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LES FORÊTS DOMANIALES ET LA PETITE PROPRIÉTÉ

En même temps qu'ils réclament le partage des biens communaux, les paysans de la révolution se jettent sur les forêts domaniales. Ce sont surtout ceux qui n'ont rien ou qui ne possèdent encore que des lam-

1. Le partage ne pouvait avoir lieu qu'après la consultation des citoyens y ayant droit et que la loi désigne, et « si le tiers des voix vote pour le partage ». Il était entendu que « après cette détermination, la délibération qui portera le partage ne pourra plus être révoquée ». L'assemblée communale pouvait, en outre, décider que tel bien serait mis en dehors du partage et réservé pour l'usage commun, ou que tel autre serait affermé, etc. Le partage devait avoir lieu entre tous les habitants y ayant-droit, et par tirage au sort des lots préalablement établis d'après des règles fixées par la loi.

beaux du sol qui cherchent à devenir propriétaires ou à étendre la petite propriété qu'ils ont déjà. Des morceaux considérables des forêts domaniales furent, en quelques jours, défrichés et mis en culture par les gens du voisinage ; et la plupart des biens constitués de la sorte sont restés entre les mains de ceux qui avaient été assez audacieux pour s'en emparer. Pendant toute la durée de la Révolution, les pouvoirs publics étaient incapables de mettre obstacle à ces abus ; après la Révolution, ils considérèrent presque partout qu'il y avait une sorte de prescription, contre laquelle on n'osa pas réagir l.

Un fait indiscutable se dégage de l'histoire de la propriété pendant toute la durée de la Révolution, c'est que tous les citoyens de notre pays, aussi bien les pauvres que les riches, profitèrent des désordres insurrectionnels et de l'anarchie administrative pour mettre autant que possible la main sur la terre, chacun en prenant ou en acquérant autant que ses ressources, son habileté ou son audace lui permettaient d'en acquérir ou d'en prendre. Et comme les bourgeois d'alors étaient les plus riches, les plus habiles et les plus forts, ce sont eux qui en prirent le plus.

Toute l'histoire de notre pays depuis un siècle témoigne que cet amour de la terre est toujours aussi vivace dans le cœur du Français, en dépit de tout ce qu'on peut lui dire contre la propriété individuelle. C'est qu'en réalité l'amour de la terre est un sentiment hérité de

1. « Tel village près de Fontainebleau s'est partagé et a défriché un morceau entier de futaie. A Rambouillet, du 10 août à la fin d'octobre, la perte est de plus de cent mille écus et les agitateurs demandent avec menaces le partage de la forêt entre les habitants. Partout les dévastations sont énormes, prolongées pendant des mois entiers et telles, dit le Ministre, que cette source de revenus publics est pour longtemps tarie ». (Rapports officiels du temps, analysés et cités par Taine, Hist. de la Révol, t. I, p. 367).

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tous nos ancêtres. Subsistera-il toujours? L'avenir seul pourra le dire.

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