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L'ÉGLISE LIBRE

L'État a la force pour lui. Il est armé. Il commande ; et Ton sait combien le tempérament de nos compatriotes, malgré une certaine indépendance d'allure extérieure, est, en somme, facilement disciplinable. L'Église n'a pas de puissance matérielle. C'est seulement une force morale. Mais cette force pèse d'un poids infini dans les balances de la destinée, car l'Église parle aux consciences et ses ordres s'inscrivent au plus profond des cœurs.

On aime l'Église avec enthousiasme, avec tendresse, avec passion. Personne n'aime l'État.

no LA LUTTE POUR LA DÉMOCRATIE

Derrière TÉglise, les fidèles découvrent le Dieu d'Amour dans le divin recueillement du tabernacle mystique. L'État n'a pas de fidèles. 11 n'a que des serviteurs, des esclaves surtout, soucieux seulement de vivre des largesses du maître, et toujours prêts à en changer si leur intérêt l'exige. L'État est impersonnel, abstrait. En vain, depuis plus de cent ans, il s'essaye à échafauder une morale et des dogmes laïques.

Tout cela s'effondre toujours piteusement. L'édifice ne tient pas debout.

L'Église peut avoir, en France, une admirable situation morale. Affranchie des dangereuses servitudes que faisait peser sur elle le Concordat, et, en même temps, victime aux yeux des gens impartiaux de l'injustice et de la violence qui ont fait déchirer ce traité par une des parties contractantes qui n'a même pas pris la peine d'en informer l'autre, demeurant comme une réserve d'énergies toujours prêtes et dont le gouvernement ne'saurait se passer, puisque, refusant de s'en servir, il apparaît bien aux yeux de tous qu'il mène le pays à sa ruine, l'Église peut finir par devenir le dernier espoir et la suprême pensée de ceux-là mêmes qu'au-

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ront trop longtemps dupés les sophismes des rhéteurs et l'idéologie des vains prophètes.

Un obstacle cependant arrête cette sûre et souveraine ascension de TÉglise à travers nos sociétés modernes, qui cherchent en tâtonnant Tautel de ce Dieu inconnu dont pourtant, depuis tant de siècles déjà, TÉglise garde et défend les sanctuaires. Une cruelle équivoque pèse comme un lourd bandeau sur les yeux des foules. Le grand pape Léon XIII a en vain usé son effort à déchirer ces voiles malfaisants. Trop d'intérêts s'étaient coalisés contre lui ; la résistance de certains, Tinintelligence de plusieurs, la mauvaise volonté d'un grand nombre devaient étouffer ses paroles et les empêcher d'enfanter de Faction.

D'ailleurs, ce n'est pas un mot d'ordre, de quelque auguste autorité qu'il tombe, qui pourra jamais changer un tempérament, créer un esprit nouveau. Loin de nous certes Tinjurieuse prétention de nier Timportance de l'œuvre de Léon XIII. Il fut un voyant et un prophète. Il affranchit Tidée catholique des vilaines chaînes dont l'avait chargée la politique et que malgré leurs nouveaux efforts, les con-

tempteurs de Tillustre Pape seront à tout jamais impuissants à resserrer à nouveau sur elle.

Mais ce que le Pontife ne pouvait faire, ce qu'il se contentait seulement de désirer avec son grand cœur qui aimait la France, c'est une nouvelle génération de catholiques, non plus hostilement isolés dans un siècle et dans un pays dont toutes les aspirations leur fussent étrangères, mais au contraire intimement mêlés à la vie nationale, entraînés à Tapostolat social, généreuse et hardie avant-garde de la Démocratie, et non timide et boudeuse arrière-garde.

Ce sera là Tœuvre de notre génération. Et certes, nous n'attendrons pas, ainsi que l'ont fait certains des premiers admirateurs de ce que Ton a appelé, peut-être assez improprement, la politique de Léon XIII, que des ordres venus de Rome viennent imposer à tous notre façon de comprendre le travail social et démocratique dans la France d'aujourd'hui. Nous n'avons pas le lâche souci de renoncer à toute responsabilité et de nous décharger du poids de toute initiative, et nous croyons que nous avons un devoir civique à remplir et que notre caractère de catholiques ne fait pas de nous des citoyens

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diminués, mais, tout au contraire, plus riches en ressources et en énergies sociales.

C'est en vain que les ennemis de TÉglise essaient de prétendre que le réveil catholique n'est qu'une tentative insurrectionnelle des monarchistes aux abois. Certes, si le parti royaliste eût existé sérieusement en France, s'il eût eu quelques possibilités de succès, les événements actuels auraient été plus qu'aucuns autres capables de raffermir ses prétentions. Il n'en eût pas fallu tant à beaucoup départis pour devenir capables de ressaisir le pouvoir.

Et cependant l'insurrection royaliste est si peu à craindre que ce qui peut-être mettra le plus aisément fin aux résistances violentes, ce sera justement Teffroi de nos populations de passer pour monarchistes.

D'ailleurs, je ne sache pas que les paysans des Cévennes soient précisément très amis des châteaux, ni que la circonscription qui envoya à la Chambre l'abbé Lemire, et où, pour la première fois, un défenseur des égUses tomba mortellement frappé, puisse être considérée comme un coin de France hostile à la République.

Les royalistes révolutionnaires ou solution-

nistes ne parviendront pas à tirer à eux et à compromettre dans leur impopularité le mouvement de réveil qui ranime les jeunes générations catholiques.

L'Église restera libre et sera encore demain comme autrefois la grande pourvoyeuse de forces morales qui nourrit d'idéal sans partialité ni exclusivisme toutes les sociétés humaines.

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