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Mommsen, llist. romaine, I, p

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Bagaudes. Ils abandonnèrent en masse leurs champs et, réunis en troupes nombreuses, ils ravagèrent les moissons, pillèrent les villages et même quelques villes, comme Autun, dont ils parvinrent à s'emparer, soutenus, plus ou moins ostensiblement, par le petit peuple qui partageait leur haine contre l'esclavage.

Cessation du travail, rébellion contre les pouvoirs politiques et contre l'organisation sociale sont des faits dont les esclaves et serfs des champs donneront à diverses reprises le spectacle pendant le cours du moyen âge. Et il faut voir dans ces faits de véritables grèves, revêtant la seule forme qu'elles pouvaient revêtir à des époques où des classes entières d'individus étaient asservies à un même travail.

On voit aussi se produire, dès l'antiquité, des rébellions locales et limitées, soit d'esclaves d'un seul propriétaire, soit d'artisans d'un même métier. Telle est la grève, ou pour mieux dire la révolte qui se produisit, sous le règne d'Aurélien, parmi les « monétaires » (ouvriers employés à la fabrique des monnaies dans la manufacture impériale de Rome) et qui fut « provoquée sans doute par la misère et les mauvais traitements. Soulevés par un esclave devenu administrateur du trésor, Félicissimus, ils prirent les armes. Il fallut envoyer contre eux des troupes et livrer dans Rome une sanglante bataille. Les rebelles furent vaincus, mais sept mille légionnaires, chiffre incroyable, s'il n'était donné par l'empereur lui-même, périrent dans l'action l. »

M. Levasseur à qui j'emprunte le récit de ce fait dit encore. « Quoiqu'il n'y eût pas de grandes industries, il paraît que les grèves n'étaient pas inconnues des ouvriers, puisqu'à Paros une statue a été élevée parle Sénat à un

1. E. Levasseur, Histoire des classes ouvrières et de Vindustrie en France avant 1789, I, p. 52.

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agronome qui avait prévenu une grève en obligeant les ouvriers à travailler et les patrons à leur payer un salaire déterminé. » Il ajoute que « M. Waltzing cite aussi une grève des boulangers de Magnence ou Méandre1 ». On sait que ces artisans étaient soumis dans beaucoup de villes à un régime spécial; ils faisaient un service en quelque sorte public ; ils pouvaient donc s'entendre et même cesser le travail pour contraindre les autorités à modifier leur sort.

En France, pendant tout le moyen âge, l'organisatio n de l'industrie est telle que les grèves n'ont pas lieu de se produire. C'est à peine, en effet, [si chaque patron entretient un ou deux ouvriers. 11 ne pouvait y avoir alors et il n'y eut guère, en effet, que des rébellions en masse de paysans parce que les paysans constituaient des collectivités dont tous les individus, ayant le même sort, avaient les mêmes intérêts.

Au xive siècle, lorsque les relations deviennent actives entre les villes, les ouvriers commencent à former entre eux, en dehors des patrons, des associations secrètes ou « Compagnonnages » dont les membres s'entendaient de toutes les façons et qui ne tardèrent pas à faire valoir leurs revendications en frappant d'interdit les patrons dont les ouvriers étaient mécontents et même les villes dont les règlements sur le travail leur paraissaient préjudiciables aux intérêts ouvriers. « Le compagnonnage dit M. Levasseur2, se trouva ainsi en lutte avec le corps de métier. Depuis que les maîtres et les ouvriers avaient des associations distinctes, les querelles étaient fréquentes ; dès que les compagnons croyaient avoir à se plaindre, ils se mettaient en grève, ou frappaient d'interdit une ville, un patron et tous étaient tenus d'obéir

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