Ibid., I, p
livres ; à Lyon, où elle n'est que de cent livres, les maîtres réclament son élévation, .en invoquant pour raison que moins il y en aura, plus ils seront habiles. Quant à la durée de l'apprentissage, elle est fixée, par un règlement de 1661, à dix ans pour les bonnetiers de Paris.
La corporation exerce sur les maîtres eux-mêmes une véritable tyrannie, dans le but secret mais non douteux de les dégoûter du métier. Il n'était pas jusqu'à leur vie privée qui ne fût l'objet d'une surveillance et de vexations dont nous ne pouvons plus avoir la moindre idée l.
î. Alexis Monteil {Ibid., I, p. 424) en a tracé, pour le xiv° siècle, un tableau si plaisant que je ne puis résister au désir de le reproduire. Un de ces ermites, qui existaient alors en très grand nombre et qui se recrutaient parmi les gens dégoûtés de la vie mondaine, éprouvés par le sort et comme frappés de malédiction par le destin, raconte ses malheurs : 11 était boucher « à la grande boucherie de Paris » et il avait une gouvernante aussi aimée que jolie : « Un jour, le maître des bouchers vint me dire : Paul, renvoyez votre gouvernante. — Elle est si bonne, si douce, lui répondis-je. Quelques jours après, il revint : — Paul, renvoyez votre gouvernante. — Elle est si jolie, si fraîche, lui répondis-je encore. — Il revint une troisième fois : — Paul, nous nous sommes assemblés aujourd'hui, les quatre jurés et moi, et nous vous avons condamné à perdre votre place de la grande boucherie, et à aller avec ceux qui veulent, comme vous, vivre dans le concubinage, vous établir sur le Petit-pont. — La place de boucher de la grande boucherie de Paris est la plus belle et la plus lucrative de notre état ; elle est héréditaire ; pensez, je vous prie, si je me la vis tranquillement ravir. — Je suis bien aise, répondis-je, de me séparer d'un maître des bouchers aussi gourmand et aussi vaniteux que vous. A chaque réception, à chaque abreuvement, il vous faut, outre le pain et le vin, trente livres de porc ou de bœuf, et à votre femme, à la maîtresse des bouchers, encore plus de mets, de pain, et surtout de vin, car il lui en faut jusqu'à deux grands setiers. N'avez-vous pas de honte, vous que j'ai vu simple garçon-étalier, de vous asseoir sur une chaise de bois, à la grande salle de la halle, et, là, de faire brûler devant votre face un cierge, comme devant la face de saint Denis. Je voulais me marier avec ma gouvernante, ajoutai-je. Cependant, puisque vous traitez ceux qui veulent se marier comme ceux qui ne le veulent pas, je ne veux plus me marier. Effectivement, je ne me mariai pas sur le Petit-pont, mais j'achevai de m'y ruiner. J'allai demeurer à Angers, ce fut pis... On me querella à cause de ma gouvernante. Les statuts portent « qu'une femme ne pourra estre tripière si son seigneur n'est bouchier ». J'étais bien boucher, mais je n'étais pas, me dit-on. seigneur de ma gouvernante ; car on avait découvert que nous n'étions pas mariés... Nous nous dégoûtâmes l'un et l'autre d'un pareil métier. Ma gouvernante alla je ne sais où, et quant à moi, je fis comme fit le diable quand il fut vieux ou quand il n'eut plus d'argent, je me fis ermite ».