LE SYNDICALISME CONSERVATEUR G
est nécessaire. C'est la consommation qui doit régir la production. Le consommateur est plus intéressant que le producteur.
Rien ne ressemble plus aux règlements dont étaient hérissées les vieilles corporations que les conditions de travail imposées aux patrons par \di Fédération du livre. C'est la même réglementation minutieuse, la même inquisition constante, et, il faut bien Tavouer aussi, la même crainte des nouveautés, le même désir d'uniformité.
On ne saurait certes nous accuser de trop de tendresse pour les violents agitateurs anarchistes de la rue Grange-aux-Belles et de certaines Bourses du travail de province; mais, tout de même, nous ne pouvons pas ne pas voir en leur action, toute néfaste qu'elle soit dans ses immédiats résultats, quelque chose d'assez providentiel, si elle empêche le syndicalisme assagi et bourgeois des professions privilégiées et bien organisées d'engourdir le prolétariat dans un néoconservatisme d'autant plus dangereux qu'il s'emparerait des éléments les plus vigoureux et les plus intelligents de la classe ouvrière.
Le danger, pourtant, n'est pas encore bien redoutable. Malgré leur goût pour le fonctionnarisme et leurs fréquentes vocations de ronds de cuir, les ouvriers français apparaissent encore comme de grands idéalistes, chaque fois que Ton parvient à briser la gangue d'égoïsme étroit et médiocre dont le positivisme athée est parvenu à recouvrir leurs cœurs. Ils s'enthousiasmeront plus facilement encore pour un rêve et même pour une chimère que pour une simple et immédiate augmentation de salaire.
Sans doute, ils lutteront énergiquement. pour sortir de Tétat de « misère imméritée » dans lequel sont encore plongés beaucoup d'entre eux, mais ils sauront aussi combattre pour autre chose que pour eux-mêmes. Ils ne copieront pas la sagesse et la prudence bourgeoises des capitalistes, et s'ils veulent que l'avenir leur appartienne, ils placeront au-dessus même de leurs intérêts de profession et de classe la Justice et la Vérité.