‹ La lutte pour l'existence et l'évolution des sociétésChapitre 58 sur 135 · ACTION DU MILIEU COSMIQUE · texte numérisé non relu

ACTION DU MILIEU COSMIQUE

Les conditions du milieu cosmique ont sur les êtres vivants une influence tellement considérable que chaque espèce, variété ou race de ces êtres, ne peut atteindre la plénitude de son développement que dans un milieu cosmique déterminé. Buffon traduisait admirablement ce fait lorsqu'il disait des animaux : « chacun a son pays, sa patrie naturelle, dans laquelle chacun est retenu par une nécessité physique; chacun est fils de la terre qu'il habite et c'est dans ce sens qu'on doit dire que tel ou tel animal est originaire de tel ou tel climat1 ». Un autre naturaliste, Lamarck, élève de Buffon, a si nettement indiqué l'action du milieu cosmique qu'il serait impossible de la mieux formuler aujourd'hui. « Quantité de faits, écrit-il, nous apprennent qu'à mesure que les individus de l'une de nos espèces changent de situation, de climat, de manière d'être ou d'habitude, ils en reçoivent des influences qui changent peu à peu la consistance et les proportions de leurs parties, leur forme, leurs facultés, leur organisa-

1. Buffon, OEuvres complètes, édit. De Lanessan, t. IX, p. 44.

l'action du milieu sur l'organisme humain 197

tion même, en sorte que tout en eux participe, avec le temps, aux mutations qu'ils ont éprouvées... Par exemple, que les graines d'une graminée ou de toute autre plante naturelle à une prairie humide soient transportées, par une circonstance quelconque, d'abord sur le penchant d'une colline voisine où le sol, quoique plus élevé, sera encore assez frais pour permettre à la plante d'y conserver son existence, et qu'ensuite, après y avoir vécu et s'y être bien des fois régénérée, elle atteigne de proche en proche le sol sec et presque aride d'une côte montagneuse, si la plante réussit à y subsister et s'y perpétue pendant une suite de générations, elle sera alors tellement changée que les botanistes qui l'y rencontreront en constitueront une espèce particulière. La même chose arrive aux animaux que des circonstances ont forcé de changer de climat, de manière de vivre et d'habitude, mais, pour ceux-ci, les influences que je viens de citer exigent plus de temps encore qu'à l'égard des plantes, pour opérer des changements notables sur les individus 1 ».

Depuis l'époque où Buffon et Lamarck écrivaient les pages remarquables que je viens de citer, l'observation n'a fait que confirmer leurs vues.

Je sortirais de mon sujet en relatant les faits qui témoignent de la puissante influence exercée sur les végétaux et les animaux par le climat, l'alimentation, le logement, etc. Je me bornerai à rappeler, sans y insister, à cause de leur analogie avec les phénomènes dont l'espèce humaine est le théâtre, les changements déterminés par la domestication, sur les chiens, les chevaux, les porcs, les poulets, les canards, etc., et sur les plantes d'où nous tirons des aliments ou des agréments.

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