La cité antique, p
moins dans les lois, son sentiment existait vivace et indestructible, dans les esprits. L'histoire nous le montre se développant avec les siècles jusqu'à ce qu'il soit assez généralisé et assez fort pour provoquer ces terribles rébellions où les cent mille esclaves rangés derrière Spartacus se jetaient, avec une si aveugle furie, sur les armées romaines, pour la conquête de la liberté et la possession de la terre, insurrection formidable qui fit trembler la vieille cité, son sénat et ses dieux. Ces esclaves révoltés, en arrosant la terre de leur sang, préparaient au christianisme un sol où la semence de ses apôtres ne pourrait manquer de germer et de croître avec une extrême rapidité.
On a confondu, en cette matière, la cause avec l'effet. Le christianisme ne créa pas l'idée de la liberté individuelle qui avait toujours existé, mais il en fut la plus éclatante manifestation insurrectionnelle que l'humanité ait connue. Il l'incarna dans son Christ, soumis au supplice des esclaves pour s'être rebellé contre les croyances de ses contemporains ; il l'incarna dans ses apôtres issus des classes les plus inférieures de la société; il l'incarna dans ses premiers adeptes qui presque tous étaient des esclaves ou des gens de rien ; et, comme il arrivait à l'heure propice, comme il était, pour mieux dire, né des circonstances particulières où se trouvaient alors les sociétés humaines, il se répandit avec la rapidité d'un incendie dans les grandes forêts résineuses que surchauffe le soleil.