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LE CHRISTIANISME ET L'ESCLAVAGE

Il est en quelque sorte de tradition, parmi les historiens du moyen âge français, d'attribuer à l'influence du christianisme l'abolition de l'esclavage et la suppression consécutive du servage. Cependant les faits protestent contre cette manière de voir. « Evidemment, dit M. d'Avenel1 le christianisme était, en principe, hostile au servage et à l'esclavage ; mais en pratique il s'accommodait de l'un et de l'autre, comme d'un mal nécessaire auquel on est habitué. Le clergé régulier ou séculier ne prit aucune part, — comme clergé — , à la disparition du servage; et il n'y prit, comme seigneur féodal,

de demeurer avec eux; s'ils sont absents à l'époque du décès, c'est le seigneur qui hérite. Voilà ce qu'en langage du temps on appelait une terre ayant de beaux droits. — Ailleurs le seigneur hérite des collatéraux, frères ou neveux, s'il n'étaient pas en communauté avec le défunt au moment de sa mort, et cette communauté n'est valable que par sa permission. Dans le Jura et le Nivernais, il peut poursuivre les serfs qui se sont enfuis, et réclamer à leur mort, non seulement le bien qu'ils ont laissé chez lui, mais encore le pécule qu'ils ont acquis ailleurs. A Saint-Claude il acquiert ce droit sur quiconque a passé un an et un jour dans une maison de la seigneurie. » (Voy. Taine, L'Ancien régime, p. 30).* 1. Ibid., p. 163.

SG

DES GOUVERNEMENTS ET DES SOCIÉTÉS

qu'une part identique à celle des seigneurs laïques ; affranchissant ses paysans comme ils affranchissaient les leurs, sans plus d'enthousiasme, ni plus tôt, ni plus tard, et selon que les circonstances l'exigeaient. Telle « charte de grâce » ou de libération accordée par une abbaye bénédictine à ses vassaux est un expédient financier : <c le monastère est criblé de dettes » ! dit le rédacteur du document, pour s'excuser de laisser ainsi dépérir ses droits, de manger en quelque sorte son capital en aliénant la main-morte pour de l'argent. Cette propriété de l'homme par l'homme est si naturelle, si bien dans les mœurs que les religieux de l'ordre le plus sévère, les Chartreux, qui vivent en pénitents et se condamnent pour l'amour de Dieu aux plus rudes privations, vendent, en 1376, époque où beaucoup de serfs étaient déjà affranchis, leurs serfs de Coulommiers en Duesmois au duc de Bourgogne, en échange d'autres biens que ce prince leur abandonne ailleurs. Les transactions sur l'homme, après des dizaines de siècles de servitude, avant et après l'ère chrétienne, ne pouvaient sembler choquantes à personne. »

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