TROISIÈME PARTIE DANS LA BATAILLE DES IDÉES
LA LEÇOiN D'UNE DÉFAITE
Le résultat des élections a donné raison à nos appréhensions. La formidable coalition qui devait briser le Bloc et délivrer la France a piteusement échoué et le ministère sort triomphant de la lutte. Le « réveil catholique » célébré par La Croix^ la défense héroïque des églises n'ont fait qu'accroître la fièvre anticléricale dont souffre notre pays.
Sans doute, c'est tous les quatre ans la même chose. On annonce que c'est la suprême partie qui va se jouer, que la victoire est certaine, puis on est battu, et les quatre années qui suivent sont partagées entre les récriminations
pour le passé, les illusions pour Tavenir, à moins que Tengourdissement et le dégoût ne mettent hors de combat plusieurs des vaincus.
Certes, nous souffrons cruellement d'assister aux progrès incessants de Tanticatholicisme et nous sommes humiliés de voir la France se déchirant de ses propres mains, chaque jour plus inapte à remplir dans le monde le rôle généreux que nous voudrions lui voir jouer. Mais ce qui nous attriste peut-être davantage encore, c'est de sentir avec tant de netteté que les erreurs et les fautes de trop de catholiques sont la condition même du succès de nos adversaires religieux, et de constater que nulle leçon de l'expérience n'est comprise, nul enseignement des faits pénétré, et que l'on semble s'attacher chaque jour davantage aux vieux errements inféconds, avec un entêtement que l'on décore en vain des beaux noms de constance et de fidélité.
Si nous n'osons espérer qu'à la lueur décevante du dernier scrutin tous les yeux s'ouvriront, nous pouvons bien croire tout au moins que Ton mettra un peu moins d'intolérance et de brutalité pour imposer silence à ceux qui
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auront Faudacede briser Tinféconde uniformité, d'examiner sans parti pris la situation , d'avoir une idée, de former un dessein.
Quant à nous, nous sommes convaincus que nous manquerions à un véritable devoir — devoir, hélas ! que les effrayants succès des sectaires viennent de rendre plus aisé — si nous acceptions cette lâche consigne du silence que Ton a si souvent essayé, par des prières ou par des menaces, de nous faire garder.
Sans doute, tout le monde est bien d'avis maintenant qu'il faut changer quelque chose.
Nous sommes même certains que plusieurs de ceux qui ont le plus adulé l'Action libérale populaircy alors que sa victoire semblait encore possible, seront les premiers à ne pas lui ménager reproches et récriminations aujourd'hui qu'il est évident à tous que la bataille qu'elle a conduite s'est transformée en la défaite la plus complète qu'ait encore connue l'opposition.
Nous nous doutons bien que certains pousseront ringratitude jusqu'à être très injustes envers elle et il ne nous étonnerait pas d'avoir quelque jour à la défendre contre ses anciens amis désabusés.
Ce n'est pas là qu'est le danger. Seulement^ si Ton va probablement se hâter de changer les noms, de rajeunir les drapeaux, nous craignons que Ton ne soit capable de changer ni les formations, ni les cadres. Or, cela seul importerait.
Tout de môme, il serait temps de s'apercevoir qu'un bloc d'opposition ne sert à rien qu'à renforcer la puissance du gouvernement, à moins qu'il ne soit assez fort pour écraser celui-ci. Or, une expérience bien des fois répétée, et par l'Union conservatrice, et par le boulangisme, et par le nationalisme, et par Y Action libérale populaire prouve qu'il n*en est rien. Les chances mêmes de succès diminuent à chaque nouvelle tentative.
Que l'on essaie donc d'autre chose. A vouloir faire à tout prix l'union, on prépare une masse inconsistante, très apparente, et toute prête à être taillée en pièces par l'adversaire. Ce n'est pas ainsi que l'on conquerra. Or, c'est bien d'une action de conquête qu'il s'agit, puisque les catholiques sont de beaucoup les moins nombreux, les moins forts, puisque malgré les éloquentes déclarations du P . Coubé, notre
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pays n'est plus demeuré la France de Clovis et de Jeanne d'Arc, puisqu'il est chaque jour plus profondément hostile à l'Église.
Il faut avoir le courage de voir clair. Si parfaitement unis au point de vue religieux sous l'autorité des pasteurs légitimes, si absolument soumis à Rome que l'hypothèse d'un schisme est une mauvaise plaisanterie que les lecteurs même de V Action et delà, Lanterne ne prennent pas au sérieux, les catholiques de France sont profondément divisés, non seulement au point de vue politique, mais au point de vue social. On essaie de jeter un voile sur ces divisions. La CroiXy Y Univers, V Action libérale populaire, la Jeunesse catholique s'y emploient à merveille, et croient ainsi faire œuvre d'apaisement. On a même essayé de persuader au Vatican qu'il était assez facile de constituer en France une sorte de Centre allemand, sous la direction des évoques, qui, pour ne pas trop froisser Topinion publique, resteraient dans les coulisses, et seraient représentés par des hommes éminents, excellents catholiques, mais ayant renoncé à toute préférence politique et sociale particulière, dans leur pieux désir d'être
de simples instruments de la politique pontificale.
Ce serait là la faute suprême.
La France est républicaine. Nous la jugeons même capable de comprendre un jour et d'aimer sérieusement la Démocratie. Il est faux que dans son ensemble elle soit antichrétienne. Le positivisme et le matérialisme, qui sont à la base du socialisme doctrinaire, et qui ont, hélas! par ailleurs trouvé de si pratiques auxiliaires dans la dépravation des mœurs publiques, ne sont certes pas encore parvenus à étoufier la générosité native du tempérament français, son instinct idéaliste. Il y a du christianisme latent dans les rêves humanitaires, dans les visions utopiques, et jusque dans les enthousiasmes communistes de nos contemporains.
Mais si la France n'est pas antichrétienne, elle est anticléricale.
Il y aurait d'admirables pages à écrire sur les excuses de Tanticléricalisme. C'est qu'en effet beaucoup de Français, qui ne sont pas vraiment catholiques de convictions et de conduite, sont affreusement cléricaux. Dans beaucoup de nos provinces, le bourgeois bien pensant, le gros
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propriétaire, qui protestent contre les inventaires, maudissent le gouvernement et se font les champions de l'Eglise outragée, ne font même pas leurs Pâques, tandis que le paysan ignorant et trompé qui vote pour un ministériel va pieusement communier, aux grandes fêtes, dans l'église du village... Et que dire de la foule de ces catholiques, pratiquants ceux-là, mais toujours et systématiquement opposés à toute idée de fraternité sociale, occupés seulement à se défendre contre les sectaires, repliés sur euxmêmes dans une attitude de bouderie hargneuse, et accusant comme des traîtres tous ceux qui ne veulent pas partager leur mauvaise humeur, entendent ne pas garder le Christ pour eux tout seuls, et se souviennent que l'Église est faite pour tous les temps, pour tous les lieux, pour tous les hommes?
On conçoit dès lors qu'il faut avant tout éviter de laisser s'accréditer plus longtemps cette équivoque que les jacobins ont tant d'intérêt à maintenir, puisque c'est la raison la meilleure de leur force, et qui laisse croire à la foule de nos concitoyens qu'être catholique, ce n'est pas avoir au cœur l'amour du Christ et de sa divine
doctrine, croire à Tuniverselle fraternité de tous les hommes^ accepter même le lien^ religieux
d'une discipline s'étendant à l'ordre des choses spirituelles, mais bien plutôt voter pour le candidat de l'opposition, fût-ce Charles Bos ou Millerand.
Or, nous ne voyons guère d'autre moyen de briser cette odieuse équivoque, si injurieuse pour le Christ et son Église, si nuisible même au salut des âmes, que de bien faire éclater les divergences qui séparent, sur le terrain politique et social, ces vrais catholiques si unis, sur le terrain religieux, sous la discipline de leurs pasteurs légitimeSjet que d'écarter avec vigueur et de chasser du sanctuaire les hommes qui ne voient dans l'Église qu'une force qu'ils entendent utiliser, et nullement servir.
Yoilà la raison même de notre attitude, et vraiment l'expérience nous montre chaque jour davantage combien elle est opportune et sage.
Nous ne sommes pas répubhcains et démocrates pour obéir à un mot d'ordre de Rome, mais parce que, usant de notre liberté de citoyens, nous aimons la Démocratie et croyons