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ÉVOLUTION DU TRAVAIL INDUSTRIEL ET COMMERCIAL JUSQU'A LA RÉVOLUTION

D'abord très prospère, grâce à l'introduction, dans les principales villes de la Gaule, d'artisans venus à la suite

l'entretien des ministres des autels, à celui des églises et presbytères et au secours des pauvres, il paraît injuste que les agriculteurs qui forment la classe la plus grevée de la société, supportent seuls cet impôt, tandis que les autres classes profitent des avantages du culte sans contribuer à ses charges ; on obvierait à cet inconvénient par la suppression des dîmes, et en assignant sur les impôts, qui, parleur nature portent sur tous les ordres de la société, les sommes nécessaires à l'entretien des ecclésiastiques. »

Les ordres mendiants sont accusés par certains cahiers de peser lourdement sur les campagnes « par l'impôt que chaque quêteur venait prélever à son tour » et auquel les paysans n'osaient pas se soustraire quoiqu'ils s'ajoutassent dolosivement à la dîme. Ces faits, ajoutés à l'envahissement des cures par les moines et à l'accaparement par les abbayes de biens dont les Revenus ne servaient qu'à enrichir un petit nombre « d'hommes cupides et mondains » comme dit la noblesse de Montreuil-sur-mer, avaient déterminé un mouvement d'opinion très accentué pour la suppression des ordres monastiques et l'attribution de leurs biens à l'Etat.

Beaucoup de cahiers demandent aussi que les biens du clergé séculier soient réunis à l'Etat. On rappelle le mot de Michel de L'Hospital en 1563 : « Que les ecclésiastiques se souviennent qu'ils ne sont qu'administrateurs » et l'on se plaint du mauvais usage qu'ils font de leurs revenus. Le cahier du clergé de Mantes dit que si les places ecclésiastiques étaient données aux plus dignes, on « renverserait les brigues de l'ambition et de l'avidité et l'Église n'aurait pas à gémir tous les jours sur tant de ministres qui font sa douleur et la déshonorent par leurs scandales ». La noblesse de Lunéville se plaint de « la dureté de certains gros bénéfices qui ont refusé des secours aux pauvres » pendant le dernier hiver. Beaucoup trouvent scandaleux que des prélats jouissent de cent mille livres de rentes, tandis que leurs prêtres sont réduits à la misère.

Le clergé consentait assez facilement, si l'on en juge d'après les cahiers de 1789, à la suppression de ses privilèges, notamment de celui en vertu duquel il ne payait pas les impôts royaux, mais il tenait beaucoup à conserver sa situation honorifique. « En offrant les sacrifices que les besoins de l'Etat attendent de sa générosité » le clergé de Sens « ne peut perdre de vue les privilèges, honneurs, préséance et distinctions dont il jouit depuis le commencement de la monarchie, et qui font partie de son existence légale. Ce ne sont pas de nouvelles prérogatives qu'il sollicite, mais le maintien de celles dont il ne peut se départir et qui sont nécessaires pour maintenir le respect et la vénération qui sont dus aux ministres d'une religion divine et aux fonctions saintes qu'ils exercent au milieu des peuples. » Ce langage, que tiennent encore d'autre cahiers du clergé, indique assez clairement

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des armées et des administrateurs romains, le commerce et l'industrie déclinèrent à mesure que la puissance romaine s'affaiblissait, que la sécurité diminuait par la fréquence des incursions des Barbares, et que les exactions des proconsuls impériaux appauvrissaient le pays.

Plus tard, à la suite des grandes invasions, alors que le pays est parcouru en tous sens par les bandes bourguignonnes, visigothes, franques, etc., les villes, que reliaient naguère les belles routes construites par les romains, cessent de pouvoir communiquer les unes avec les autres. On fut alors obligé de créer, presque dans chaque ville, des fabriques de tous les objets nécessaires à l'alimentation, au logement, à l'ameublement, au vêtement, à l'ornementation, etc. Les artisans acquirent une importance proportionnée au besoin que l'on avait de leurs produits et ils virent s'élever leur condition personnelle, en même temps que celle de leurs professions.

A mesure que leur fortune s'accroissait, ils éprouvaient d'autant plus la nécessité de se protéger, que les pouvoirs publics étaient davantage affaiblis. C'est dans ce but que paraissent s'être formées les premières associations d'artisans, qui devinrent le point de départ des corporations du moyen âge. Les gens d'un même métier s'unissaient pour se défendre en commun contre les malfaiteurs, la police n'étant encore que très rudi-

les craintes qui animaient alors les ecclésiastiques et témoignent des sentiments peu sympathiques dont ils étaient entourés. Certains cahiers du clergé et du tiers faisaient valoir, en vertu du maintien des privilèges pécuniaires du clergé, le fait qu'il avait, dans les derniers temps, contracté de très gros emprunts dans l'intérêt de la monarchie. Plus de 140 millions avaient été, paraît-il, fournis au roi par le clergé qui s'attendait à n'en être jamais remboursé, et qui était porté à représenter son exemption des charges royales comme une compensation des sacrifices qu'il s'était imposés dans l'intérêt de la royauté. (Voy. Gomel, Histoire financière de V Assemblée constituante, I, p. 62 et suiv., p. 136 et suiv.).

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mentaire, et contre les administrations publiques dont les rigueurs et la cupidité se ressentaient du mépris où le travail manuel fut tenu dans toutes les sociétés antiques.

Les corporations eurent aussi pour objet, dès le principe, de défendre les membres qui les composaient contre la concurrence. Les maîtres de chaque corporation de métier avaient intérêt à ce que leur nombre ne fût pas augmenté, et ils s'unissaient afin d'empêcher qu'aucun étranger ne pût s'établir à leur côté, dans la même ville. Pour cela il leur fallait l'appui des pouvoirs municipaux. Ils l'obtinrent aisément. Détenteurs d'une portion notable de la richesse locale, ils représentaient la source la plus importante des revenus fiscaux, en un temps où la propriété immobilière était exposée aux mille accidents que la guerre traîne après elle. Ayant besoin d'eux, les municipalités leur concédaient des libertés personnelles et des privilèges professionnels de toutes sortes.

En vertu du serment qui liait tous les membres d'une même corporation, chacun contribuait à l'éducation des orphelins, au soutien des vieillards et des veuves, à la formation des corps d'arquebusiers imposés par les autorités municipales, au versement des impôts ordinaires et des taxes extraordinaires prélevées sur les artisans, etc. En échange de ces obligations, chaque famille était considérée comme propriétaire de son métier ; les femmes et les filles s'y succédaient au même titre que les fils, afin que la famille ne pût pas être dépossédée. Les étrangers ne pouvaient être admis dans la corporation qu'après avoir rempli des obligations d'autant plus rigoureuses que leur concurrence était plus redoutée. Les ouvriers devaient passer par un apprentissage très long; ils ne pouvaient devenir maîtres que du consentement de la corporation, s'il se

trouvait une place vacante, et s'ils faisaient la preuve d'une fortune suffisante pour supporter les charges communes.

Grâce à ces moyens de protection , certains corps d'artisans arrivèrent de bonne heure à une situation pécuniaire très importante, d'où résulta bientôt une condition honorifique non moins considérable. Au xive et au xve siècles, les corps d'arts et métiers les plus considérés parce qu'ils étaient les plus riches, détiennent l'administration municipale d'un grand nombre de villes.

A partir de ce moment, les corporations transforment, en de véritables privilèges et monopoles, les libertés et les droits professionnels qui leur avaient été précédemment concédés ; elles ferment les villes aux produits du dehors et aux étrangers, et elles joignent les monopoles municipaux aux monopoles corporatifs. C'est l'époque où la richesse des corporations industrielles est la plus considérable et c'est celle aussi où l'individualité municipale atteint l'apogée de sa puissance.

La monarchie grandissante s'appuie volontiers, dans sa lutte contre la féodalité, sur les municipalités et les corporations. Elle consacre les libertés des premières et les privilèges des secondes par ses édits; mais, en revanche, elle réclame leur concours en hommes et en argent contre les seigneurs. A Paris, c'est la corporation ou Hanse des marchands de Veau (Nantes) qui bénéficie la première des ambitions de la monarchie1.

1. La puissance de cette corporation était de date fort ancienne. Dès l'époque des empereurs gaulois elle jouissait d'une grande puissance : « Investis du monopole des échanges, maîtres de la navigation du fleuve, honorés de la protection des autorités romaines, les nautes parisiens pouvaient à bon droit se considérer comme les représentants les plus autorisés de la cité, et, en cette qualité, aspirer à diriger les affaires, non pas seulement de leurs corporations, mais de la ville tout entière... Propriétaires de la plus grande partie du sol, ils disposaient d'une nombreuse clientèle ; la corporation avait à sa disposition tous ceux qui vivaient du commerce fluvial. Elle obéissait de plus

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Sous le règne de Philippe-Auguste, elle se charge de faire les premiers grands travaux d'édilité qui furent exécutés à Paris. En revanche « la royauté soutint énergiquement le monopole de navigation dont jouissaient les marchands de l'eau parisiens (par une charte de 4130 les parisiens seuls pouvaient faire partie de cette corporation) sur la Seine et ses affluents. Quelques années plus tard, le roi autorise les marchands de l'eau à percevoir, sur chaque hateau chargé qui toucherait le Grand-pont de Paris (aujourd'hui Pont-au-Change), un droit qui devait être affecté aux frais de construction du pont (4213). Il leur afferme, moyennant 320 livres par an, les poids et mesures, et leur attribue la basse justice et la haute police en cette matière. »

Il crée, avant de partir en croisade, un conseil de six bourgeois pour veiller à l'administration de la ville et il paraît bien qu'ils furent pris dans la corporation des Nantes. Plus tard, le prévôt de Paris est choisi parmi les marchands. Il ne pouvait guère en être autrement, car la prévôté fut, au début, une sorte de ferme donnée au plus offrant, qui en retirait lui-même de gros bénéfices.

Les autres corporations et métiers étaient déjà nombreux dans la ville de Paris et devaient rivaliser avec

à une direction unique, assurée par la tradition. Enfin, leurs revenus centralisés faisaient des nauies, si Ton considère l'époque, une puissance financière de premier ordre. Qui donc, si ce n'est eux, les Romains auraient-ils admis aux honneurs municipaux? » Il n'est cependant pas bien démontré qu'ils les aient détenus officiellement sous l'autorité romaine; mais, plus tard, après l'invasion des Barbares, « la curie paraît se confondre avec la plus puissante corporation de cette époque, celle des nautes. » Plus tard encore, après l'an mille, les rois capétiens accordèrent aux marchands de l'eau de nombreuses donations et des privilèges importants. « Il n'était permis à personne, marchand ou autre, de faire voiturer par la rivière quelque marchandise que ce fût si le voiturier n'était pas lui-même marchand de l'eau ou associé avec l'un des marchands de l'eau parisiens pour le trafic de sa propre marchandise. » (Robiquet, llist. munie, de Paris, p. 5 et suiv.)

celle des Nantes pour la conquête des honneurs, des privilèges et des profits municipaux. Etienne Boileau, nommé prévôt sous le règne de saint Louis, fait dresser par les corporations elles-mêmes « Les registres des cent métiers et marchandises», ouvrage connu aujourd'hui sous le nom de Livre des métiers. En 1258, lorsque quatre assesseurs sont adjoints à Etienne Boileau, ils sont pris parmi les marchands notables; ils portent le titre d'Echevins ou de Jurés de la confrérie des marchands de Paris.

Ces détails montrent quelle importance avaient alors, dans les communes de France, les corporations des marchands et des artisans. Ils témoignent aussi des motifs auxquels il faut attribuer cette importance. Gomme les corporations détenaient la majeure partie de la fortune des villes, c'est à elles qu'on s'adressait pour l'exécution des travaux d'édilité. Tous ceux qui ont vécu dans les pays neufs savent combien sont utiles les compagnies à monopoles ou privilèges, pour l'exécution des travaux publics, jusqu'à ce que les impôts produisent suffisamment pour permettre l'adoption de procédés administratifs et financiers plus réguliers et moins coûteux 1 .

L'époque où les corporations atteignirent le maximum de leur puissance est aussi celle où la réglementation du commerce et de l'industrie fut la plus rigoureuse et la plus contraire aux idées sur « la liberté du travail » qui régnent aujourd'hui. Au xive siècle, le commerce de tous les objets est réglé de la manière la plus minutieuse. Chaque marchandise ne peut être mise en vente qu'en certains lieux et à de certaines heures. Les corporations fixent la nature des matières premières qui peu-

1. L'histoire de notre Indo-Chine fournit un exemple remarquable de cette vérité. Yoy. De Lanessan. La colonisation française en Indo- Chine et Principes de colonisation.

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vent être employées pour chaque sorte d'ouvrage, les dimensions et même la coloration des étoffes, la forme des meubles, etc., de manière qu'aucun artisan ne puisse concurrencer avec avantage ceux de la même corporation. Les métiers doivent être réunis sur un point qui varie pour chacun d'eux ; « chaque boucherie de Paris n'est approvisionnée que d'une seule espèce de viande; on ne vend du porc qu'à Sainte-Geneviève, du mouton qu'à Saint-Marceau, du veau qu'à Saint-Germain et du bœuf qu'à la halle du Châtelet1 ».

Toutes les infractions à ces règlements sont punies de fortes amendes qui contribuent à faire face aux énormes dépenses que les rois imposent aux municipalités en échange des chartes où sont inscrites leurs libertés. « C'est la bourgeoisie qui règle la solde, le nombre des troupes, qui en nomme les officiers, le commandant ou le connétable, qui fait la guerre, qui fait la paix avec les villes, avec les seigneurs d'alentour ; et dans les traités, vous voyez figurer les noms de simples artisans, Martinus, faber ; Joannes, tonsor pannorum 2. »

Non seulement les corporations édictent elles-mêmes et font édicter par les pouvoirs municipaux et royaux des mesures de toutes sortes afin d'éviter la concurrence dont elles pourraient être l'objet, mais encore les maîtres des divers métiers se font protéger de cent manières contre l'augmentation du nombre de leurs concurrents. La durée de l'apprentissage est fixée par des règlements sévères et les droits à payer pour accéder à la maîtrise sont calculés de façon à réduire le nombre des ouvriers susceptibles de la conquérir. A Paris, la taxe pour les maîtres-tailleurs est de mille

1. Voy. Amans-xUexis Monteil, Hist. des français des divers étals, I. P- 21.

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