ACTE DEUXlÈxME
oui, toujours ensemble, cœur contre cœur, et rien que nous deux. Le monde devient si méchant... Ma parole, il y a de la vipère partout!
MARIA-ANTONIA
Mais, pendant vos heures de bureau, Lydie doit s'ennuyer, toute seule, à la maison.
VAILLANT
On ne s'ennuie' pas chez les humbles... ma fille s'occupe. C'est grand comme rien notre petit ménage, maïs c'est tenu, c'est coqueL.. ça lui ressemble. Puis elle fait des traductions d'anglais, d'allemand ; elle est adroite à tout, si instruite, et grâce à vous, madame, nous ne l'oublions pas.
HARIA-ANTONIA, doucement.
Allons, tant inieux, Vaillant.
VAILLANT
En ce moment, elle traduit pour des dames étrangères les Mémoires d'un homme célèbre de leur pays. Un grand patriote, je ne sais quoi... Toujours est-il qu'elles sont charmantes, ces personnes, pleines d'égards avec Lydie, on vient la chercher tous les jours, on la ramène en voiture, car ces dames tiennent à ce que la traduction soit faite sous leurs yeux.
MADAME DE ROCANÈRE.
Vraiment! (Regard à Maria-Anionia.) Et VOUS Ics counaisscz, ces étrangères ? vous les avez vues ?
VAILLANT
Non, je sais seulement qu'il y a une jeune fille à
peu près do Tâge de Lydie et qui est devenue une véritable arnîc pour elle,
MADAME DE ROCANÈRE.
Comment 1 vous n'avez pas eu la curiosité... mais à votre placL% l'idée que ma fille s'en va tous les jours, en voiture.. J'aurais peur que le grand patriote me l'enlève,
mon
VAILLANT, furieux.
11 est mort, madame.
MADAME DE ROCANÈRE,
Alors :
VAILLANT
Et puis ma fille est de celles qu'on n'enlève pas.
MARIA-ANTONIA, Tirement.
Et ce mEiriage dont vous m'aviez parlé, il n'en est plus question?
VAILLANT, absorbé.
Madame?.., Ah ! ce mariage, non, elle ne veut plus. Je le regrette, car il s'agissait d'un brave garçon... et qui Taïmô bien.,, mais ce qui se passe dans ces petites tèles, il n'y a qu'une maman pour le savoir, cl la mère manque depuis si longtemps à la maison.
MARIA-ANTONIA, radoucie.
C'est u vous de la remplacer, Vaillant.
VAILLANT, 1res troublé.
Ohî certainement... je... excusez-moi, madame, je me sens un peu ému... Il y a comme un reproche dans vos yeux, dans votre voix, et, depuis que je suis entré,