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CHAPITRE Y

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES RELATIVEMENT A L'ACTION PRODUITE SUR LA CLASSE SALARIÉE PAR LES CONDITIONS D'EXISTENCE QUE LA CONCURRENCE SOCIALE LUI IMPOSE.

A peine est-il nécessaire de conclure de toutes les observations rapportées dans les chapitres précédents que les conditions dans lesquelles s'écoule l'existence des travailleurs sont, d'une manière générale, défavorables au développement physique, intellectuel et moral des individus et de la race. Et par ce terme de « travailleurs h il faut entendre non seulement les ouvriers proprement dits, mais encore tous les individus, de l'un ou de l'autre sexe, qui sont obligés de gagner leur vie au jour le jour, soit par un travail manuel, soit par un travail intellectuel, soit par les deux ordres de travaux réunis et combinés d'une manière quelconque.

Nous avons vu que, parmi ces individus, il en est un très grand nombre dont l'alimentation est insuffisante, dont les logements sont trop exigus ou malsains, dont les vêtements ne répondent pas aux exigences d'une bonne hygiène, dont les professions sont plus ou moins nuisibles, parfois même mortelles, dont, en un mot-, le développement est entravé par les circonstances dans lesquelles leur vie se déroule.

Nous avons vu aussi que les conditions nocives auxquelles les individus sont soumis agissent, non seulement sur eux-mêmes, mais encore sur leur descen-

dance. Les maladies provoquées par la profession ou la mauvaise hygiène se transmettent des pères et des mères aux enfants; l'anémie déterminée chez les parents par l'insuffisance de la nourriture, la mauvaise hygiène, les vices propres à la misère, comme l'ivrognerie et la débauche, ou les perturbations cérébrales produites par le surmenage, passent des parents à leur progéniture, et toute une partie de la population revêt des caractères physiques ou moraux qui témoignent de sa dégénérescence.

Gomme le nombre des salariés dépasse de beaucoup celui des individus à qui la richesse acquise permet de vivre sans travailler, ou de ne travailler qu'à leur guise et d'une façon modérée, c'est la fraction numériquement la plus importante de la nation qui va ainsi s'affaiblissant de jour en jour, en raison des conditions défectueuses dans lesquelles son existence s'écoule.

Quant à la cause qui engendre ces conditions, c'est à peine s'il est nécessaire de la mettre en relief. Elle apparaît derrière tous les faits exposés dans les chapitres précédents; elle surgit de toutes les observations; elle circule entre toutes les lignes où ces faits et ces observations sont exposés : c'est la concurrence sociale doublée de la lutte individuelle.

D'une part, ceux qui détiennent la fortune ou l'instruction, c'est-à-dire les deux armes qui créent la supériorité des classes sociales, font des efforts incessants pour en conserver, sinon le monopole, du moins la propriété. Gomme ils détiennent, en plus, les pouvoirs politiques et sociaux, ils font les lois et dirigent les mœurs de la manière la plus conforme à leurs intérêts, souvent sans aucune préoccupation de ce qui adviendra de la partie de la société qui ne possède pas les mêmes avantages.

D'autre part, soit entre les membres des classes privi-

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