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LA CONCURRENCE SOCIALE ENTRE LES CLASSES SUPÉRIEURES

Entre les classes supérieures, la concurrence sociale est particulièrement vive. Elle se prolonge jusqu'à l'époque de la Révolution sans qu'aucune d'elles obtienne une victoire décisive. Cependant, par suite de l'accord qui s'établit entre la monarchie et les deux oligarchies religieuse et bourgeoise, l'autorité de la classe aristocratique s'atténue à mesure que l'on s'éloigne du xe siècle où elle avait atteint son apogée. A la veille de la Révolution, elle a perdu tout son pouvoir politique, elle ne forme plus qu'une sorte de caste militaire, entièrement soumise au pouvoir politique du Roi. L'oligarchie religieuse a également perdu, dans les luttes des hautes classes, une grande partie de la puissance qu'elle avait au moyen âge; la monarchie la tient par les bénéfices qu'elle lui concède ou lui enlève à son gré, par la substitution de son autorité à celle du pape dans la nomination des évêques, par son intrusion dans les questions religieuses elles-mêmes depuis le concordat de François Ier, et surtout depuis la promulgation de l'acte de 1682. Au moment delà Révolution, l'oligarchie religieuse est entièrement soumise aux rois de France, comme l'oligarchie militaire qui a succédé à l'aristocratie politique du moyen âge.

Seule, l'oligarchie ploutocratique et intellectuelle s'est accrue pendant les luttes sociales où les autres se sont affaiblies. C'est qu'elle a, sur elles, l'avantage de posséder l'instruction, c'est-à-dire l'arme la plus précieuse de toutes dans les luttes de la vie. Par la science, elle est devenueprépondérantenon-seulementdans l'industrie, le commerce, les affaires financières, mais aussi dans toutes les fonctions publiques. Dans les Parlements, elle parle presque en égale au monarque, travaille à l'affaiblis-

sèment de tous les autres pouvoirs et fait germer la Révolution qui les renversera. Dans les provinces, elle détient toute l'administration, elle conserve une autorité d'autant plus grande que, les voies de communication existant à peine, les relations sont difficiles entre la cour et les différentes parties du territoire, et que l'autorité royale, après avoir atteint la toute puissance entre les mains de Louis XIV, va s'affaiblissant chaque jour par l'indolence ou l'incapacité des successeurs du roi Soleil. Elle gère toutes les finances du royaume par les fermiers généraux : comme c'est elle qui paie l'impôt et qui le perçoit, elle n'aurait qu'à fermer ses coffres pour réduire la cour et le Roi, l'oligarchie militaire et l'oligarchie religieuse à la plus complète misère. C'est précisément ce qu'elle fera, sous le nom de Tiers état, aussitôt après la réunion des États généraux à Versailles, en 1789.

La Révolution, qui s'ouvre alors dans notre pays, présente à l'historien attentif deux faits bien distincts : d'une part, l'oligarchie ploutocratique et intellectuelle est en lutte ouverte avec les deux oligarchies militaire et religieuse ; d'autre part, la masse plébéienne, tenue jusqu'alors à l'écart de toutes les libertés et de tous les pouvoirs politiques ou sociaux, profite de l'anarchie provoquée par la lutte des hautes classes pour tenter de mettre la main sur la propriété et de conquérir quelques droits. Son intervention dans les luttes des hautes classes, d'où elle avait été jusqu'alors systématiquement écartée, crée une situation nouvelle et qui domine toute la Révolution.

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