CHAPITRE VII
Les premiers effluves du printemps, par lesquels je m'expliquais ma fièvre, dissipèrent mes craintes et mon abattement. Je souhaitai de vivre au paroxysme, La nécessité inflexible de la morphine cessa de me tourmenter : « Quandje voudrai, je me débarrasserai d'elle >; en attendant, elle enveloppait mon mal, le berçait et sans doute le limitait. Les terreurs de mon père étaient exagérées. Les admonestations de Norris étaient absurdes et d'ailleurs contradictoires. Contrat ne connaissait pas bien l'opium. 11 en parlait comme un médecin de la vieille école. J'avais là-dessus une expérience personnelle très supérieure à leurs théories.
Sans doute j'avais augmenté progressivement ma dose. Je n'étais pas loin de quarante centigrammes par jour. Les petits flacons vides à large col, que je
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ne rendais pas au pharmacien, s'accumulaient dans mes tiroirs. Quelquefois leur nombre m'effrayait. Mais cette intoxication passagère n'était-elle pas préférable à la perpétuelle menace de l'hémoptysie et au supplice permanent de la toux?
L'arrivée des beaux jours me combla de joie. Au commencement de mai, il passe sur Paris, le soir, des ondes tièdes d'une volupté de conte français. Tous les Chaperons rouges sont exposés à rencontrer le loup. Toutes les filles de l'ogre courent par les rues. Je donnais rendez-vous à Mjnna Sem dans un coin écarté du bois de Boulogne et nous marchions à petits pas pendant une heure le long du lac ou de la Seine, sans souci des apacbes ni d'Emery. Je ne sentais pas la fatigue. Le cynisme de la juive réveillait mon désir. Le grelot du caniche Paponet tintait derrière nous dans le taillis. Il me semblait que j'étais « comme tout le monde », libre de mes mouvements et de ma santé. Ces heures-là m'ont laissé un bon souvenir.
C'est ainsi que fut définitivement résolu Ip néfaste voyage de Bretagne : « Il y tient tant — me disait ma belle en parlant de son infortuné romancier. — Nous ne pouvons pas lui refuser ça. »
Celte fois, je voulus partager les frais, malgré la résistance de Talloires. Il loua une auto magnifique, de quarante chevaux, avec un chauffeur réputé, « qui avait conduit le duc de Pontorcé ». Nous
n'emmenions aucun semleur. C'était mal commode, mais plus prudent. Nous avions avec nous le seul Vénardel, comme « tête de chauve » sur qui passer les mauvaises humeurs. D'après Minna, l'aveuglenient de Nanard était contagieux, se communiquerait à Emery et nous serait ainsi d'une grande utilité.
On partit le dix-sept mai, à huit heures du matin, de la rue Murillo. Les places étaient réglées, une fois pour toutes, de la façon suivante : en avant, le chauffeur Xavier, seul. Dans les deux fauteuils de €uir de second rang, Nanard à côté d'Emery. Moi derrière Nanard et Minna derrière Emery, avec Paponet dans ses jupes. Comme prétextes, le vent, la poussière nuisibles à mes poumons et à ceux de la dame. Nous ne nous donnions plus beaucoup de mal pour le choix des « arguments de tromperie >, ainsi que les appelait la subtile Minna. Elle prétendait qu'un peu de méfiance quotidienne est excellent pour empêcher les gros à-coups. Au fond, la surveillance de 1' « adjudant » était nécessaire à notre liaison, qui depuis longtemps se serait usée sans une petite contrainte stimulante. 11 y a des hommes soupçonneux qui n'ont ainsi dans la vie que ce rôle ingrat d'anges gardiens. Ils empêchent le dégoût par excès de liberté, ce piège des amours illicites.
. En pleine lumière, et dans l'énervcment des pré-
paratifs, la mine de Talloires me parut atroce. Il se faisait sans doute la même réflexion à mon sujet. Depuis deux mois, et malgré les objurgations de son éditeur, il n'arrivait pas à achever son fameux roman Entre ses mains. Il se plaignait de douleurs de tête intolérables, accompagnées de troubles croissants de la vue. Il changeait de médecin, de masseur, de doucheur, trouvant toujours que le jet n'était pas assez fort, l'eau pas assez froide, le praticien pas assez hardi. Ses regards avaient pris une expression inquiète sous les rides de son front plus marquées.' Enfin il semblait amaigri et fébrile. Je crus qu'il claquerait son valet de chambre Albin, parce que celui-ci avait oublié un certain carton à chapeaux perfectionné, « de chez Tom and Co », répétait Emery, furibond, si bien que Minna lui cria durement : « Fichez-nous la paix avec votre case de l'oncle Tom. » Alors il se mit à rire avec bruit et ce fut encore beaucoup plus triste.
La physionomie écarquillée, candide et barbue de Vénardel sous sa casquette, fit diversion. Il avait recouvert d'un magnifique cache-poussière gris son éternelle jaquette. Il feignait de quitter avec regret une vierge inconnue qui n'était pas Nanie Barbois, Ses gros yeux allaient de l'un à l'autre, sans s'inquiéter de ses compagnons de route, uniquement attentifs à l'effet (jiie produisait notre démarrage sur les boutiquiers, les concierges et les passants.
Il nous avoua qu'il avait communiqué une note à la presse. Là-dessus nouvel accès d'Emery contre les journaux, les journalistes, les imbéciles qui les fréquentent. 11 bougonnait dans lèvent de la vitesse et nous remarquions sa nuque congestionnée à côté du cou gras et blanc de Nanard, lequel prolestait avec des gestes comiques.
Ces fâcheuses impressions durèrentjusqu'à Rouen où Ton devait séjourner un peu. Nous avions décidé à l'avance d'échapper à cette folie de déplacement continuel qui tient les automobilistes et ne leur laisse le temps de rien savourer, A peine arrivé, crac, il faut repartir, dans Tespoir absurde que plus loin ce sera mieux. Minna appelait cela « le vertige de la planète ». C'était une des rares névroses auxquelles elle eut. échappé.
La ville de Rouen délendit Talloires. Sa jeunesse s'était passée là, sur le fleuve et dans les petites rues. Il en racontait les moindres épisodes, comme s'il se fut agi des années d'apprentissage de Gœthe, avec un orgueil exalté. Mais quand il nous fatiguait nous le repassions à Vénardel, auditeur distrait et passif. En général, vers le soir il devenait maussade et désirait Minna. C'était au contraire mon heure aimable, attendu qu'elle suivait ma seconde piqûre. Régulièrement Minna alléguait une migraine, une extrême lassitude et montait dans sa chambre après le dîner. Régulièrement aussi je la
rejoignais quand le romancier et le peintre anaateur, revenus de leur tour de ville, m'avaient en passant souhaité le bonsoir. Au malin tout le monde se retrouvait devant le café au lait et le cho- €olat. Ainsi reprirent, à quelques mois de distance, les mœurs sournoises delà Tilanitty avec cette différence que ma maîtresse, mieax connue, parlait beaucoup moins à mon désir.
S'en aperçut-elle? C'est probable, car elle imagina soudain de redonner du cœur à Talloires, de le faire flamber plus que jamais. Malgré ma forfanterie physique, la tuberculose et le poison, continuant leurs progrès en moi, rendaient mon attention défaillante. J'avais des minutes d'intuition, puis le voile noir et doré de la morphine me dissimulait la réalité, m'enveloppait de confiance ou de haine sans aucun motif appréciable. Vénardel me disait quelfois avec une mine stupéfaite : « Ça n'est pas commode de vivre avec vous trois. Vos humeurs .changent tout le long du jour. Si je n'avais pas tant d^affection pour vous, je vous aurais déjà quittés. »
Son égoïsme était beaucoup trop opaque pour lui permettre la moindre affection. Mais il était flatté de participer à cette expédition bien parisienne. Son premier soin, en descendant d'auto, était d'adresser des cartes postales aux personnes de sa connaissance et même à des gens qu'il n'avait vus
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qa'une fois. Nous nous amusions à lire les adresses par-dessus son épaule, ce qui le mellait en colère. Il s'entêlaiL dans son mensonge d'une bonne amie laissée à Paris. Minna le traitait de menteur, de raconteur d'histoires. 11 bondissait sous Touti^ge et vociférait: «Me croyez-vous incapable d'inspirer l'amour! » A quoi nous répondions en chœur :
c Mais certainement. »
« — C'est le type du cocu », me répétait Talloires dès qu'il me rencontrait dans un corridor. Celui-là me détestait et me chérissait suivant une sorte de rythme. Quand il était las de soupçons d'ailleurs justifiés, il se rassurait tout seul et venait me surprendre à ma toilette, me mettre au courant de ses états d'âme. Jamais homme n'eut plus de goût à s'analyser. Quelquefois aussi il me demandait une petite consultation sur un bobo, sur « ses pauvres yeux », sur un certain tremblement dans les jambes qui le prenait dès qu'il était au lit.
Comment et par quelle voie détournée, après maintes pérégrinations en Bretagne, arriva-^-on à Saint-Nazaire, voilà ce que je ne me rappelle plus du tout. Je venais à peine de m'enfermer dans ma chambre d'hôlel pour mon injection du crépuscule, qu'Emery frappait à ma porte. 11 fallut bien lui ouvrir. Mais je l'accueillis avec maussaderie.
Il n'y prêta pas la moindre attenlion et se mit à se déshabiller précipitamment; il jetaitsesvêtemenls
autour de lui. Quand il fut complètement nu, il se campa devant moi : « Trouvez-vous, cher docteur, que je devienne flasque?
— Moi, pas du tout. Vous me paraissez tel qu'autrefois, lors du bain de la Titania.
— Ah! tant mieux, vous me rassurez. C'est qu'aussi notre amie, hier au soir, m'avait fait peur. »
Pas un mot de plus. Je me sentis verdir. La veille, en effet, Minna, sous un prétexte quelconque, ne m'avait pas reçu. La joie vengeresse luisante dans Tœil du romancier ne me laissa aucun doute sur ce qui s'était passé. C'était à mon tour d'être trahi et dans des conditions telles que je n'avais pas le droit de protester. Néanmoins je ricanai :
(L Vous venez me montrer le corps du délit. »
— Eh eh, il n'est pas mal, » — riposta l'autre en se mirant de dos et de profil dans la glace.
Décidément la jalousie peut être indépendante de l'amour. Je m'en rendis compte là, devant cet amas de chairs blanche^ que l'animal remettait dans le linge et la laine qVec une fatuité de lutteur. Je n'aimais pas Minna, je la désirais à peine, et il m'était odieux qu'elle m'eût préféré Emery.
Trois nuits de suite je trouvai porte close et pas une fois je ne réussis à saisir la gueuse seule dans un coin. Je crois que je l'aurais rossée. Nous avions quitté Saint-Nazaire pour le Croisic. Ensuite on arriva à Guérande.
La beauté de cette petite ville, sertie dans ses remparts ainsi qu'une pierre précieuse où se refléterait le moyen âge, apaisa et harmonisa Tincertitude chaotique de mes sentiments. Je me reprochai ma sottise. J'affectai un extrême détachement. La juive ne manquait pas de sens artistique. Elle déclara qu'il lui serait impossible de s'arracher au prestige de Guérande avant une semaine. Xavier partit avec l'automobile visiter des parents qu'il avait, paraît-il, à Nantes. Emery, fou d'amour satisfait, comme il l'avait été d'amour non satisfait, me poursuivait de ses confidences : « Ah! mon ami, si vous saviez... quelle poitrine... quels bras... quelle odeur!... » Je devais me barricader afin d'échapper à ces intolérables récits.
C'est ce moment troublé que choisit Nanard pour s'éprendre à son tour de Minna. Sans doute il fut saisi dans notre atmosphère maladive et ardente comme un gros papillon dans le cercle de la lampe. Chose admirable, il n'avait rien remarqué, ni le manège de la dame, ni nos bouderies réciproques, ni les étranges variations de nos rapports. Il était à cent mille lieues de supposer qu'Emery et moi fussions à tour de rôle ses amants.
Nous rentrions à l'auberge située près des remparts par une nuit d'été digne de Shakespare sous le lait aérien de la lune. Le couple enlacé marchait devant nous, sans se gêner, avec une parfaite impu-
deur. Je lîie dévorais de colère. J'entendis Yénardel qui chuchotait près de moi : c Ah ! que çâ fait mal!
— Quoi donc?
— Ça... eux... eh bien, oui, je Taime. )> Les joues du gros garçon s'empourprèrent au-dessus de sa barbe noire. L'aveu si drôle tombait si mal que j'éclalai d'un rire strident. Emery se retourna avec un noble geste : « Moquez-vous de nous. Cela nous est égal, car nous ne louchons plus le sol. >
Celte nuit-là je ne dormis pas. Je fis une piqûre supplémentaire. J'évoquai Blanche, qui vint vers moi sur la pente des rayons brillants par ma fenêtre grande ouverte. J'entendis sa voix. Elle me consolait dans une langue inconnue, musicale. Elle berçait ma douleur, toutes mes douleurs, avec une miséricorde infinie. Elle ne me reprochait ni mon mal, ni mon vice, ni ma débauche, hi ma faiblesse. Cependant mes remords mêlés l'entouraient à la façon d'un halo, formaient un nimbe sensible qui m'écartait d'elle.
Le lendemain j'évitai d'adresser la parole à Minna. Alors, soil peiTcrsité, soit esprit de contradiction, elle écrivit pendant le dîner un petit billet qu'elle me tendit à travers la table. Talloires, avec une sorte de soupir rauque, le happa au passage et le lut. Instantanément sa face décomposée devint semblable au masque d'un enfant qui s'apprête à hurler après une grande douleur. De sa bouche
ouverte et tordue sortit enfm le mot : « Misérable »^ tandis qu'il saisissait une bouteille et la lançait gauchement dans ma direction. Le vin se répandit. La femme cria. Le chien aboya. Nanard effrayé se précipitait entre nous. Emery, enhardi par l'obstacle, commença de vomir un torrent d'injures où passaient des reproches incohérents... sa confiance trahie... les trente mille francs de la location du yacht*., sale morphinomane... voleur... crapule... Il estropiait les mots, signe évident de trouble cérébral. Je crois bien que je l'écoutais adossé au mur, immobile, avec une grimace.de haine qui me faisait mal au visage..., mais on ne sait plus à distance comment ces choses-là se sont passées.
J'ai appris depuis qu'il y avait sur le petit billet : « J'en ai assez du maboul... A cette nuit... Ta Minna. > C'était une rédaction un peu trop précise, évidemment, et je ne m'explique pas encore aujourd'hui l'aberration de la fille de Sem.
Pour l'instant et devant le drame déchaîné par sa faute, elle était aussi lâche que le soir delà tempête. Elle s'était réfugiée dans un coin de la salle à manger, auprès d'une de ces constructions en coquillages c§mme on en trouve sur les cheminées bretonnes. Rassasié d'outrages, Talloires sanglotait, la tête entre ses mains, écroulé sur une chaise, dans une posture assez théâtrale. Nous passions peu à
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peu du tragique au ridicule comme toutes les fois que des menaces excessives ne sont suivies d'aucune exécution.
Je dis à très haute voix, pour en finir : « Je suis à vos ordres... »•
Talloires me regarda, hébété.
Je repris : « Je suis à vos ordres. > Puis m'adressant à Vénardel : « Tu peux servir de témoin à monsieur. Moi je me débrouillerai toujours... »
Ensuite je sortis, entraînant Minna. A peine dehors, elle reprit son aplomb et passa de la terreur au fou rire. Cette attitude m'irrita. Je la quittai et me mis en quête d'un témoin.
Il n'est pas facile, dans une ville de province, le soir, de trouver quelqu'un qui consente à assister deux amis prêts à se couper la gorge. Je ne savais à qui m'adresser, ni comment expliquer cette grotesque aventure. Gomme j'errais dans les petites rues, plein de perplexité et d'un restant de rage, je fus rejoint par un Nanard solennel que suivait, sous la lune, son ombre courte et ronde. 11 me déclara avec simplicité, comme une chose toute naturelle : (( Ça va s'arranger. Talloires se calme. Minna lui a parlé. Il est prêt à te faire des excuses.
— Des excuses ! Mais c'est moi qui l'ai ©ffensé.
— Tu Tas ofTensé ? »
Nanard fixait sur moi ses gros yeux stupides. Je le secouai par les épaules : « Ah çà, tu n'as pas
encore compris que je suis l'amant de Minna? »
Il balbutiait : « mais si, mais si » avec un trouble qui prouvait son ignorance. Je le ramenai au positif.
« Enfin viens-tu comme ambassadeur de cet idiot 7.. • Que t'a-t-il chargé de me dire ?
— Qu'il regrette son mouvement de vivacité, qu'il est trop souffrant pour affronter un duel, qu'il désire te serrer la main. »
Je compris et la pilié dans mon cœur remplaça la colère. La secousse avait été trop forte pour Emery. Il n'avait plus sa tête. 11 ne mesurait plus les conséquences de ses paroles ni de ses actes. Sans rien ajouter, je suivis Nanard, comme un médecin qui va vers un malade, non comme un orgueilleux qui va savourer l'humiliation de son rival. C'était bien cela. Le romancier nous attendait dans la même pièce, appuyé à la même chaise. Sur sa mine égarée flottait un lâche sourire qui me remplit d'une compassion épouvantée. Il me tendit sa patte molle et blanche :
« Moucher Guisanne... quel déplorable malentendu... tout à l*heure... Mais, n'est-ce pas, vous permettez... »
Et jugeant que la manifestation n'était pas assez complète, il s'approcha de moi, m'appliqua sur la joue un larmoyant baiser. Nanard demanda une bouteille de Champagne et des verres. On trinqua. J'étais bien résolu à quitter le plus tôt possible cette
société d'aberrants. Sur ces entrefaites, Minna entra et joignit sans plus de façons sa libation aux nôtres. Elle était assez Gère au fond d'avoir ouvert, pui& fermé une querelle de jalousie entre deux hommes d'importance : (c Ce soir — murmura-t-elle en sedécrochant la mâchoire dans un bâillement de félin... — ce soir, je vais bien dormir. >
Cela signifiait : « Repos, mon petit Gaisanne. )^ Je n*en fus point fâché.
Mais je devais payer ces émotions disparates. A peine remonté dans ma chambre, je fus pris d'une quinte de toux qu'accompagna un flot de sang. La morphine à son tour m'abandonnail-elle ? Avait-elle perdu son pouvoir ? Sans prendre le temps de vider ma cuvette, je fis coup sur coup six ou sept pîqiires et me jetai sur mon lit, une serviette devant la bouche, en proie au plus violent dégoût.
Combien de temps demeurai-je ainsi immobile^ saturé de poison et d'horreur, dans la lueur enchantée du clair de lune?... Les scènes de la journée étaient lointaines, mesquines, sans importance. Mais le lambeau de vie auquel je me cramponnais était splendide et plein de promesses. Un étonnant cortège de personnes et de circonstances, les unes chères, les autres odieuses, défilait sous mes paupières à demi closes où filtrait un mince, un virginal rayon d'argent, ma suprême attache avec le ciel.