‹ La lutte pour la démocratieChapitre 8 sur 36 · LE SYNDICALISME CONSERVATEUR · texte numérisé non relu

LE SYNDICALISME CONSERVATEUR

Les syndicalistes s'en remettraient assez volontiers aux patrons du soin de' traiter avec la clientèle, de faire face aux diflficultés de la concurrence internationale, de diriger techniquement Fentreprise. Ils préfèrent ne pas s'embarrasser de trop de considérations variées et n'avoir à se soucier que de leurs propres intérêts. S'ils sont forts, pourquoi n'arriveraientils pas, une fois l'argent gagné, à se le partager tout entier?... Après tout, les patrons n'ont-ils pas assez longtemps exploité leurs ouvriers ? Ne serait-il pas de bonne guerre que les ouvriers songeassent enfin à exploiter un peu leurs patrons?

Rien de plus simple d'ailleurs, de plus logique et même, jusqu'à un certain point, de plus légitime que la façon dont les syndicalistes posent le problème. Ils se rencontrent, du reste, très exactement, avec les moins socialistes des économistes et envisagent la question comme M. Bureau, pour qui le travail est une marchandise que le patron cherchera à acheter le moins cher possible et le syndicat à vendre le plus cher possible.

Seulement, cette attitude des syndicalistes

est dangereuse parce qu'elle est vraiment trop conservatrice.

A se restreindre ainsi à de pures considérations d'avantages immédiats^ à n'envisager que l'intérêt de la profession, à se refuser à jamais considérer un plan d'ensemble, les syndicalistes ne risquent-ils pas de sortir du grand courant de la vie nationale, de ne plus pouvoir apporter leur part légitime d'influence dans l'élaboration des idées générales, et, peut-être même, de devenir la proie des habiles qui profiteront de la neutralité naïve et peu soupçonneuse des éléments les plus raisonnables des syndicats pour entraîner ceux-ci dans le sens de leurs desseins cachés ?

Conservateurs^ les syndicalistes le sont aussi étrangement, même au point de vue professionnel. Ils se défient des nouvelles inventions de la mécanique. Certes, ils ont bien raison de redouter que tout l'avantage de celle-ci ne soit détourné à l'exclusif profit du patronat, mais ils ne prennent peut-être pas assez garde à l'intérêt du consommateur qui, en dernière analyse, est le plus nécessaire à sauvegarder. C'est, en effet, parce que l'homme a des besoins que le travail

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