ACTE PREMIER
CUEMINEAU, arec admiration.
Quel gaillard tu fais!... Mais voyons, explique -moi... Quand lu en veux une, une très jolie, ou très... (ii n'ose pas dire très riche.) très à tou idée, quoi ! commeut t'y prends-tu?...
PAUL ASTIER, souriant.
Comment, disaient-ils, Sans philtres subtils Être aimés des belles?...
a Aimez », disaient-elles.
CHEMINEAU
Mais tu ne les aimes pas.
PAUL ASTIER
Je fais semblant, ce qui me laisse tout mon sangfroid. Je dis ce qu'il faut dire, j'ai mon petit répertoire, très court, toujours pareil : âme, fleur, étoile. Car, vois-tu, mon bon, la femme en est restée à la romance ; il me semble même qu'elle est devenue plus mandoline, plus sentimentale, à mesure que l'homme se faisait plus féroce et la vie plus dure.
CHEMINEAU
Ah î Tu devrais bien me donner un peu de ta science, j'aurais vite fait de décrocher une belle dot et de me payer l'élude du père Boutin où je trime comme clerc depuis dix ans.
PAUL ASTIER
Toi, je vais te dire : ce qui te nuit auprès des femmes, c'est ton air railleur ; tu ris, il ne faut pas... la passion ne plaisante jamais et ce dont elles ont horreur.par-dessus tout, c'est l'ironie...
CHEMINEAU
Je suis ironique?
PAUL ASTIER) changeant brusquement de ton.
Retournons à nos chiffres. Tout vendu, tout p«yé, qu'est-ce qu'il nous reste selon toi ?
CHEMINEAU, à demi voix, se répétant la leçon.
Ame... fleur... étoile... (Haut.) Je compte sur un revenu de trente à trente-cinq mille, y compris ton traitement de député.
PAUL ASTIER
C'est bien ce que je disais... la misère... Eh! oui, la misère... Quand nous nous sommes mariés, il y a deux ans, ma femme avait six cent mille francs de rente; elle est faite à cette vie- là, et puis moi aussi. Que veux-tu que nous devenions maintenant ? Brocanter de la basse politique, en famélique, en besogneux...
CHEMINEAU
Quelle idée aussi de spéculer quand on a une fortune pareille?
PAUL ASTIER, prenant une cigarette dans la botte.
Eniio, me voilà bien, moi, avec ma duchesse... Jolie, ma belle affaire, (ii aiiume.) Un paquet et une nonvaleur.
CHEMINEAU
Oh! un paquet, c'est trop dire!...
PAUL ASTIER
Cinquante ans.
D offire une cigarette à Chemineau*