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L'ancien régime, p

2. Les Cahiers de 1789 sont unanimes dans leurs protestations contre le privilège dont jouit la noblesse de ne payer aucune part des taxes royales. « Le privilège de la noblesse, relatif aux impositions, dit très justement le Tiers-état du bailliage de Nemours, n'était que celui de ne pas payer deux fois pour le môme service public. La noblesse était alors chargée, à raison de ses fiefs, défaire la guerre en personne et à ses frais, toutes les fois qu'elle en était sommée. C'était-

ÉVOLUTION DE LA PUISSANCE ET DE LA RICHESSE DE L'ARISTOCRATIE SACERDOTALE

Le paysan ne pouvait établir, au point de vue de ses intérêts matériels, aucune distinction entre le clergé et la noblesse.

A partir du jour où l'Eglise fut reconnue officiellement par les empereurs de Constantinople, elle perdit très vite le caractère purement religieux que les apeurés s'étaient proposé de lui donner. Sous le règne de Constantin, les évêques deviennent de véritables personnages politiques; ils font partie des conseils impériaux; ils ont le droit de juger sans appel tous procès entre clercs ; ils ont même le pouvoir d'évoquer à leur tribunal les laïques, quand une des parties en fait la demande. Enfin, ils se substituent, dans les villes, aux anciens « pontifes » païens, et ils sont, d'ordinaire, choisis, comme l'étaient ces derniers, parmi les membres des familles les plus riches et les plus considérées, ce qui leur donne

pour elle une très pesante charge. Il était juste qu'elle ne contribuât pas en argent pour les autres charges de la société... Mais depuis qu'on a cessé d'obliger la noblesse à servir dans l'armée, soit qu'elle le voulût ou ne le voulût pas, depuis qu'elle est maîtresse ou d'entrer dans la magistrature ou de cultiver en paix ses champs paternels ; depuis qu'elle est payée par le peuple, beaucoup mieux que le peuple, et, en outre, avec beaucoup plus d'espoir d'illustration, d'avancement et de fortune lorsqu'elle embrasse l'état militaire, le titre de ses exemptions en matière d'impôts est totalement détruit et l'on sent qu'il est devenu également injuste et absurde de faire payer au peuple les dépenses de l'armée dont une grande partie sont au profit de la noblesse, tandis qu'autrefois c'était la noblesse qui en faisait la dépense et le peuple qui profitait de la sûreté qui en résulte. » (Voy. Gomel, Hist. financière et pécuniaire de V Assemblée constituante, p. 467.)

11 résulte des Cahiers de 1789 que la noblesse consentait sans trop de résistance à la perte de ses privilèges pécuniaires, tandis qu'elle manifestait un attachement invincible à ses prérogatives. Le Tiers voudrait pouvoir être investi des grades militaires et des dignités ecclésiastiques; la noblesse, au contraire, insiste pour que ces grades et ces dignités lui soient réservés, comme une compensation des sacrifices qu'on lui demande, [lbid., p. 44 et suiv.).

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une grande autorité. Celte dernière devient plus effective, lorsque Constantin leur confie la charge de « défenseurs » de la cité. Les curies ou municipalités leur sont dès lors d'autant plus soumises qu'eux-mêmes sont issus des familles curiales1.

1. « L'Église, dit Fustel de Coulanges [La monarchie franque,^. 512), ne lutta contre la société civile qu'aussi longtemps qu'elle ne put pas faire autrement; elle se hâta, dès que cela lui fut possible, de se mettre en accord et en unisson avec elle. L'empire étant divisé en provinces et en cités, l'Église se partagea aussi en provinces et en cités. La cité, qui était l'unité administrative, devint aussi l'unité ecclésiastique. On ne l'appela pas d*abord un diocèse ; on l'appela une paroisse (-rtapoixia). Ce terme signifiait le ressort tout entier de l'évêque, c'est-à-dire tout le territoire de la cité ecclésiastique. L'évêque conservait son ancien titre, épiscopus; il y joignit ceux de sacerdos et de pontifex. Or, ces deux termes étaient ceux par lesquels»on avait désigné jusque là, dans la religion païenne de l'empire, les grands-prêtres provinciaux. Les évêques prirent leurs titres en prenant leurs places. » Le ponlifex était, dans la cité, le chef du culte de Rome et. de l'Auguste qui représentait une sorte de religion officielle. C'est contre cette religion surtout que les chrétiens avaient lutté ; c'est sa place qu'ils occupèrent dans la cité quand ils furent les plus nombreux. Comme le pontifex était élu pour la cité, l'évêque le fut aussi tant que dura l'empire. Et de même que la place de pontifex « avait été le plus haut objet d'ambition des plus grandes familles... les mêmes ambitions aspirèrent dès lors à l'épiscopat. » (Ib/d., p. 535).

Au iv° siècle, les curiales étaient, dans chaque cité, désignés par le pouvoir impérial et rendus responsables de la rentrée des impôts. Pour empêcher les abus auxquels ils se livraient, on institua un magistrat, dit défenseur, dont le rôle était de protéger les contribuables contre les curiales. Ce magistrat finit par être l'autorité suprême de la cité. Plus tard « lorsque les évêques, déjà chargés de l'administration de la justice, furent appelés, par les décrets impériaux, à partager les fonctions municipales, ils rendirent, par l'infiuence immense qu'ils avaient sur les citoyens, cette nouvelle magistrature aussi inutile que l'autre (c'està-dire celle du magistrat que l'on appelait le prince et qui s'était effacé devant le défenseur). Alors les défenseurs furent supprimés; et les évêques, substitués tout simplement à leur place, héritèrent de toute l'autorité municipale, et devinrent les maîtres uniques des cités ». (Lavallée, Hist. des Français, I, p. 62).

Il paraît également certain qu'au moment où le paganisme, d'abord toléré par Constantin, fut proscrit par ses successeurs, les biens attachés au culte païen des cités furent attribués à l'église chrétienne de chaque cité. « Gratien décréta la confiscation, Théodose l'exécuta. Nous savons par les lois des empereurs qu'une partie de ces biens furent donnés à l'Église chrétienne, et les auteurs de l'Histoire ecclésiastique disent la même chose. Un écrivain contemporain va jusqu'à affirmer que l'empereur Honorius, fils de Théodose, donna tous les temples, avec les possessions qui en dépendaient, aux églises chrétiennes. » (Laurent, VÉqlise et l'Étal, p. 118).

Grâce à l'influence dont ils jouissaient auprès des empereurs chrétiens, les évêques enrichirent rapidement leurs églises et eux-mêmes. Il paraît certain qu'en beaucoup d'endroits ils se firent attribuer les biens qui étaient attachés aux temples païens. Constantin accorda ensuite aux fidèles l'autorisation de léguer leurs biens aux églises, même au détriment de leur famille. Cette mesure ne marque pas seulement la rupture de la société chrétienne avec la société païenne où les droits de la famille étaient entourés d'un si grand respect ; elle est aussi le point de départ d'une fortune des églises qui contraste singulièrement avec la doctrine de Jésus et des apôtres et avec les mœurs des premiers chrétiens1.

Etant donné la foi très vivace qui existait au ive siècle et qui se maintint pendant encore de nombreux siècles, l'autorisation accordée aux fidèles par Constantin valut bientôt à l'Eglise d'abondantes donations et de riches héritages. On méconnaîtrait, d'ailleurs, la nature humaine, si Ton supposait que les évêques et les prêtres ne firent pas quelques efforts pour encourager les générosités de la foi. Les empereurs d'Orient eux-mêmes furent bientôt obligés de prendre des mesures pour empêcher les manœuvres délictueuses à l'aide desquelles

1. Pour comprendre la portée de la loi dont il est ici question « il faut se rappeler, dit un savant professeur de Gand. la doctrine des saints Pères sur la propriété. Ils enseignent tous que le propriétaire n'a droit qu'à ce qui lui est strictement nécessaire pour vivre, qu'il est débiteur de l'excédent envers les pauvres. Et qui chargera-t-il de distribuer ses aumônes, lorsqu'il vient à mourir? Naturellement l'Église. Les devoirs de famille ne peuvent pas l'arrêter... Saint Jérôme n'hésite pas à approuver la fille qui, au mépris de la volonté de son père, donne tous ses biens aux pauvres. « Ton père s'affligera, mais le Christ se réjouira ; ta famille pleurera, mais les anges seront dans la joie. » Saint Augustin maintient l'obligation pour tout fidèle de donner aux pauvres, alors môme qu'il a des enfants. Il voit dans le motif d'affection paternelle une vaine excuse : « Donner aux indigents, dit-il, c'est donner à Dieu, et il vaut mieux donner à Dieu qu'à ses enfants ; celui qui les a créés saura bien les nourrir. » (Laurent, L'Église et VÉtai, p. 120).

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certains ecclésiastiques obtenaient des donations et des héritages \

Les églises s'enrichirent encore à l'aide des concessions de terres qui étaient accordées aux évêques par les empereurs. Dès le ve siècle, la plupart des églises possèdent des biens et des revenus considérables, dont les évêques étaient les seuls gestionnaires et qu'ils détournaient souvent à leur profit personnel, ainsi qu'en témoignent les protestations indignées de certains pères de FEglise contre la vie luxueuse des prélats "2.

Il ne faut pas oublier que la plupart des évêques étaient choisis dans les familles riches et jouissaient personnellement de revenus souvent considérables. Il était, d'ailleurs, de règle que les évêques et les prêtres léguassent, en mourant, tous leurs biens particuliers à leurs églises.

1. « Par un édit adressé à Damase, évêque de Rome, Valentinien défendit aux moines et aux prêtres de fréquenter la demeure des veuves et des vierges ; il les déclara incapables de recevoir des donations ou des legs de leurs pénitentes. » Et saint Jérôme dit de cette loi: « Je ne me plains pas qu'on l'ait faite, je me plains que nous l'ayons méritée. » (Voy. Laurent, Loc. cit., p. 132).

2. « A partir des apôtres, dit Jérôme, l'Eglise prospéra par les persécutions ; le sang des martyrs fut la semeDce de la foi. Sous les empereurs chrétiens, elle acquit des biens et des honneurs, mais elle s'appauvrit en vertus. » Ammien Marcellin faisant allusion aux luttes violentes qui signalaient souvent les élections des évêques et, particulièrement, aux scènes meurtrières qui eurent lieu à Rome entre les partisans d'Ursin et ceux de Damase, dans lesquelles plus de 130 morts jonchèrent la basilique de cette ville, écrit : « En vérité, quand je considère l'éclat de la dignité épiscopale à Rome, je ne suis plus surpris de cet excès d'auimosité entre les compétiteurs. Le concurrent qui l'obtient est sûr de s'enrichir des libérales oblations des nations, de rouler dans le char le plus commode, d'éblouir tous les yeux; par la splendeur de son costume, d'éclipser dans ses festins jusqu'aux profusions des tables royales. » Saint Jérôme dit. de son côté : « Les évêques parlent comme les apôtres, et vivent comme les princes du siècle ; ils prêchent la pauvreté et la croix de Jésus-Christ, et ils ne respirent que la vanité et l'amour des plaisirs charnels ; ils sont les successeurs de ceux qui étaient les trésoriers et les pourvoyeurs des pauvres, et ils s'appliquent à traiter magnifiquement les grands de l'empire, ils leur disputent le prix de la magnificence, et ils l'emportent, en achetant, du patrimoine des pauvres, ce que les princes du monde n'osent acheter pour leurs tables. » (Voy. Laurent, Loc. cit., p. 129 et suiv.)

Les revenus de ces dernières devaient servir, d'après les prescriptions des conciles, à la charité envers les pauvres, au traitement des prêtres et autres personnes attachées au service religieux, et, enfin, aux frais du culte. Si les évêques en détournaient pour eux-mêmes une portion supérieure à celle qu'exigeaient leurs besoins stricts, c'était par un abus condamnable, mais si indéracinable que les réprimandes des écrivains sacrés furent toujours impuissantes à les corriger.

Dans notre pays, l'enrichissement des églises se produisit surtout après l'adoption du christianisme par les rois francs. Tout service rendu aux chefs barbares par un évêque était récompensé de la même manière que les services des chefs militaires, c'est-à-dire par des concessions de terres et de privilèges, qui ne tardèrent pas à transformer les prélats chrétiens, d'abord en grands propriétaires fonciers, puis en une sorte particulière de chefs féodaux. Rares sont les évêques qui, après la fondation de la monarchie franque, ne sont pas propriétaires d'énormes étendues de territoires ainsi que des esclaves et des serfs qui les peuplent. La plupart d'entre eux sont, à cette époque, choisis parmi les barons qui entourent les rois et qui ont été initiés plus ou moins aux affaires publiques, soit comme chefs militaires, soit comme administrateurs1.

1. Selon les principes adoptés, dans les premiers temps de l'Église, par les Conciles, les évêques étaient élus par le peuple ou, pour mieux dire, sur les indications du peuple de la cité, par les évêques de la province. Sous la monarchie barbare, les rois intervinrent d'abord pour indiquer les candidats de leur goût ; puis ils se réservèrent formellement le droit d'investir les élus, et, enfin, ils imposèrent leurs favoris. « La vieille règle canonique qui voulait que l'évêque ne fût institué que par la consécration du métropolitain, restait théoriquement hors d'atteinte; seulement c'était le roi qui donnait au métropolitain l'ordre de consacrer... Grégoire de Tours ne parle presque jamais d'un évêque sans dire qu'il a été nommé par le roi... En Burgundie, un « pauvre homme » qui avait donné asile à Brunehaut dans sa chaumière, fut nommé d'emblée évêque d'Auxerre... Il faut avouer que le choix des

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Les abbayes possèdent aussi, à cette époque, des propriétés très étendues, concédées par les rois. Le nombre de ces établissements s'accroît pendant tout le moyen âge avec une grande rapidité, car pour obtenir des rois et des princes l'autorisation de fonder une abbaye, il suffit à un moine d'établir qu'il est en possession des reliques d'un saint et qu'il a pu grouper autour de lui un certain nombre de frères. Il suffit surtout que le futur abbé soit assez riche pour acheter les faveurs du prince ou de son entourage, car les abbayes comme les évêchés ne s'obtiennent plus qu'à prix d'argent.

Les biens des évêchés et ceux des abbayes continuent, d'ailleurs, à s'accroître par les legs des évêques. des prêtres, des diacres et d'un grand nombre de clercs, et par les donations ou héritages des gens riches, ce Le mourant, dit un éminent historien des mœurs de cette époque, calculait que le salut de son âme valait bien une terre. Il supputait ses fautes et il les payait d'une partie de sa fortune... Regardez en quel style sont rédigées presque toutes ces donations. Le donateur déclare qu'il veut « racheter son âme », qu'il donne une terre « en vue de son salut », « pour la rémission de ses péchés », « pour obtenir l'éternelle rétribution. » On

rois était souvent déterminé par les présents qu'on leur offrait... En vain les papes se plaignirent-ils aux princes francs que l'épiscopat fût donné à prix d'argent. La simonie, dit un hagiographe du vu0 siècle, pullule dans le royaume des Francs. » Souvent aussi les évêques étaient choisis par les rois parmi les laïques « qui n'avaient mérité l'épiscopat que par des succès militaires ou administratifs... Ainsi l'épiscopat devenait la récompense des fonctionnaires royaux. Grégoire de Tours avait déjà fait cette remarque qu'au temps de Chilpéric peu de clercs parvenaient à l'épiscopat. » On revenait, en somme, aux traditions païennes, d'après lesquelles les pontifes des cités étaient choisis parmi les personnages les plus considérables et les fonctionnaires impériaux; mais la volonté du roi était substituée, dans ce choix, à l'élection par les membres de la cité (Voy. Fustel de Coulanges, La monarchie franque, p. 5i4-56G).

voit par là, que dans la pensée des hommes, la donation n'était pas gratuite. Elle était un échange contre un don ; « donnez, était-il dit, et il vous sera donné ». D'ordinaire, les donations étaient faites « au saint particulièrement honoré dans le diocèse ou qui avait son tombeau clans la basilique... Par là, le saint était tenu d'intercéder auprès de Dieu pour son donateur ; le clergé était tenu aussi d'inscrire le donateur sur le registre de ses prières. Ainsi le mourant, en donnant un immeuble, s'assurait une sorte de rente perpétuelle de prières ici-bas, d'intercession là-haut1. »

Les évêques étaient toujours les seuls gestionnaires des biens de leurs églises et représentaient le seul pouvoir auquel fussent soumis les prêtres, les clercs et une foule de gens que des liens plus ou moins étroits attachaient à FÉglise. L'évêque faisait vivre par le travail ou l'aumône tout ce personnel ; mais, en revanche, il avait sur lui un pouvoir absolu. Chaque église était un petit gouvernement despotique, ayant l'évêque pour seul maître et seul propriétaire2.

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