LA REVANCHE DE L'ÉGLTSE
C*est un admirable et étonnant spectacle que la lutte présente, où nous trouvons engagés l'Église et le gouvernement français.
Ce n'est pas une bataille ordinaire où sur un terrain qui leur est commun les deux adversaires luttent plus ou moins heureusement mais avec les mêmes armes. Ici, rien de semblable : le combat est doublement inégaL L'Eglise n'a absolument aucune force matérielle pour résister à l'État tout-puissant ; mais quoi de plus impuissant que cette omnipotence brutale, si TÉtat ne connaît rien de l'Église, de sa constitution intime, des sources de son autorité, des
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promesses divines qui l'accompagnent dans sa course à travers les siècles?
Aussi bienTÉglise et TÉtatne se rencontrentils pas véritablement. C'est en vain que le pouvoir civil, tantôt par d'habiles concessions, tantôt par d'effrayantes menaces, essaye d'intimider l'Église. Celle-ci lui oppose une résistance d'autant plus invincible que, dépouillée déjà de toute son autorité temporelle, de toutes ses richesses, elle ne saurait guère être appauvrie davantage. La rancune et la colère de ses adversaires ne peuvent plus espérer que lui enlever le sang même de ses fils ; mais ses ennemis n'osent, car ils ne sont que trop convaincus de la sublime vérité de la parole de Tertullien : « Le sang des martyrs est une semence de chrétiens. »
Et qu'on ne nous parle pas de l'inintelligence politique du pape Pie X, du mysticisme moyenâgeux de ses conseillers, de l'imprévoyante intransigeance du Vatican ! Dieu guide son Église par les voies qu'il a choisies, et ceux qui se hâtent toujours de signaler les erreurs et les fautes de lactique du Pape, ne le font bien souvent que parce qu'ils jugent toutes ces choses
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avec la même prudence charnelle et réclament du successeur de saint Pierre le talent assoupli d'un diplomate et d'un homme d'État, bien plutôt que la vertu et la sagesse surnaturelles d'un Pontife.
D'ailleurs, les desseins de Dieu sont impénétrables. Il se joue de notre science et de nos prévisions, et pour que les clartés rédemptrices surgissent d'un point de l'horizon, il suffit que son doigt l'ait marqué.
Toutefois, nous ne craignons pas de le dire hautement : la persécution présente ne nous déconcerte nullement. Nous espérons môme que de l'immense désastre matériel de l'Église de France, sortira bientôt, sans doute, le plus admirable triomphe moral.
Toute l'organisation extérieure du catholicisme en France est donc brisée, les derniers privilèges dont jouissait encore l'Église, anéantis. Mais, du même coup, ce sont des servitudes et des équivoques qui tombent. Contrainte de ramasser autour de la hiérarchie ses énergies éparses et anémiées, forcée de no plus compter que sur le concours de ses vrais fidèles et de séparer le froment de l'ivraie,
TÉglise traversera dans notre pays et peut-être même bientôt dans le monde tout entier, une crise d'où elle ne saurait sortir que rajeunie et affermie, mieux adaptée aux nécessités de la vie contemporaine, plus vigoureuse et plus conquérante.
Ses ennemis ne le comprennent pas, parce qu'ils s'entêtent à ne voir en elle qu'une société humaine comme toutes les autres, dont l'histoire ne doit remplir que quelques siècles et qui, sortie d'un berceau sanglant, après avoir converti ou écrasé ses contradicteurs et dominé le monde, traîne maintenant sa lente agonie parmi rindifférence des peuples que retiennent d'autres débats et que passionnent d'autres espoirs.
lis se trompent. Et c'est justement pour cela que leur impatience et que leur fureur se retourneront toujours contre eux. Il ne leur appartient pas d'éteindre la conscience religieuse. En la comprimant, ils ne feront que la rendre plus pressante. En détruisant tout ce qu'elle a produit de frondaisons dans le pays, ils ne feront qu'accroître l'énergie de sa sève et la pousseront ainsi plus ardente à travers de nouveaux rameaux.