MALGRÉ LA NATURE
De Bastia, en Corse.
La Corse m'intimide. Les hommes n*y sont pas parvenus à mutiler Tœuvre primitive de Dieu : les montagnes puissantes, la mer infinie, la nature qui sans révolte obéit à sa loi y laissent à peine quelque place à des habitants ignorants de nos querelles vaines et qu'un instinct pi*ofond, qui paraît échapper à tout raisonnement^ fait vivre et semble pousser vers des destins inéluctables.
En face des révolutionnaires, rêveurs candides ou scdlastiques sectaires qui raisonnent
faux, OU bien encore en face des intellectuels qu'enivre le puéril orgueil d'une science ténue, je me sens délicieusement sûr de moi, confortablement installé dans une doctrine d'où je sais bien qu'ils ne pourront pas me déloger, fort d'une méthode qui les prendra comme un filet des mailles duquel ils ne pourront pas sortir... Mais parler de République et de Démocratie, de syndicats et de coopératives à deux pas du maquis, alors que les senteurs du ciste amer vous montent encore à la tête, et tandis que les Corses petits au corps noueux et au cœur fier semblent plutôt faire partie des rochers et des bois de leur île impénétrable que de la pauvre patrie douloureuse dont les enfants misérables étouffent faute d'air et d'idéal sous l'oppression méchante des faubourgs énigmatiques,... comment en avoir le courage ! N'est-ce pas comme une profanation d'apporter ici l'écho de batailles étrangères, l'appel de besoins inutiles et inconnus, la vision vaine et pas même troublante d'une révolte que nul n'attend?...
Si nous n'avions pas la foi, si nous ne w croyions pas à l'Amour », si nous ne savions que les montagnes, ni les bois, ni la mer, ni le