.

Leur habitation est mieux construite, plus solide, gardée avec plus de soin ; elle se transforme en château fort. Leurs besoins se multiplient à mesure qu'ils trouvent à se mieux satisfaire, et les abus d'autorité deviennent d'autant plus nombreux et plus grands que la classe des seigneurs propriétaires est plus forte, plus en appétit, et que celle des travailleurs est davantage immobilisée sur chaque domaine.

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